Le naufrage à Lampedusa aurait fait plus de 300 morts

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LE NAUFRAGE À LAMPEDUSA AURAIT FAIT PLUS DE 300 MORTS
LE NAUFRAGE À LAMPEDUSA AURAIT FAIT PLUS DE 300 MORTS

par Wladimir Pantaleone

PALERME, Italie (Reuters) - Le naufrage jeudi en Méditerranée d'une embarcation transportant des migrants originaires de la Corne de l'Afrique aurait fait plus de 300 morts ou portés disparus au large de l'île italienne de Lampedusa, selon un nouveau bilan.

Il s'agit de l'une des catastrophes les plus meurtrières impliquant des immigrants tentant de gagner l'Europe par des moyens de fortune. Jusqu'ici 151 personnes ont pu être sauvées par des bateaux de pêcheurs et par les garde-côtes.

L'embarcation, qui a fait naufrage à un kilomètre et demi des côtes, mesurait environ 20 mètres de long et transportait près de 500 personnes, principalement des Erythréens et des Somaliens.

Les moteurs du bateau, parti de Misrata en Libye, se seraient brusquement arrêtés et une voie d'eau se serait ouverte dans la coque, a indiqué le ministre italien de l'Intérieur, Angelino Alfano, devant la presse.

Les personnes à bord ont alors enflammé un morceau de tissu pour attirer l'attention des secours à terre mais les flammes auraient atteint le réservoir de carburant provoquant un incendie. Un mouvement de panique s'est alors déclaré, provoquant le chavirement de l'embarcation.

"Lorsque l'incendie s'est déclaré, ils ont eu peur que le bateau coule et les passagers se sont tous précipités du même côté provoquant le chavirement", a ajouté le ministre.

En début de soirée, les corps de 104 personnes, y compris trois enfants et deux femmes enceintes, avaient été repêchés mais les plongeurs ont indiqué avoir repéré de nombreux autres corps dans l'épave engloutie par 40 mètres de fond.

"Ils sont certainement tous morts", a déclaré un pêcheur dont le bateau a récupéré 18 survivants au cours de la matinée. "Plus personne ne doit être vivant maintenant. Ceux que nous avons récupérés étaient épuisés", a-t-il raconté.

Un précédent bilan évoquait au moins 94 victimes mortes noyées et 250 autres portées disparues dans le naufrage, survenu à un kilomètre au large de Lampedusa.

"C'est affreux, c'est comme un cimetière, on ramène toujours de nouveaux corps", a dit à la presse la maire de Lampedusa, Giusy Nicolini.

AFFLUX DE RÉFUGIÉS SYRIENS

Le pape François, qui s'était rendu en juillet à Lampedusa, pour son premier voyage pontifical hors de Rome, a fait part de sa "profonde douleur" concernant les "nombreuses victimes de cette dernière tragédie maritime".

Jugeant que la mort d'immigrants représentait une "tragédie sans fin", la ministre des Affaires étrangères, Emma Bonino, a souligné que "l'opération de sauvetage a débuté aussitôt mais elle devient plus difficile à mesure que le temps fraîchit. Ils (les migrants) ne savent pas nager, ils ne savent pas où aller".

Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Antonio Guterres, a salué "l'action rapide des garde-côtes italiens pour sauver des vies". Il s'est dit dans le même temps "consterné par l'amplification du phénomène des boat people qui fuient les conflits ou les persécutions et périssent en mer."

L'alerte a été donnée à 07h20 locales (05h20 GMT) par un bateau de pêche, dont l'équipage s'est porté au secours des naufragés avant l'arrivée des navires des garde-côtes.

Ce naufrage survient quatre jours après celui d'une autre embarcation qui a coûté la vie à 13 clandestins au large de la Sicile orientale.

Le ministre des Transports a souligné l'urgence de lutter contre les organisateurs de ce trafic d'êtres humains à bord d'embarcations le plus souvent surchargées et dangereuses.

"C'est une mission à laquelle il va falloir que nous nous attelions, de même que la communauté internationale et l'Union européenne", dit-il dans un communiqué.

Tous les ans, des milliers de clandestins attirés par ce qu'ils pensent être une vie meilleure en Europe débarquent sur les côtes italiennes, pour la plupart à Lampedusa, après un voyage éprouvant dans des embarcations souvent de fortune.

Ce trafic connaît cette année un fort regain d'activité avec l'arrivée de milliers de réfugiés fuyant la guerre civile en Syrie et qui transitent par l'Egypte.

Antonio Candela, directeur des opérations de secours aux services de santé publique de Palerme, a indiqué que 463 réfugiés en provenance de Syrie avaient été sauvés la nuit précédente.

Avec Antonella Cinelli, Gavin Jones, Massimiliano Di Giorgio à Rome et Tom Miles à Genève, Eric Faye, Jean-Loup Fiévet et Pierre Sérisier pour le service français, édité par Tangi Salaün

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