Le Mont Saint-Michel se libère des parkings

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par Pierre-Henri Allain

MONT-SAINT-MICHEL, Manche (Reuters) - Le Mont Saint-Michel, l'un des sites touristiques les plus visités de France, s'apprête à vivre samedi un jour historique avec la mise en service des nouveaux modes d'accès qui vont bannir l'usage des parkings qui s'étalaient à ses pieds.

Le nouveau parc de stationnement, situé à plus de 2,5 km de la célèbre abbaye, accueillera les visiteurs motorisés qui, après avoir franchi quelque 900 mètres à pied, seront transportés par des navettes sur l'actuelle route-digue qui relie le Mont à la terre ferme.

"C'est une grande révolution et un moment important qui va changer les habitudes mais ce n'est qu'une étape dans les opérations engagées pour redonner au Mont Saint-Michel son caractère maritime", souligne Laurent Beauvais, président socialiste de la région Basse-Normandie et du syndicat mixte de la Baie du Mont Saint-Michel.

Les nouveaux parkings, d'une capacité de 4.500 places, sont reliés par un parcours piétonnier aux départs des navettes, situés près d'une zone commerciale et du barrage hydraulique inauguré en 2009 à l'embouchure du Couesnon, la rivière qui se jette dans la baie.

Dans un premier temps, deux types de véhicules transporteront les visiteurs, les "Passeurs", conçus spécialement par Veolia pour ce trajet, et des autobus qui devront palier l'absence des "Maringotes", ces véhicules à impériale tirées par deux chevaux de trait dont la mise au point a pris du retard.

"Nous espérons les réceptionner pour le début de l'été", indique-t-on au syndicat mixte.

Les pèlerins les plus sportifs pourront quant à eux continuer à rejoindre le Mont Saint-Michel à pied.

CRAINTES

Les nouvelles dispositions pour accéder aux remparts et aux escaliers qui grimpent vers l'abbatiale ne font pas l'unanimité et ont soulevé une vague de protestations chez les commerçants et plusieurs responsables touristiques et économiques.

Ces derniers craignent que le nouveau dispositif, avec son trajet pédestre pour rejoindre les navettes et un délai d'accès au site d'autant plus long, ne dissuade certains publics et entraîne une importante baisse de fréquentation.

Classé au patrimoine mondial de l'Unesco, le Mont Saint-Michel est aujourd'hui, avec 2,5 millions de visiteurs par an, le site touristique français le plus visité, hors Paris.

"Nous avons une position pragmatique et on étudiera toutes les options après cette première saison mais il est certain qu'en rapprochant le départ des navettes des parkings, on modifierait sensiblement la conception du projet auquel on a voulu garder un caractère populaire", indique Laurent Beauvais.

Une modification du schéma actuel entraînerait en effet un surcoût qu'il faudrait au moins en partie reporter sur le prix des navettes. Pour l'heure, à l'exception des Maringotes, elles seront gratuites, le prix du parking étant fixé à 8,50 euros par véhicule individuel et par jour, contre 6 euros aujourd'hui.

Un minibus pour les Montois (une trentaine de personnes dont une vingtaine de moines et de moniales), pour les quelque 200 à 300 salariés du Mont et pour les personnes à mobilité réduite est en outre prévu à proximité des stationnements.

Avec la mise en service des nouveaux parkings et des navettes, la vilaine esplanade de béton qui accueillait jusqu'à présent sur 15 hectares des milliers de véhicules au pied des remparts pourra être détruite.

A partir de 2014, date prévue pour l'inauguration du futur pont-passerelle qui remplacera la digue routière où se brise depuis 1879 les mouvements des marées et des courants autour du Mont, celle-ci pourra à son tour être effacée du paysage.

Un gué devrait compléter l'accès au Mont Saint-Michel entre le pont-passerelle et la grande porte.

Submersible lors des grandes marées, il achèvera de redonner à ce majestueux monument, au moins quelques jours par an, son ancestrale insularité.

Edité par Patrick Vignal

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