Le mouvement pro-démocratie ne désarme pas à Hong Kong

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par Yimou Lee et Farah Master HONG KONG, 29 septembre (Reuters) - La police anti-émeutes s'est subitement retirée lundi à la mi-journée du centre de Hong Kong, théâtre d'une troisième nuit d'affrontements entre les forces de l'ordre et les militants pro-démocrates qui réclament le suffrage universel. Des milliers de manifestants ont résisté aux tirs de gaz lacrymogènes et aux charges des forces de police qui tentaient de les déloger. La contestation dans l'ancienne colonie britannique, qui est aussi l'un des principaux centres financiers de la planète, est sans précédent depuis la rétrocession du territoire à la Chine, en 1997. Elle représente aussi un des plus grands défis lancés aux dirigeants communistes de Pékin depuis la répression du mouvement démocrate de la place Tiananmen, il y a vingt-cinq ans. "Puisque le calme a été largement rétabli dans les rues où les citoyens s'étaient rassemblés, la police anti-émeutes s'est retirée", a annoncé le gouvernement de Hong Kong dans un communiqué. L'exécutif de la Région administrative spéciale appelle en outre les manifestants à rester calme et à se disperser pacifiquement "aussi vite que possible". Tirs de grenades lacrymogènes, charges à coups de matraque: quelques heures plus tôt, dans la nuit de dimanche à lundi, des scènes inédites d'affrontements s'étaient produites dans le centre de la ville, occupé par des dizaines de milliers de manifestants, jeunes pour la plupart, opposant de simples parapluies aux jets de gaz poivré de la police. Avec le retour au calme observé lundi à la mi-journée, les manifestants du quartier de l'Amirauté ont marqué une pause pour préparer la suite. "Ça va redevenir violent, parce que le gouvernement de Hong Kong n'acceptera pas que nous occupions ce secteur", prédit Nicola Cheung, une étudiante de 18 ans inscrite à l'Université baptiste. "Nous nous battons pour nos valeurs fondamentales, la démocratie, la liberté, et la violence ne pourra nous en détourner", ajoute-t-elle. MISES EN GARDE DU POUVOIR La tension à Hong Kong, où le mouvement pro-démocrate mobilise depuis des mois, est montée d'un cran ce week-end à la suite de l'intervention musclée des forces de l'ordre contre des étudiants qui avaient réussi à s'infiltrer vendredi soir dans le secteur où se trouve le siège du gouvernement régional. D'après les organisateurs de la contestation, jusqu'à 80.000 personnes sont descendues depuis dans les rues, au mépris de la présence policière et des mises en garde du pouvoir. Dimanche, le chef de l'exécutif de Hong Kong, Leung Chun-ying, avait pourtant appelé la population à se tenir à l'écart des "manifestations illégales" et annoncé qu'il agirait avec "détermination" contre le mouvement Occupy Central with Love and Peace (OCLP), principale organisation pro-démocrate qui conteste les procédures électorales décidées à Pékin. Leung Chun-ying, dont c'était la première intervention depuis que les étudiants ont lancé lundi dernier un mouvement de boycott des cours, a aussi reçu le soutien du pouvoir central, qui a marqué son rejet de tout "comportement illégal" menaçant la stabilité sociale, a déclaré un porte-parole de l'Office chargé de Hong Kong et Macao. "Peu importe ce qu'ils feront, parce que plus ils recourront à la violence, plus nombreux nous serons", a réagi Jimmy Lai, un magnat des médias de Hong Kong ouvertement critique à l'égard de Pékin. "Tout ceci est très inquiétant pour Pékin, pour nous, c'est très encourageant. Regardez ces jeunes gens: c'est notre avenir", poursuit-il. L'enjeu de la contestation réside dans l'organisation des prochaines élections à Hong Kong, en 2017. Le mouvement pro-démocrate réclame le suffrage universel, mais leur demande a été officiellement rejetée fin août et Pékin a opté pour des candidatures de personnalités "patriotes" préalablement sélectionnées par une commission désignée par les autorités. PÉKIN REDOUTE UNE CONTAGION Hong Kong bénéficie depuis sa rétrocession à la Chine, en 1997, du statut de "région administrative spéciale" qui lui accorde une certaine autonomie et de plus grandes libertés dans le cadre du principe "Un pays, deux systèmes". La Basic Law, ou mini-Constitution, qui régit depuis lors Hong Kong prévoit "à terme" l'établissement du suffrage universel sans en préciser cependant le calendrier. Un quart de siècle après la répression sanglante de la place Tiananmen, à Pékin, les dirigeants communistes redoutent par dessus tout un effet de "contagion" des appels à la démocratie au reste de la Chine. Pékin a d'ailleurs fait bloquer l'utilisation de l'expression "Occupy Central" sur Weibo, le site chinois de microblogging. L'image de Hong Kong, place financière de tout premier plan, est également en jeu. Lundi matin, la Bourse de Hong Kong a ouvert en nette baisse de 2,3% avant d'effacer une partie de ses baisses en cours de séance. A titre de précaution, plusieurs banques, dont HSBC, Citigroup, Bank of China et Standard Chartered, ont provisoirement fermé une partie de leurs activités et demandé à leurs salariés de ne pas venir travailler ce lundi. (avec James Pomfret, Donny Kwok, Charlie Zhu, Venus Wu, Stephen Aldred, Diana Chan, Kinling Lo, Twinnie Siu et Bobby Yip; Tangi Salaün, Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français)

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