Le "mur budgétaire" américain évité avant le débat sur la dette

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LES ÉTATS-UNIS ÉVITENT LE "MUR BUDGÉTAIRE"
LES ÉTATS-UNIS ÉVITENT LE "MUR BUDGÉTAIRE"

par Thomas Ferraro et John Whitesides

WASHINGTON (Reuters) - Quelques heures seulement après le feu vert de la Chambre des représentants à l'accord qui permet aux Etats-Unis d'éviter le "mur budgétaire", la Maison blanche et le Congrès se préparaient mercredi à la prochaine bataille, celle du plafond de la dette.

La Chambre, dominée par les républicains, a adopté dans la nuit de mardi à mercredi le texte entériné lundi par le Sénat, accordant une victoire importante à Barack Obama, réélu en novembre après avoir promis de s'attaquer au déficit budgétaire en relevant les impôts sur les plus hauts revenus.

Le camp républicain a quant à lui été contraint de donner son aval à un alourdissement de la fiscalité contraire à son credo en validant ce texte, qui permet à la première économie mondiale de s'épargner de sévères coupes dans les dépenses publiques et des hausses d'impôts, un choc chiffré à 600 milliards de dollars (450 milliards d'euros environ).

Le compromis a ainsi démontré que la Maison blanche était en mesure, pour le moment au moins, de sortir de l'impasse politique pour préserver une activité économique qui se remet à peine de sa plus grave crise depuis la grande dépression de 1929.

Mais il ne fait que repousser de deux mois une échéance clé, celle du relèvement éventuel du plafond de la dette publique américaine. Un débat que les républicains promettent déjà d'utiliser pour obtenir des coupes drastiques dans les dépenses publiques.

"L'occasion à saisir pour nous, c'est le plafond de la dette", a déclaré le sénateur républicain de Pennsylvanie Pat Toomey sur la chaîne de télévision MSNBC, ajoutant que dans ce débat, son parti aurait l'avantage sur Barack Obama.

"Nous, les républicains, devons nous préparer à tolérer la fermeture temporaire et partielle des administrations publiques qui pourrait en résulter."

APRÈS LE MUR, LE PLAFOND

Les républicains souhaitent notamment qu'un accord sur la dette se traduise par d'importantes coupes dans des programmes de protection sociale comme Medicare (destiné aux personnes âgés) ou Medicaid (pour les plus pauvres).

"Ce débat-là sera bien plus important", a estimé Bob Corker, sénateur républicain du Tennessee, sur CNBC. "Maintenant que nous avons tourné la page, nous devons nous attaquer pour de bon aux problèmes que notre pays a besoin d'affronter."

De son côté, Barack Obama, qui devrait rapidement ratifier le texte approuvé par le Congrès, a dit souhaiter des négociations "un peu moins dramatiques" sur des dossiers tels que le déficit budgétaire et la dette publique, qui atteint 16.000 milliards de dollars et continue d'enfler.

En attendant, l'accord permettant d'éviter le "mur budgétaire" et un impact brutal sur l'activité économique a été salué mercredi par l'ensemble des places financières mondiales. Les Bourses asiatiques et européennes ont terminé la journée en forte hausse (la Bourse de Paris a gagné 2,55%) et à Wall Street, l'indice Dow Jones gagnait plus de 1,7% en matinée.

La Chambre des représentants s'est prononcée par 257 voix contre 167 en faveur de l'accord qui prévoit notamment de réserver la hausse de l'impôt sur le revenu aux ménages qui gagnent plus de 450.000 dollars par an.

Le texte élargit l'assurance chômage de longue durée à deux millions de personnes pendant une année, tandis que la réduction de 109 milliards de dollars du budget de la défense et de projets de politique intérieure, qui devait prendre effet mardi, est repoussée de deux mois.

Le Sénat, majoritairement démocrate, s'était prononcé par 89 voix contre huit dans la nuit de lundi à mardi, deux heures après la limite fixée pour l'entrée en vigueur des mesures regroupées sous le terme de 'mur budgétaire'.

LE "GRAND MARCHANDAGE" ÉVITÉ

Le lendemain à minuit, lorsqu'ils sont arrivés au Capitole, les députés républicains ont tenté d'amender l'accord, en proposant 330 milliards de dollars de coupes budgétaires supplémentaires, ce qui aurait donné lieu à un nouvel affrontement avec le Sénat. Pendant quelques heures, le mur budgétaire a de nouveau semblé inévitable, mais les élus conservateurs ont fini par jeter l'éponge après avoir fait le décompte de leurs voix.

La crise a souligné la précarité de la situation de John Boehner, président de la Chambre, qui briguera un nouveau mandat jeudi, à l'ouverture de la nouvelle législature.

Le chef de file des députés républicains a voté en faveur de l'accord mais ses troupes l'ont majoritairement rejeté, tout comme ses principaux lieutenants.

John Boehner n'est pas parvenu à rassembler son camp pour contraindre Barack Obama à un "grand marchandage" sur la réforme de la fiscalité et la limitation de prestations.

Selon le Congressional Budget Office (CBO), organisme parlementaire équivalent à la Cour des comptes, l'accord, comparé aux mesures prévues par le mur budgétaire, va accroître le déficit budgétaire de près de 4.000 milliards de dollars (3.000 milliards d'euros) sur dix ans.

Il permettra toutefois de réaliser une économie de 650 milliards sur la même période par rapport à la situation de lundi, d'après le Comité pour un budget fédéral responsable, organisme indépendant qui prônait une approche plus agressive du déficit.

Danielle Rouquié, Julien Dury, Jean-Philippe Lefief et Marc Angrand pour le service français, édité par Pascal Liétout

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