Le Medef propose au gouvernement un "agenda 2020"

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MAIN TENDUE DE PIERRE GATTAZ AUX ÉLUS ET AUX PARTENAIRES SOCIAUX
MAIN TENDUE DE PIERRE GATTAZ AUX ÉLUS ET AUX PARTENAIRES SOCIAUX

par Catherine Lagrange

LYON (Reuters) - Le président du Medef Pierre Gattaz a invité mercredi le gouvernement, les partis politiques et les partenaires sociaux à bâtir avec les chefs d'entreprises un "Agenda 2020" pour sortir la France de son marasme économique.

Le Medef, la CGPME et l'Union professionnelle artisanale (UPA) avaient donné rendez-vous à Lyon à 3.000 chefs d'entreprise, point d'orgue de leur semaine de mobilisation contre la politique économique du gouvernement.

Contrairement à leur meeting de l'an dernier, lorsqu'ils avaient brandi à Lyon un carton jaune au gouvernement, la manifestation de mercredi s'est déroulée dans une ambiance électrique rythmée par les sifflets mais sans carton rouge.

"Nous n'avons pas de carton rouge, car c'est l'exclusion", a lancé sur la scène, Nicolas Rossignol, un jeune chef d'entreprise. "On a des sifflets, c'est pour faire respecter la règle, indiquer une faute."

Il a précisé que ce "n'était pas un mouvement contre le gouvernement, mais contre des projets qui semblent dangereux".

Les dirigeants des trois organisations demandent notamment l'abrogation du "compte pénibilité" créé dans le cadre de la réforme des retraites du 20 janvier 2014 et de l'obligation d'informer les salariés en cas de cession d'une entreprise -deux mesures qu'ils jugent trop contraignantes, en particulier pour les PME et les très petites entreprises.

Dans son discours, Pierre Gattaz a dénoncé le "gâchis de 30 années d'une politique économique brouillonne et désordonnée", mettant dans le même sac les gouvernements de droite comme de gauche de ces dernières décennies, et demandé la poursuite des baisses de charges et des mesures de simplification.

"En disant cela, je ne fais pas de politique !" a juré le patron du Medef. "Je dis juste que nous (...) avons le sentiment que notre pays s'enfonce et qu'il faut désormais changer rapidement de méthode pour nous relever."

VALLS JOUE L'APAISEMENT

Il a assuré vouloir tendre la main aux élus de gauche comme de droite pour "travailler enfin ensemble".

"Et je fais au gouvernement et à tous les partis politiques, mais aussi aux partenaires sociaux, une proposition", a-t-il poursuivi: "Réunissons-nous pour tracer en commun les ambitions futures de notre pays."

Il a ainsi proposé une rencontre en mars 2015 pour définir un "Agenda 2020", un "projet républicain" et une vision commune des réformes à mener, à traduire dans un "plan d'action concret, réaliste et audacieux le plus largement partagé".

Il s'agit d'une référence à l'Agenda 2010 de l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, qui a permis à l'Allemagne, homme malade de l'Europe en 2002, de se réformer.

Le président de l'UPA a pour sa part insisté sur l'unité d'un front patronal qui a parfois volé en éclat, notamment lors des négociations sur la modernisation du dialogue social.

"Sur bien des points nos trois organisations ne sont pas d'accord", a déclaré Jean-Pierre Crouzet, représentant des artisans. "Mais aujourd'hui, nous avons décidé de mettre nos divergences au vestiaire car la situation est grave."

Le Premier ministre Manuel Valls et son ministre de l'Economie Emmanuel Macron avaient répondu mardi aux critiques du patronat en demandant à ses dirigeants d'agir pour l'emploi au lieu d'exiger toujours plus du gouvernement.

Réplique, mercredi, du président de la CGPME Jean-François Roubaud: "Nous ne réclamons pas toujours plus. Ce soir, au contraire, (...) je veux réclamer moins de charges, moins d'impôt (...) un code du travail moins épais."

Quelques heures plus tôt, Manuel Valls avait joué l'apaisement en assurant croire encore à la mise en oeuvre du pacte de responsabilité -quelque 41 milliards d'euros de baisses de prélèvements en faveur des entreprises sur trois ans, contre des engagements en matière d'emploi et d'investissement.

Les négociations entre les partenaires sociaux au niveau des branches sur ces contreparties n'ont abouti à ce jour qu'à un tout petit nombre d'accords.

Emmanuel Macron a imputé mardi au patronat la responsabilité de leur "échec". Mais Manuel Valls a déclaré mercredi ne pas reprendre à son compte le mot "échec".

(Avec Emmanuel Jarry à Paris, édité par Yves Clarisse)

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  • fbordach le jeudi 4 déc 2014 à 08:01

    Ah bon, le gouvernement serait capable d'avoir une vision, pour la France, supérieure aux échéances electorales!