Le mouvement de la place Taksim ne faiblit pas en Turquie

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LA PLACE TAKSIM À ISTANBUL TOUJOURS OCCUPÉE
LA PLACE TAKSIM À ISTANBUL TOUJOURS OCCUPÉE

par Nick Tattersall

ISTANBUL (Reuters) - Le mouvement de contestation ne semble pas faiblir en Turquie malgré l'appel du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan à la fin des manifestations qui durent depuis plus d'une semaine.

Des milliers de Turcs ont de nouveau passé la nuit sur la place Taksim, dans le centre d'Istanbul, d'où est parti le mouvement de contestation. Les forces de l'ordre sont intervenues à coups de grenades lacrymogènes et avec des canons à eau dans les rues alentours.

Rare démonstration d'unité, les clubs de supporters des trois grands clubs de football rivaux d'Istanbul - le Besiktas, Galatasaray et Fenerbahçe - prévoyaient ce samedi de manifester simultanément en direction de la place Taksim.

A Ankara, la capitale, où des manifestants ont dormi dans un parc du centre, la situation est restée en revanche plus calme.

La grogne des opposants, déclenchée par un projet de réaménagement urbain du parc Gezi, aux abords de Taksim, s'est transformée en un mouvement de contestation plus général de la politique d'Erdogan, accusé de dérive autoritaire et d'islamisation rampante de la société.

Les affrontements entre policiers et manifestants survenus dans les premiers jours ont fait trois morts et près de 5.000 blessés à Istanbul, Ankara et une dizaine de grandes villes.

Accusée d'usage excessif de la force - le commissaire européen à l'Elargissement, Stefan Füle, déclarait vendredi à Istanbul que les manifestations pacifiques étaient "le moyen légitime pour des groupes d'exprimer leurs points de vue dans une société démocratique" et qu'il ne devait pas y avoir de "recours excessif à la force par la police" - , la police se tient depuis le début de la semaine à distance de l'épicentre de la contestation.

DES ÉLECTIONS ANTICIPÉES ?

Erdogan, qui a appelé à ce que les manifestations cessent "sur-le-champ" à son retour d'une tournée au Maghreb, n'a guère donné d'indication sur son degré de patience.

"Qu'ils attaquent, on ne pourra pas nous arrêter", a lancé à la foule un militant du Parti communiste turc juché sur une camionnette blanche place Taksim. "L'AKP doit partir", a-t-il dit par référence au parti de la Justice et du Développement, au pouvoir depuis plus de dix ans.

Les protestataires ont dressé des barricades à l'aide de pavés et de plaques de tôle ondulée pour se protéger d'un éventuel assaut policier.

S'estimant légitimé par les urnes et les trois victoires successives remportées par l'AKP aux législatives de 2002, 2007 et 2011, Recep Tayyip Erdogan s'est montré inflexible face aux manifestants. Aucun rival n'émerge au sein de son parti ni dans les rangs d'une opposition fragmentée.

Le journal Radikal, citant une source proche de l'AKP, écrit que la direction du parti pourrait débattre de la possibilité d'élections anticipées lors d'une réunion prévue ce samedi.

Mais ces échanges pourraient aussi porter sur une modification des règles du parti pour permettre à Erdogan de briguer un quatrième mandat de chef de gouvernement, plutôt que la présidence en 2014.

L'AKP n'a pas officiellement confirmé la tenue de cette réunion.

Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français

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