Le naufrage du Sokalique devant les juges

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OUVERTURE À BREST DU PROCÈS DU NAUFRAGE DU SOKALIQUE
OUVERTURE À BREST DU PROCÈS DU NAUFRAGE DU SOKALIQUE

par Pierre-Henri Allain

BREST (Reuters) - Le procès du naufrage du Sokalique, un bateau de pêche breton heurté par un cargo en 2007 au large du Finistère et dont le patron était mort noyé dans le naufrage, s'est ouvert mardi devant le tribunal correctionnel de Brest.

Mis en examen pour homicide involontaire, délit de fuite et non assistance à personne en danger, le capitaine et le second de l'Ocean Jasper sont les grands absents de ce procès.

Ces deux ressortissants azerbaïdjanais, Rafik Agaev et Aziz Mirzoyev, ont fait l'objet d'un mandat d'arrêt international demeuré sans résultat.

Seul Mehmet Gomuc, l'armateur turc du cargo qui était immatriculé dans les îles Kiribati, un archipel de l'océan pacifique, s'est présenté à l'audience pour représenter les deux sociétés mises en examen comme personnes morales, Onurhan Shipping et Onurhan Denizcilik.

Yvette Jobard, la veuve du marin-pêcheur Bernard Jobard, et ses trois filles, défendues par Me Gilbert Collard, ainsi que plusieurs représentants de la pêche bretonne, se sont installés sur le banc des parties civiles.

"Ce procès des absents est très significatif d'une réelle lâcheté, mais cela n'enlève rien à son importance, on va juger ces flibustiers qui s'imaginent que la mer est un lieu où la loi ne s'applique pas", a dit Gilbert Collard à Reuters.

Le Sokalique, un caseyeur de 19,5 m immatriculé à Morlaix, qui se trouvait dans les eaux internationales au nord de l'île d'Ouessant, a croisé dans la nuit du 17 août 2207 la route de l'Ocean Jasper, un vraquier de 81 m de long.

Selon l'enquête, le bateau breton, qui était en pleine action de pêche, était prioritaire et le cargo aurait dû manoeuvrer pour éviter l'abordage, ce qui n'a pas été fait.

"L'accident résultait donc d'un refus de priorité et d'un défaut de manoeuvre d'évitement", a conclu l'instruction, ajoutant que ces manquements étaient la conséquence «d'une faute initiale d'inattention et de négligence".

UN PROCÈS VOULU PAR SARKOZY

Les enquêteurs ont souligné l'absence à bord du cargo de "veille optique permanente" et de veille radar signalant la proximité d'autres navires, celui-ci ayant été débranché car, selon le second du cargo, "il n'arrêtait pas de sonner".

Après la collision, les six membres d'équipage du Sokalique prendront place dans un radeau de survie, tandis que Bernard Jobard restait à bord pour envoyer des messages de détresse.

L'Ocean Jasper a poursuivi sa route sans s'arrêter, ni alerter les secours. L'équipage est entré en contact avec l'armateur qui donnera l'ordre au commandant de regagner les eaux internationales.

"Comme tous les armateurs du monde, moi aussi j'ai peur de l'Etat français. Un armateur préférerait que son bateau coule plutôt que de rester saisi dans un port français", a déclaré Mehmet Gomuc aux autorités françaises.

Le patron-pêcheur du Sokalique a tenté de rejoindre le radeau de survie mais, ne sachant pas nager, il périra noyé.

Selon la réglementation internationale, une procédure judiciaire devait être ouverte dans l'état du pavillon du navire, les îles Kiribati, mais le président de l'époque, Nicolas Sarkozy, venu assister aux obsèques de Bernard Jobard, s'est engagé à ce qu'un procès se tienne en France.

De son côté, l'armateur a engagé diverses procédures contestant la compétence de la justice française dans cette affaire, sans obtenir gain de cause.

En janvier 2008, Yvette Jobard a également refusé une offre de 500.000 dollars de l'armateur pour qu'elle retire sa plainte.

"Cela a été long, très long car tout a été mis en oeuvre pour rallonger la procédure", a déclaré la veuve à Reuters.

"J'espère maintenant qu'on va reconnaître le courage de mon mari et que ce procès va permettre de mettre en place des mesures draconiennes pour contrôler ces bateaux qui négligent les navires de pêche", a t-elle ajouté.

L'avocat de l'armateur, Bertrand Labat, a quant à lui dénoncé "une violation des règles internationales" et un dossier où "le pouvoir politique s'est moqué de la justice", annonçant qu'il allait plaider non coupable. A l'issue de l'audience, le verdict devrait être mis en délibéré.

Edité par Yves Clarisse

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