Le Nobel de la paix remis aux Européens

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REMISE DU NOBEL DE LA PAIX AUX REPRÉSENTANTS DE L'UNION EUROPÉENNE
REMISE DU NOBEL DE LA PAIX AUX REPRÉSENTANTS DE L'UNION EUROPÉENNE

par Luke Baker et Balazs Koranyi

OSLO (Reuters) - Les représentants de trois des principales institutions européennes ont reçu lundi à Oslo le prix Nobel de la paix 2012, répondant aux critiques qui se sont élevées depuis la décision du comité Nobel norvégien.

L'UE, après des jours de tergiversations, avait décidé d'envoyer à Oslo Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, qui rassemble les dirigeants des 27 pays membres, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, l'organe exécutif de l'Union et Martin Schulz, président du Parlement européen.

Une vingtaine de chefs d'Etats et de gouvernement, dont le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel et le président du Conseil italien Mario Monti, ont également fait le déplacement dans la capitale norvégienne, ainsi que quatre jeunes Européens sélectionnés par concours. Le Premier ministre britannique David Cameron, actuellement aux prises avec l'aile eurosceptique de son parti conservateur, s'est en revanche abstenu.

Dans son discours à l'Hôtel de ville d'Oslo, où se déroulait la cérémonie, Herman Van Rompuy a invoqué sa propre histoire familiale pour souligner l'apport de la construction européenne.

"En tant qu'enfant né en Belgique juste après la guerre, j'ai entendu des récits directs. En 1940, mon père, alors âgé de 17 ans, a été contraint de creuser sa propre tombe. Il s'en est sorti (...) Mais quel pari audacieux c'était, de la part des pères fondateurs de l'Europe, d'affirmer que nous pouvions briser ce cycle infini de violences, que nous pouvions stopper la logique de la vengeance, que nous pouvions construire un avenir radieux", a dit le responsable belge, 65 ans.

Attribuant le prix à l'Union européenne, le 12 octobre, le comité Nobel norvégien expliquait que "l'Union et ses pionniers ont contribué pendant plus de six décennies à promouvoir la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l'homme en Europe".

500 MILLIONS D'HABITANTS

Plusieurs personnalités, comme le Sud-Africain Desmond Tutu, lui-même lauréat du Nobel de la paix, ont cependant jugé que l'UE ne méritait pas le prix et un millier de militants d'organisations pacifistes classées à gauche ont manifesté dimanche à Oslo contre sa remise.

"Alfred Nobel a dit que le prix devait être remis à ceux qui contribuent au désarmement", a affirmé Elsa-Britt Enger, âgée de 70 ans, au nom de l'organisation des Grands-Mères pour la paix. "L'UE ne le fait pas. C'est l'un des plus gros fournisseurs d'armes."

Afin de répondre à ce type de critiques, l'UE a annoncé que la somme de 930.000 euros qui accompagne le prix Nobel serait intégralement utilisée pour financer des projets destinés à lutter contre l'emploi d'enfants comme soldats, à travers le monde.

L'Europe traverse la pire crise économique de son histoire depuis la Deuxième Guerre mondiale. Les politiques d'austérité mises en oeuvre à travers le continent sont à l'origine de troubles sociaux dans nombre des Etats-membres de l'UE, à commencer par la Grèce dont le produit intérieur brut s'est contracté de 25% depuis 2008.

Mais le comité Nobel a insisté sur le rôle joué par la construction européenne dans la réconciliation de nations longtemps ennemies, à commencer par l'Allemagne et la France, aujourd'hui moteurs de l'Europe.

"Au moment où l'Europe subit de graves difficultés, le comité Nobel norvégien a cherché à rappeler ce que l'Union européenne signifie pour la paix en Europe", a déclaré le président du comité, Thorbjørn Jagland, dans son discours prononcé lundi à l'Hôtel de ville d'Oslo.

Des six pays membres originels de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), premier outil de l'intégration européenne créé au début des années 1950, l'ensemble européen, qui englobe désormais plus de 500 millions d'habitants, est passé à 27 membres aujourd'hui et bientôt 28 avec l'entrée de la Croatie le 1er juillet prochain.

"D'UN CONTINENT EN GUERRE À UN CONTINENT EN PAIX"

Après la Slovénie, l'adhésion de la Croatie au bloc communautaire sera comme une revanche de l'UE sur ses partenaires occidentaux qui avaient fortement critiqué sa passivité lors des guerres de dislocation de la Yougoslavie, dans les années 1990.

"Le rôle stabilisateur joué par l'UE a contribué à faire passer la majeure partie de l'Europe d'un continent en guerre à un continent en paix", soulignent les membres du comité Nobel.

"L'admission de la Croatie l'an prochain, l'ouverture de négociations d'adhésion avec le Monténégro et le statut de candidat accordé à la Serbie renforcent le processus de réconciliation dans les Balkans", ajoutent-ils.

A Reuters, José Manuel Barroso, ancien Premier ministre portugais qui a participé en son temps à la "révolution des oeillets", en 1974, a déclaré que l'obtention de ce prix Nobel était "une reconnaissance de ce qui a été accompli ces soixante dernières années et, en même temps, un encouragement pour l'avenir".

Le Français Jacques Delors, un de ses prédécesseurs à la présidence de la Commission européenne, a évoqué lui aussi sur BFM TV "un grand encouragement pour poursuivre la route". "J'espère que ce prix Nobel ramènera le bon sens et, chez nos chefs de gouvernement, la vision de l'avenir", a-t-il ajouté.

Julien Dury et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse et Gilles Trequesser

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