Le marché du travail américain moins flexible qu'en 1990

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LE MARCHÉ DU TRAVAIL AMÉRICAIN MOINS FLEXIBLE QU'EN 1990, SELON UNE ÉTUDE
LE MARCHÉ DU TRAVAIL AMÉRICAIN MOINS FLEXIBLE QU'EN 1990, SELON UNE ÉTUDE

JACKSON HOLE Etats-Unis (Reuters) - Le marché du travail américain a perdu de son dynamisme depuis 1990, les salariés ayant plus de mal à quitter leur emploi et le processus de création et de destruction des emplois ayant ralenti, conclut une étude présentée vendredi aux dirigeants de banques centrales réunis à Jackson Hole, dans l'Etat américain du Wyoming.

Conduite par deux économistes spécialistes de l'emploi, cette étude suggère que les Etats-Unis perdent au fil des ans l'un de leurs principaux atouts économiques, à savoir un flux régulier de travailleurs naviguant d'un emploi à l'autre et un taux de rotation important lié aux créations et disparitions d'entreprises.

Elle explique cette évolution par plusieurs facteurs, comme le poids croissant des grands distributeurs, qui provoque la disparition d'entreprises moins efficaces, le vieillissement de la population active, moins encline à changer d'emploi avec l'âge, ou encore l'accumulation de réglementations et d'exigences de formation, qui rend plus difficile l'accès à certains emplois.

Ces facteurs et d'autres ont eu pour effet une diminution de 25% de la "fluidité" mesurée du marché du travail depuis 1990 et cette tendance pourrait se traduire par une diminution du taux d'emploi, de la productivité et des salaires, ajoutent Steven Davis, de l'Université de Chicago, et John Haltiwanger (Université du Maryland) dans cette étude préparée pour le symposium annuel de Jackson Hole.

Cette conférence, organisée par la Banque fédérale de réserve de Kansas City, est consacrée cette année au marché du travail, l'emploi et les salaires étant devenus l'un des principaux déterminants de la politique monétaire de la Fed.

UNE ÉCONOMIE MOINS DYNAMIQUE ?

Janet Yellen, la présidente de la banque centrale américaine, a expliqué ces derniers mois que les indicateurs économiques tels que le taux de chômage - qui a diminué plus rapidement que prévu - ne reflètent qu'incomplètement l'évolution actuelle du marché du travail, également marquée par la stagnation des salaires et la concentration des nouveaux emplois dans le bas de l'échelle salariale.

De ce point de vue, l'étude de Davis et Haltiwanger, qui sera la première présentée vendredi à Jackson Hole, met en avant plusieurs motifs de préoccupation.

Sur la base de données portant sur un grand nombre de secteurs, de zones géographiques et de catégories démographiques, elle conclut à une baisse d'environ 25% du taux de création et de disparition des emplois entre 1990 et 2013.

Cette baisse du taux de rotation de l'emploi pourrait avoir des conséquences importantes pour les Américains les moins qualifiés, notamment un allongement des périodes de chômage si les nouveaux emplois ne se créent plus aussi vite qu'auparavant, et des difficultés à progresser au sein d'une même entreprise ou à changer d'employeur.

"La perte de fluidité du marché du travail suggère que l'économie américaine est devenue moins dynamique et moins réactive au cours des dernières décennies", concluent les deux économistes.

"Il y a de bonnes raisons d'être inquiet (...) Un retour à un niveau d'emploi élevé durable est improbable sans amélioration de la fluidité du marché du travail."

(Howard Schneider,; Marc Angrand pour le service français)

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