Le Nobel de la paix au président colombien Juan Manuel Santos

le , mis à jour à 12:29
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 (Actualisé avec réactions et éléments de contexte § 9 à 13 et 
16 à 19) 
    OSLO, 7 octobre (Reuters) - Le prix Nobel 2016 de la paix a 
été attribué vendredi au président colombien Juan Manuel Santos 
pour ses "efforts déterminés" en faveur de la paix en dépit de 
l'échec du référendum sur l'accord conclu avec les Forces armées 
révolutionnaires de Colombie (Farc), a annoncé le comité Nobel. 
    Le comité souligne que "ce prix doit aussi être vu comme un 
hommage au peuple colombien qui, malgré de grandes difficultés 
et de grandes souffrances, n'a pas renoncé à l'espoir d'une paix 
juste, et à toutes les parties qui ont contribué au processus de 
paix". 
    Négocié pendant plus de quatre ans et signé fin septembre à 
Carthagène par Juan Manuel Santos et Rodrigo Londoño, le chef 
des Farc - qui ne partagera donc pas le Nobel avec lui -, 
l'accord de paix devait mettre un terme à 52 ans d'un conflit 
armé qui a fait 220.000 morts et déplacé des millions de 
personnes. 
    Mais, jugé trop favorable aux ex-guérilléros par ses 
détracteurs, il a été rejeté dimanche par référendum par 50,21% 
des voix contre 49,78%. 
    "L'issue de ce scrutin n'a pas été celle que souhaitait le 
président Santos: une courte majorité des plus de 13 millions de 
Colombiens qui ont voté ont dit non à cet accord", note le 
comité Nobel, qui ajoute que ce résultat a créé "une grande 
incertitude pour l'avenir de la Colombie". 
    "De ce fait, il est encore plus important que les parties, 
dirigées par le président Santos et le leader de la guérilla des 
Farc Rodrigo Londoño, continuent d'observer le cessez-le-feu." 
    Mais le comité Nobel estime que le référendum n'a pas été 
marqué par une victoire du refus de la paix. "Ce que le camp du 
'non' a rejeté, ce n'était pas le désir de paix, mais un accord 
spécifique", poursuit-il.     
    Et le comité Nobel de souligner "l'importance du fait que le 
président Santos invite désormais toutes les parties à 
participer à un dialogue national élargi visant à faire 
progresser le processus de paix". 
     
    SANTOS "BOULEVERSÉ"  
    Selon le secrétaire du comité Nobel, Santos s'est dit 
"bouleversé" et "reconnaissant" lorsqu'il a appris que le prix 
lui avait été décerné. "Il a ajouté que ce prix était d'une 
importance inestimable pour faire avancer le processus de paix 
en Colombie", a poursuivi sur la chaîne publique NRK Olav 
Njoelstad, qui s'est entretenu avec lui par téléphone. 
    "C'est un message d'espoir pour mon pays et pour la paix en 
Colombie", a observé de son côté l'ambassadeur de Colombie en 
Norvège, Alvaro Sandoval Bernal, interrogé par la chaîne de 
télévision norvégienne TV2. 
    Interrogée par la presse sur la décision de ne pas lui 
associer le chef des Farc, la présidente du comité Nobel, Kaci 
Kullmann Five, a expliqué que Santos avait joué un rôle central 
dans le processus, qu'il a initié après son élection à la tête 
de la Colombie. 
    "Le président Santos a pris la toute première et historique 
initiative. Il y a eu d'autres tentatives, mais cette fois il 
est allé au bout (...) C'est pourquoi nous avons mis l'accent 
sur le président", a-t-elle poursuivi. 
    Elle a refusé en revanche de se prononcer sur le rôle du 
chef de la guérilla dans le processus. "Nous ne faisons jamais 
de commentaire sur ceux qui ne reçoivent pas de prix", a-t-elle 
dit. 
    Les négociateurs du gouvernement et du mouvement de guérilla 
d'inspiration marxiste ont repris mardi le chemin de La Havane, 
où le précédent texte avait été péniblement mis au point, pour 
remettre le processus sur les rails.   
    Santos, qui a promis de sauver le processus malgré l'échec 
du référendum, a rencontré de son côté son prédécesseur, Alvaro 
Uribe, chef de file du camp du "non". Les deux hommes, qui ne 
s'étaient pas rencontrés depuis 2010, se sont engagés à mettre 
fin au conflit armé.   
     
    PREMIER NOBEL DE LA PAIX POUR L'AMÉRIQUE LATINE DEPUIS 1992 
    Le président colombien, qui succède au Dialogue national 
tunisien, récompensé l'an dernier pour sa contribution à la 
transition démocratique depuis la révolution de 2011, est le 
premier Latino-Américain à recevoir le prix Nobel de la paix 
depuis la Guatémaltèque Rigoberta Menchu, militante du droits 
des communautés indigènes, distinguée en 1992. 
    Il n'est que le deuxième Colombien à recevoir un Nobel après 
l'écrivain Gabriel Garcia Marquez, qui avait remporté en 1982 le 
prestigieux prix pour la littérature. 
    Héritier de l'une des familles les plus riches du pays, 
Santos, qui est âgé de 65 ans, n'était pas prédestiné à 
rechercher un accord de paix avec la guérilla, qu'il a combattue 
lorsqu'il était le ministre de la Défense d'Uribe. Mais il a 
opté pour la paix, un choix qui lui valu d'être accusé de trahir 
les victimes des Farc par son ancien mentor. 
    "L'horrible nuit de violence qui nous a recouverts de son 
ombre pendant plus d'un demi-siècle est terminée", avait-il 
déclaré le 26 septembre lors de la cérémonie de signature de 
l'accord. "Nous ouvrons nos coeurs à une nouvelle aube, à un 
soleil brillant plein de possibilités qui est apparu dans le 
ciel colombien."   
    Le Nobel de la paix était la quatrième récompense décernée 
cette année après la médecine lundi, la physique mardi et la 
chimie mercredi. 
    Suivront la semaine prochaine le prix de la Sveriges 
Riksbank en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, ou 
prix Nobel d'économie, qui sera décerné lundi, et le Nobel de 
littérature, jeudi. 
 
 (Bureau d'Oslo avec Helen Murphy à Bogota; Henri-Pierre André 
pour le service français) 
 
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