Le mariage PSA-General Motors accueilli avec méfiance

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par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - L'alliance historique officialisée mercredi soir entre PSA Peugeot Citroën et General Motors a reçu jeudi un accueil mitigé, syndicats et analystes regrettant le flou entourant les implications du projet en matière d'emploi et le délai envisagé avant ses premières retombées concrètes.

La question des surcapacités en Europe de PSA et d'Opel, la filiale européenne de GM, est la grande absente du mariage annoncé. Les deux groupes ont simplement indiqué que leur alliance renforçait les plans de performance qu'ils ont chacun établis pour restaurer leur profitabilité en Europe, mais sans s'y substituer.

"La concrétisation de cette alliance va prendre du temps", résume Brian Johnson, analyste automobile chez Barclays Capital. "A nos yeux, l'annonce d'hier ressemble davantage à l'esquisse d'une structure qu'à quelque chose de structuré et de bien planifié."

"Il faudra plusieurs mois avant de savoir si les deux groupes peuvent travailler ensemble de manière productive, sans oublier les incertitudes politiques", ajoute-t-il dans une note.

PSA et GM ont prévenu que les synergies annuelles de 1,5 milliard d'euros attendues de leur rapprochement ne seraient pas atteintes avant 2016, horizon également fixé pour l'arrivée des premiers véhicules communs aux deux groupes.

En Bourse, l'action PSA continuait de dégringoler jeudi. Le titre perdait 6,95% à 14,00 euros vers 14h40, dans un volume représentant plus de deux fois son volume quotidien des trois derniers mois.

Analystes et industriels estiment autour de 20% les surcapacités automobiles sur le marché européen. Si l'on applique cette arithmétique à l'outil industriel de PSA et Opel, quatre sites au total devraient, mathématiquement, fermer.

Un comité de groupe européen extraordinaire de PSA va être convoqué mi-mars pour examiner le rapprochement avec le géant de Detroit, a indiqué la CFE-CGC, principal syndicat du constructeur français.

"Les salariés impliqués dans les synergies à venir (...) et ceux de l'appareil de production, qui constatent que le groupe GM dispose en Europe de nombreux sites, attendent (...) des réponses", a souligné le syndicat dans un communiqué.

QUELLES PLATES-FORMES EN EUROPE ?

En présentant à New York son projet avec GM, le président du directoire de PSA, Philippe Varin, a souligné que l'alliance permettrait au constructeur français de faire des choses qu'il était désormais impensable de réaliser en solo.

"Nous travaillerons ensemble sur de futurs programmes (de) produits, ce qui nous permettra non seulement de réduire nos dépenses d'investissement (...) mais aussi d'amener sur le marché des véhicules que nous n'aurions jamais été capables de faire seuls", a-t-il déclaré.

La production de véhicules sur des plates-formes communes à vocation mondiale permettra de substantielles économies d'échelle et donnera à PSA la capacité d'accélérer à nouveau un développement international qui a été freiné par ses difficultés financières de 2011.

Mais la question reste entière de savoir où en Europe seront produits les futurs modèles issus de ces plates-formes.

A eux deux, PSA et Opel possèdent vingt usines d'assemblage sur le continent. Les deux groupes concentreront d'abord leurs efforts communs sur le segment des Citroën C3, Peugeot 207-208 et Opel Corsa, et sur celui des Citroën C5, Peugeot 508 et Opel Insigna.

La C3 est produite à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), site le plus menacé du groupe, et les C5-508 à Rennes (Ille-et-Vilaine). Côté Opel, l'Insigna est assemblée en Allemagne, et la Corsa en Allemagne et en Espagne.

"Nous sommes très inquiets pour les usines françaises dont la première est Aulnay, mais aussi pour l'emploi dans les centres de Recherche et Développement", a réagi Xavier Lelasseux, délégué CFDT chez PSA.

Avant l'annonce de son alliance avec GM, PSA avait dévoilé en octobre un plan de suppression de 6.000 postes en Europe, pour l'essentiel en France, dont un millier en production.

UN GROUPE "EN PLEINE MUTATION"

En Bourse, au terme d'un mouvement de yo-yo très marqué ces derniers jours, l'action PSA était revenue jeudi à ses niveaux d'avant les premières rumeurs d'alliance avec GM, le 21 février.

La perspective de l'augmentation de capital pèse notamment sur le cours. "L'augmentation de capital ne pourra pas se faire sans une grosse décote (au moins 15-20%) pour que les banques acceptent de garantir la moitié non souscrite par GM ou la famille Peugeot", a commenté un trader à Paris.

"Nous conseillons de ne pas nous focaliser sur le court terme en ne prenant en compte qu'un impact négatif de la dilution de l'augmentation de capital", relativisait cependant CMC-CIC Securities dans une note. "Mais plutôt sur un groupe, sous-valorisé, en pleine mutation, qui vient de nouer un accord stratégique majeur attendu depuis longtemps par le marché."

L'agence de notation Moody's a dès mercredi soir fait savoir qu'elle ne voyait pas d'impact significatif de l'alliance à moyen terme sur les notes de crédit de PSA comme de GM.

"Si l'alliance annoncée avec GM devrait se traduire par des réductions de coûts notamment dans le domaine des achats et des dépenses de recherche-développement sur le moyen/long terme, Moody's estime que les dépenses immédiates auront un impact défavorable sur les résultats de PSA à court terme", a cependant précisé l'agence jeudi, en reléguant la note du groupe français en catégorie "junk" au vu de ses résultats 2011.

En dépit de l'alliance annoncée, Moody's a ainsi abaissé la note crédit de PSA à "Ba1", premier cran de la catégorie spéculative, contre Baa3, comme elle avait menacé de le faire le mois dernier.

Edité par Dominique Rodriguez

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