Le maréchal Sissi net vainqueur de la présidentielle égyptienne

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ÉCRASANTE VICTOIRE EN ÉGYPTE DU MARÉCHAL SISSI
ÉCRASANTE VICTOIRE EN ÉGYPTE DU MARÉCHAL SISSI

par Yasmine Saleh et Michael Georgy

LE CAIRE (Reuters) - Le maréchal Abdel Fattah al Sissi a remporté l'élection présidentielle en Egypte avec plus de 90% des voix, selon les résultats provisoires publiés jeudi, moins d'un an après avoir organisé l'éviction de l'islamiste Mohamed Morsi, premier président du pays démocratiquement élu.

Mais les électeurs ont boudé les urnes et ce faible taux de participation suscite des interrogations sur la crédibilité d'un homme idolâtré par ses partisans en qui ils voient un héros capable de redonner à l'Egypte une stabilité économique et politique.

L'ancien chef d'état-major de l'armée a recueilli 93,3% des suffrages exprimés, apprend-on de source judiciaire, alors que les opérations de dépouillement sont quasiment terminées après trois jours de vote. Le candidat de gauche Hamdine Sabahi, son unique adversaire, obtient 3,0%. Les bulletins nuls représentent 3,7%.

Le taux de participation, estimé à 44,4% des 54 millions d'électeurs, est loin des 40 millions de suffrages, soit 80% de l'électorat, souhaités la semaine dernière par le maréchal.

Lors de l'élection de 2012 remportée par Mohamed Morsi, le président islamiste renversé par l'armée le 3 juillet dernier, le taux de participation avait atteint 52%.

"Nous sommes désormais divisés avec un pareil taux de participation", déclarait Tarek Aouad, chômeur de 27 ans, qui célébrait la victoire d'Abdel Fatah al Sissi jeudi matin sur la place Tahrir au Caire. "Si environ la moitié des électeurs ont voulu Sissi, qu'en est-il de l'autre moitié ?"

"FARCE"

Mahmoud Ibrahim, 25 ans, qui n'a pas été voter, estimait, lui, que le scrutin n'avait été qu'une "farce" et fustige la presse qui "va mentir aux gens".

La Bourse du Caire, qui a déjà perdu 2,3% mercredi, était à nouveau en baisse de 2%, jeudi à la mi-journée. Au marché noir, la livre égyptienne baissait légèrement.

Sissi est considéré par ses partisans comme l'homme fort qui pourra mettre fin aux troubles de l'Egypte depuis la "révolution du Nil" qui, il y a trois ans, a provoqué la chute d'Hosni Moubarak après trente années de pouvoir.

"La communauté des affaires est très satisfaite de ces résultats", a déclaré le président de la Fédération des industries égyptiennes, Mohamed El Seouedi. "Mes amis et moi avons beaucoup d'espoir."

Même refrain à la une de la plupart des titres de la presse égyptienne. Le quotidien d'Etat Al Akhbar évoque un "jour d'espoir pour tous les Egyptiens".

Dès que les premiers résultats ont commencé à circuler mercredi soir, les partisans de l'ancien chef de l'armée ont sorti les feux d'artifice, brandi des drapeaux égyptiens et fêté la victoire de leur candidat en klaxonnant dans les rues bondées de la capitale.

Un millier de personnes ont convergé vers la place Tahrir, où des vendeurs proposaient des figurines en habits militaires, rappelant la forte influence de l'armée dans le pays.

"FACE AUX MENACES"

L'Arabie saoudite, qui, avec les autres Etats arabes du Golfe, soutient Sissi qu'elle considère comme un rempart contre les Frères musulmans, a salué son élection.

"L'Egypte et l'Arabie saoudite pourront travailler ensemble pour faire face aux menaces, qu'elles soient internes comme les Frères musulmans, ou externes comme l'Iran et ses soutiens dans la région", a déclaré Mohamed Zoulfa, membre du Conseil de la Choura, organe non élu qui conseille le gouvernement saoudien.

L'organisation Human Rights Watch estime que la répression qui a suivi la déposition de Mohamed Morsi n'a pas créé le climat serein nécessaire au bon déroulement du scrutin.

"Les interpellations massives de milliers d'opposants politiques, qu'ils soient islamistes ou non, ont verrouillé la scène politique et ôté tout leur sens à ces élections", estime Sarah Leah Whitson, directrice de HRW pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord.

Les Frères musulmans, dont on estime le nombre de membres à un million, avaient appelé à boycotter l'élection, qualifiée de prolongation du coup d'Etat. Depuis la destitution du président Morsi, issu des rangs de la confrérie, le mouvement, considéré comme un groupe terroriste par les militaires, a été interdit et environ 1.000 de ses partisans ont été tués.

"Sissi et ceux qui le soutiennent doivent reconnaître que l'Egypte est contre eux et que le Dr Mohamed Morsi est leur président et le président de tous les Egyptiens", dit un groupe d'organisations islamistes, dont les Frères musulmans, dans un communiqué.

(Avec Maggie Fick, Stephen Kalin, Shadia Nasralla et Samia Nakhoul au Caire et Abdelrahman Youssef à Alexandrie, Mathilde Gardin et Danielle Rouquié pour le service français)

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  • fortunos le jeudi 29 mai 2014 à 11:40

    je connaissais Sissi l imperatrice,mais pas le Marechal!!!