Le Millénaire, symbole d'une consommation française en berne

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* Un centre commercial ouvert en pleine crise * De nombreux espaces commerciaux sont vides * Le Millénaire suit la courbe de la consommation en France * Les centres commerciaux croient malgré tout en leur avenir par Natalie Huet PARIS, 14 décembre (Reuters) - Lorsque les travaux du Millénaire d'Aubervilliers, près de Paris, ont débuté en 2008, les promoteurs de ce qui était alors le plus important projet de centre commercial depuis dix ans en France redoutaient un ralentissement économique. La réalité fut plus dure encore. Quelques mois plus tard, le système financier était ébranlé par les conséquences de la crise des subprimes et la France, comme d'autres, plongeait dans la récession. Le PIB cédera 2,9% sur l'année 2009. Le rebond de 2010 et 2011 n'a pas été suivi d'effet. En 2012 et 2013, l'économie française a progressé de 0,3% par an et aucun vrai rebond n'est en vue. Le chômage ne cesse de battre des records, avec 3.460.900 personnes sans activité fin octobre. Sur les murs du Millénaire, ensemble de 56.000 mètres carrés bâti en bordure de périphérique, dans un quartier modeste mais appelé à se transformer, les enseignes au néon des marques de prêt-à-porter Desigual ou OVS Industry donnent le change. A l'intérieur, ces enseignes sont introuvables. Elles ont quitté ce centre commercial de 140 boutiques dont une sur six est aujourd'hui fermée, contraignant Le Millénaire à se tourner vers des marchands à bas coûts pour attirer le chaland. Un mercredi après-midi fin novembre. Les enfants n'ont pas école, les achats de Noël devraient démarrer, mais il règne un calme surprenant dans les allées illuminées, faute de curieux aux abords de vitrines impeccables. "C'est mort de chez mort. J'ai même pas de mot pour décrire ce centre", lâche Axelle Yaba, coiffeuse de 23 ans qui tue le temps comme elle peut. Ce jour-là, elle a reçu quatre personnes. Nadia Herman, étudiante en droit de 21 ans employée à temps partiel pour ranger les vêtements dans les rayons de Zara, y voit un symbole des fins de mois difficiles qui s'accumulent. "On a tendance à voir un rush en début de mois. Aujourd'hui, c'est un peu vide, sans doute parce que les gens n'ont plus de sous", dit-elle. CRISE DU POUVOIR D'ACHAT Les statistiques viennent la conforter. Selon l'Insee, la consommation des ménages a à peine progressé en 2011 (+0,4%), reculé en 2012 (-0,5%) et faiblement rebondi en 2013 (+0,2%). Les biens vendus dans le commerce ont accusé le coup : les dépenses d'habillement baissent depuis trois ans, celles d'équipements de la maison et de loisirs depuis deux ans. Quand il a ouvert, fin avril 2011, Le Millénaire, détenu par les sociétés de promotions immobilières Klépierre LOIM.PA et Icade ICAD.PA , espérait 14 millions de visiteurs par an. Il aurait alors figuré dans les vingt premiers de France selon le classement établi par la société de marketing Malls. Mais il ne reçoit que six millions de visiteurs par an. "La crise du pouvoir d'achat, tout le monde la vit", relève Guillaume Lapp, directeur général des centres commerciaux France chez Klépierre. "Notre boulot, c'est d'avoir chez nous les enseignes attractives qui font que les gens continuent à venir." Loin d'être simple, à en croire le Conseil national des centres commerciaux, dont le baromètre mensuel fait état d'une fréquentation en baisse continue depuis six mois et en recul trois mois sur quatre depuis début 2011. En 2013, leur chiffre d'affaires a reculé de 1,6%. Paradoxalement, cela ne freine en rien le développement des centres commerciaux dont la France est la championne d'Europe en termes de surface avec 17,6 millions de mètres carrés au 1er juillet, selon une étude de Cushman & Wakefield. Avec plus de 900.000 mètres carrés de surface prévus pour être livrés fin 2014, début 2015, la France est aussi le pays le plus dynamique d'Europe occidentale en la matière. Seules la Russie et la Turquie font davantage. Et l'Ile-de-France, où vit 19% de la population française, est très bien dotée : 16 des 18 centres commerciaux les plus fréquentés s'y trouvent, dont Les Quatre Temps, à La Défense, le plus couru du pays avec 45,7 millions de visiteurs par an. UN ESPOIR DE REBOND Plus d'espaces, moins de clients, et un taux d'occupation des locaux commerciaux qui chute. La part de boutiques vides s'élevait à 7,6% en 2014 contre 4,6% il y a deux ans selon la Fédération de commerces Procos. "Des fois, on ne voit personne jusqu'à midi", déplore Soraya, 19 ans, vendeuse dans une boutique de cosmétiques au Millénaire, qui voisine avec un local fermé. La Fnac a quitté les lieux en 2013, invoquant des ventes trop faibles. D'autres ont suivi comme l'espagnol Desigual ou l'enseigne de décoration portugaise A Loja do Gato Preto. Aujourd'hui, neuf pour cent de l'espace est vacant et si Klépierre admet une rentabilité inférieure à la moyenne de son portefeuille, Guillaume Lapp se veut optimiste. "Ce sont des projets longs. Le Millénaire a mis dix ans à sortir", dit-il. "Au cours des 12 derniers mois, on a eu 25 enseignes qui ont fermé. On en a déjà reloué dix, on est en train de relouer les autres." Parmi les nouveaux venus figurent Tati, qui vend à prix cassés, ou Chausséa, une enseigne de chaussures bas de gamme. "Le gâteau de la consommation est déjà divisé et il faut se battre (...) Beaucoup d'enseignes de mass-market qui étaient cantonnées à la périphérie entrent dans les centres commerciaux", note Nicolas Delarocque, consultant chez CBRE. "On se rend compte qu'il vaut mieux avoir une enseigne qui crée énormément de flux plutôt qu'un autre magasin qui est vecteur d'image mais pas forcément vecteur de trafic." Le Millénaire s'adapte à une partie de la région parisienne dont la population n'est pas la plus aisée. En espérant des jours meilleurs une fois que l'ensemble du projet aura abouti. Car le "Parc du Millénaire" est aussi un complexe immobilier comprenant 200.000 mètres carrés de bureaux, dont le siège d'Icade mais aussi le futur ministère de la Justice et le siège de Véolia, attendus pour 2016. Le secteur pâtit aussi des retards dans le prolongement de la ligne 12 du métro, repoussé à 2019. Et de l'autre côté du périphérique, le gigantesque projet "Rosa Parks-Evangile", avec un millier de logements, des bureaux et une gare, est en route. Autant de raisons de penser que Le Millénaire peut rebondir. "Des sites comme ça ont de l'avenir. Ils s'inscrivent dans des projets de revitalisation des villes", dit Nicolas Delarocque. Si l'économie repart. En 2013, le Millénaire s'est vu retirer son autorisation d'ouvrir le dimanche. Un sujet au coeur de la loi pour la croissance et l'activité d'Emmanuel Macron. (avec Gregory Blachier, édité par Yves Clarisse)


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