Le marché des changes, premier marché mondial, se contracte

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LE MARCHÉ DES CHANGES NE FAIT PLUS RÊVER
LE MARCHÉ DES CHANGES NE FAIT PLUS RÊVER

par Anirban Nag et Jamie McGeever

LONDRES (Reuters) - La grande époque du marché des changes est sans doute révolue sous l'effet du durcissement de la réglementation bancaire, de l'essoufflement du boom des marchés émergents et d'un ralentissement durable de la croissance mondiale avec le vieillissement de la population.

La position du marché des devises, qui s'est imposé comme le premier des marchés financiers mondiaux en termes de volumes de transactions à la faveur des progrès de la mondialisation, du développement des activités financières et de la déréglementation, n'est pas menacée. Mais, l'activité diminue et le nombre de cambistes est également en baisse.

En Europe, le nombre de traders employés par les 10 banques internationales les plus actives sur le marché des changes a chuté de 30% au cours des trois dernières années. Des données de la Banque d'Angleterre et de la Réserve fédérale de New York montrent que les volumes de transactions sont au plus bas depuis trois ans.

Selon le cabinet d'étude spécialisé Coalition, les 10 banques les plus actives sur les changes en Europe employaient 332 cambistes sur leurs desks devises du G10 l'année dernière contre 475 en 2012.

La majeure partie de ces postes sont installés à Londres mais de nombreux autres emplois de back-office dans la City ou ailleurs en Grande-Bretagne ont aussi été supprimés.

"L'activité mondiale sur les changes a atteint un pic à la fin de 2014" avec des volumes de transactions quotidiens d'environ 6.000 milliards de dollars en moyenne, a dit un banquier central européen.

FAIBLE VOLATILITÉ

Selon des données de CLS Bank, la première plate-forme mondiale de règlement-livraison pour le marché des changes, les volumes quotidiens échangés en janvier atteignaient 4.800 milliards de dollars, en baisse de 9% par rapport au même mois de 2015 et bien en dessous du pic de la fin 2014.

Les desks devises de certaines des banques les plus actives à Londres et à New York, les deux principales plaques tournantes du marché des changes, subissent une baisse des volumes sur les monnaies les plus traitées comme le yen, le franc suisse ou le dollar australien.

Echaudées par les lourdes pertes accusées par certains intervenants après l'envolée du franc suisse au mois de janvier de l'année dernière, les grandes banques ont réduit le nombre des petits fonds spéculatifs auxquels elles accordent des lignes de financement et les ratios de levier autorisés à d'autres acteurs du marché, donnant un coup d'arrêt à la croissance des opérations spéculatives à fort effet de levier.

Une récente enquête des banques centrales en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis a montré que les volumes de transaction étaient en baisse sur la période d'avril à octobre 2015 de 21% à Londres et 26% à New York par rapport à la même période en 2014.

"Des volumes quotidiens de plus de 5.000 milliards de dollars comme nous en avons connus représentent sans doute un pic sur le moyen terme", a dit Jim Cochrane, vieux routier du marché des changes et directeur chez ITG, un courtier indépendant pour les investisseurs institutionnels et les fonds spéculatifs.

Le scandale sur les manipulations de cours, qui a éclaté en 2013 et a débouché sur des milliards de dollars d'amendes pour les banques impliquées et sur la mise à pied de dizaines, peut être de centaines, de traders à travers le monde, a aussi pesé sur l'activité.

Le durcissement de la réglementation bancaire a renchéri le coût des activités de tenue de marché par les banques et découragé les activités de trading pour compte propre.

Enfin, la faiblesse relative de la volatilité sur le marché des changes a aussi contribué à la contraction des volumes.

"Les taux zéro et l'environnement (monétaire NDLR) accommodant à l'échelle mondiale se traduisent par moins de volatilité" a dit Douglas Borthwick, directeur général de Chapdelaine FX à New York, une division de Tullett Prebon.

"Quand la volatilité est réduite, les volumes s'effondrent."

Les opérateurs espèrent que la nervosité qui affecte les autres marchés depuis le début de l'année va se diffuser sur les devises et que le ralentissement de la croissance va conduire à revoir les scénarios sur les prix des actifs, l'inflation, la croissance mondiale et la politique des banques centrales. Mais rien ne dit que les récentes turbulences sur les marchés vont se traduire par une hausse des volumes sur le marché des changes.

(Marc Joanny, édité par Juliette Rouillon)

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