Le maréchal Sissi plébiscité par les Egyptiens, selon son équipe

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SISSI AURAIT RECUEILLI 93,4% DES VOIX À LA PRÉSIDENTIELLE ÉGYPTIENNE
SISSI AURAIT RECUEILLI 93,4% DES VOIX À LA PRÉSIDENTIELLE ÉGYPTIENNE

par Yasmine Saleh et Michael Georgy

LE CAIRE (Reuters) - Le maréchal Abdel Fattah al Sissi a été plébiscité par les Egyptiens lors de l'élection présidentielle qui s'est étalée sur les trois derniers jours, à en croire les résultats partiels avancées mercredi par son équipe de campagne.

L'ancien numéro un de l'appareil militaire a, selon elle, recueilli 93,4% des suffrages exprimés dans 2.000 bureaux de vote. Hamdine Sabahi, son unique adversaire, obtiendrait quant à lui 2,9% et les bulletins nuls représenteraient 3,7%.

De sources judiciaires, on parle de 89% pour Sissi et de 5% pour Sabahi après compilation des résultats de 3.000 bureaux de vote. La participation s'élève quant à elle à 44,4%, dit-on de mêmes sources. Dans un discours prononcé la semaine dernière, le maréchal Sissi avait souhaité que 80% des inscrits prennent part au vote.

Or, les Egyptiens n'ont guère montré d'empressement mercredi à se rendre aux urnes lors de la troisième journée de scrutin rajoutée au dernier moment pour tenter de convaincre les abstentionnistes et donner une légitimité accrue au favori.

Selon un diplomate occidental qui suit les opérations, le taux de participation ne serait compris qu'entre 19% à 28% de l'électorat.

Pour Hassan Nafaa, professeur de sciences politiques à l'université du Caire, Abdel Fattah al Sissi se devait au moins de dépasser les 52% de participation enregistrés en 2012 lors de la victoire de l'islamiste Mohamed Morsi, premier président égyptien démocratiquement élu, qu'il a lui-même déposé en juillet.

Aussi bien au Caire qu'à Alexandrie, deuxième ville du pays, la mobilisation n'a pas semblé à la hauteur de ses attentes.

Dans un pays divisé depuis la révolution populaire qui a renversé Hosni Moubarak en 2011, l'abstention est imputée à un mélange d'indifférence politique et d'opposition à revoir un militaire au pouvoir. Le mécontentement des jeunes face à la restriction des libertés publiques est également cité, de même que les appels au boycott des islamistes, cible d'un vaste opération de répression.

Le scrutin étalé sur deux jours aurait dû s'achever mardi à 22h00 (19h00 GMT) mais il a donc été prolongé d'une journée pour permettre "au plus grand nombre possible" de s'exprimer, note la presse officielle.

"L'Etat cherche des électeurs", titre le quotidien privé Al Masri al Youm.

"A QUOI BON VOTER ?"

Selon les observateurs de Democracy International, l'initiative soulève un certain nombre de questions sur l'intégrité du processus électoral. Ce genre de décision ne doit être pris que dans des cas exceptionnels, estime Eric Bjornlund, président de Democracy international.

"Les gens se demandent 'à quoi bon voter' ? Personnellement, je sais que ma voix ne changera rien, donc je ne vote pas", explique Rachad Zeïdan, 60 ans, tout en polissant le capot d'une luxueuse voiture dont il est le chauffeur pour une riche famille cairote dans le quartier huppé de Zamalek.

"Je ne vais pas voter non plus. C'est une élection truquée. Nous savons que Sissi va gagner. Pour qui voulez-vous que je vote ?" s'interroge Hussein Hassaneïn, étudiant en droit de 24 ans.

Contrairement à la précédente élection présidentielle qui avait vu une dizaine de candidats se présenter, celle-ci est apparue jouée d'avance puisque Sissi n'avait donc qu'un seul rival en la personne d'Hamdine Sabahi, le représentant de la gauche.

Ce dernier a dénoncé la prolongation des opérations électorales, la jugeant injustifiée en raison du manque d'enthousiasme affiché par les électeurs.

Dans un communiqué, il a qualifié cette décision de tentative visant à "empêcher les Egyptiens d'exprimer leur opinion en manipulant le taux de participation et les pourcentages de vote".

L'abstention peut aussi s'expliquer par le fait que Sissi n'a pas clairement précisé comment il comptait résoudre les différents défis auxquels le pays est confronté.

Il a présenté ses priorités dans les grandes lignes: lutter contre l'insurrection islamiste et relancer l'économie par le tourisme et l'arrivée de nouveaux investisseurs, mais il a également insisté sur la nécessité d'une austérité et demandé à la population de se préparer à des sacrifices dans un pays de 85 millions d'habitants dont une partie connaît la pauvreté.

(Avec Yasmine Saleh, Stephen Kalin, Shadia Nasralla et Samia Nakhoul au Cairo et Abdelrahman Youssef à Alexandrie; Pierre Sérisier, Danielle Rouquié et Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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