Le marché des changes, premier marché mondial, se contracte

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    par Anirban Nag et Jamie McGeever 
    LONDRES, 12 février (Reuters) - La grande époque du marché 
des changes est sans doute révolue sous l'effet du durcissement 
de la réglementation bancaire, de l'essoufflement du boom des 
marchés émergents et d'un ralentissement durable de la 
croissance mondiale avec le vieillissement de la population. 
    La position du marché des devises, qui s'est imposé comme le 
premier des marchés financiers mondiaux en termes de volumes de 
transactions à la faveur des progrès de la mondialisation, du 
développement des activités financières et de la 
déréglementation, n'est pas menacée. Mais, l'activité diminue et 
le nombre de cambistes est également en baisse. 
    En Europe, le nombre de traders employés par les 10 banques 
internationales les plus actives sur le marché des changes a 
chuté de 30% au cours des trois dernières années. Des données de 
la Banque d'Angleterre et de la Réserve fédérale de New York 
montrent que les volumes de transactions sont au plus bas depuis 
trois ans. 
    Selon le cabinet d'étude spécialisé Coalition, les 10 
banques les plus actives sur les changes en Europe employaient 
332 cambistes sur leurs desks devises du G10 l'année dernière 
contre 475 en 2012. 
     La majeure partie de ces postes sont installés à Londres 
mais de nombreux autres emplois de back-office dans la City ou 
ailleurs en Grande-Bretagne ont aussi été supprimés. 
    "L'activité mondiale sur les changes a atteint un pic à la 
fin de 2014" avec des volumes de transactions quotidiens 
d'environ 6.000 milliards de dollars en moyenne, a dit un 
banquier central européen. 
     
    FAIBLE VOLATILITE 
    Selon des données de CLS Bank, la première plateforme 
mondiale de règlement-livraison pour le marché des changes, les 
volumes quotidiens échangés en janvier atteignaient 4.800 
milliards de dollars, en baisse de 9% par rapport au même mois 
de 2015 et bien en dessous du pic de la fin 2014.  
    Les desks devises de certaines des banques les plus actives 
à Londres et à New York, les deux principales plaques tournantes 
du marché des changes, subissent une baisse des volumes sur les 
monnaies les plus traitées comme le yen, le franc suisse ou le 
dollar australien. 
    Echaudées par les lourdes pertes accusées par certains 
intervenants après l'envolée du franc suisse au mois de janvier 
de l'année dernière, les grandes banques ont réduit le nombre 
des petits fonds spéculatifs auxquels elles accordent des lignes 
de financement et les ratios de levier autorisés à d'autres 
acteurs du marché, donnant un coup d'arrêt à la croissance des 
opérations spéculatives à fort effet de levier. 
    Une récente enquête des banques centrales en Grande-Bretagne 
et aux Etats-Unis a montré que les volumes de transaction 
étaient en baisse sur la période d'avril à octobre 2015 de 21% à 
Londres et 26% à New York par rapport à la même période en 2014. 
    "Des volumes quotidiens de plus de 5.000 milliards de 
dollars comme nous en avons connus représentent sans doute un 
pic sur le moyen terme", a dit Jim Cochrane, vieux routier du 
marché des changes et directeur chez ITG, un courtier 
indépendant pour les investisseurs institutionnels et les fonds 
spéculatifs. 
    Le scandale sur les manipulations de cours, qui a éclaté en 
2013 et a débouché sur des milliards de dollars d'amendes pour 
les banques impliquées et sur la mise à pied  de dizaines, peut 
être de centaines, de traders à travers le monde, a aussi pesé 
sur l'activité. 
    Le durcissement de la réglementation bancaire a renchéri le 
coût des activités de tenue de marché par les banques et 
découragé les activités de trading pour compte propre. 
    Enfin, la faiblesse relative de la volatilité sur le marché 
des changes a aussi contribué à la contraction des volumes. 
    "Les taux zéro et l'environnement (monétaire NDLR) 
accommodant à l'échelle mondiale se traduisent par moins de 
volatilité" a dit Douglas Borthwick, directeur général de 
Chapdelaine FX à New York, une division de Tullett Prebon. 
    "Quand la volatilité est réduite, les volumes s'effondrent." 
    Les opérateurs espèrent que la nervosité qui affecte les 
autres marchés depuis le début de l'année va se diffuser sur les 
devises et que le ralentissement de la croissance va conduire à 
revoir les scénarios sur les prix des actifs, l'inflation, la 
croissance mondiale et la politique des banques centrales. Mais 
rien ne dit que les récentes turbulences sur les marchés vont se 
traduire par une hausse des volumes sur le marché des changes.  
 
 (Marc Joanny, édité par Juliette Rouillon) 
 
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