Le marché de la dette émergente aborde une période délicate

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    * $1.600 milliards d'échéances en cinq ans 
    * La recherche de rendement reste d'actualité 
    * Mais les investisseurs se font plus sélectifs 
    * Des risques liés aux émetteurs "quasi-souverains" 
    * Emissions et échéances de dettes émergentes: http://tmsnrt.rs/1Rb4n8S 
 
    par Karin Strohecker 
    LONDRES, 14 mars (Reuters) - Les signes récents de 
stabilisation des marchés émergents pourraient n'être qu'un 
épisode de calme avant la tempête car près de 1.600 milliards de 
dollars de dettes arriveront à échéance dans ces pays dans les 
cinq ans à venir, un mur qui pourrait être dur à franchir.  
    Le poids du service de la dette, qui augmentera de plus de 
100 milliards de dollars d'ici 2020 par rapport à son niveau de 
2015, résulte de la forte augmentation des emprunts liée à la 
crise financière de 2008.  
    De l'Afrique à l'Asie en passant par la Turquie, les 
emprunteurs publics et privés des pays émergents ont nettement 
accru leur endettement au cours de cette période en profitant 
des taux quasi-nuls pratiqués par les banques centrales, qui ont 
poussé les investisseurs à rechercher des rendements plus 
attrayants. 
    La dette d'entreprise ("corporate") représente plus des 
trois quarts des échéances à venir d'ici 2020 selon les données 
d'ICBC Standard Bank. Et si jusqu'à présent, le calendrier 
relativement léger des échéances et la faiblesse des taux a 
permis de limiter les défauts, la situation pourrait se 
compliquer avec la chute des cours des matières premières, la 
remontée des taux américains et, surtout, l'augmentation marquée 
des échéances. 
    "Le mur ne peut pas être ignoré, et pour deux raisons", 
explique Bhanu Baweja, responsable de la recherche sur les 
marchés émergents chez UBS. "D'abord parce que l'endettement est 
déjà très élevé, et précisément dans les secteurs qui risquent 
de connaître des difficultés, la finance et l'énergie, ensuite 
parce que les marchés mondiaux sont moins généreux 
qu'auparavant." 
    Une opinion partagée en grande partie par Brigitte Posch, 
responsable du marché de la dette corporate des marchés 
émergents chez Babson Capital Management.  
    "Pétrole et gaz sont l'un des secteurs sous pression au 
regard des fondamentaux", dit-elle, ajoutant que certains 
émetteurs privés manquant de la taille critique pourraient être 
contraints de restructurer leur dette mais que les plus gros 
problèmes pourraient concerner des entreprises publiques ou 
semi-publiques. 
     
    LA CHASSE AU RENDEMENT À TOUT PRIX EST FINIE 
    Ces émetteurs "quasi-souverains", comme la compagnie 
pétrolière brésilienne Petrobras ou la mexicaine Pemex, 
représentent plus de 80% des obligations du secteur qui 
arriveront à échéance dans les quatre prochaines années, 
précise-t-elle. Leurs difficultés pourraient donc rejaillir sur 
les Etats concernés si ceux-ci sont obligés de leur venir en 
aide. 
    La concurrence entre émetteurs potentiels s'intensifie déjà, 
ce qui se traduit par une multiplication des "roadshows", les 
présentations aux investisseurs, à Londres et New York.  
    Malgré tout, la plupart des investisseurs écartent le danger 
d'une envolée des défauts, notamment si le dollar américain, 
après 22% de hausse en deux ans, se stabilise enfin. Les taux 
restant globalement bas, les investisseurs devraient rester 
attirés par les rendements des obligations émergentes, 
ajoutent-ils.  
    "Je ne pense pas que la détérioration ira encore très loin, 
notamment si l'on part de l'idée que la sur-réaction du dollar 
est terminée, les intérêts dus seront gérables pour les 
entreprises", estime Sergio Trigo Paz, responsable de la dette 
émergente chez BlackRock.  
    Le rendement de la dette américaine à dix ans, principale 
référence pour la majeure partie des émissions émergentes, est 
toujours inférieur à 2%.  
    "Avec de tels niveaux de rendement, je ne vois pas de gros 
problème de refinancement (...), les taux de défaut devraient 
rester faibles", dit Steve Ellis, gérant de Fidelity 
International.  
    La qualité du crédit pourrait cependant devenir un point de 
plus en plus sensible.  
    Des données de Standard Chartered montrent que 34% des 
dettes arrivant à échéance au cours des cinq prochaines années 
sont notées en catégorie spéculative ("junk") et que 8% 
supplémentaires ne sont pas notés.  
    "Pour le haut du panier, nous disons 'oui, nous avons besoin 
de rendement' parce que les banques centrales (des pays avancés) 
nous y forcent, mais nous le faisons avec plus de prudence", dit 
Salman Ahmed, responsable de la stratégie globale de Lombard 
Odier.  
    "Les investisseurs seront plus nuancés pour ce qui est 
déterminer à quels emprunteurs ils donnent de l'argent car la 
période de la chasse au rendement à tout prix est révolue." 
 
 (avec Sujata Rao; Marc Angrand pour le service français) 
 
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