Le marché britannique des M&A déçoit malgré un climat favorable

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par Anjuli Davies LONDRES, 12 décembre (Reuters) - Une croissance soutenue, des dirigeants optimistes, un marché boursier porteur: la Grande-Bretagne semble réunir tous les éléments propices à un boom des fusions-acquisitions (M&A) mais l'activité du secteur reste à la traîne du reste du monde. Et l'incertitude politique en vue en 2015, année électorale, risque de ne rien arranger. A l'échelle mondiale, l'activité des M&A a atteint 3.200 milliards de dollars (2.500 milliards d'euros) cette année, son plus haut niveau depuis 2007 et 50% de plus que l'an dernier, selon les données Thomson Reuters. En Grande-Bretagne, les opérations conclues ont représenté 146 milliards de dollars depuis le début de l'année. Un montant certes en hausse par rapport à 2013 mais encore inférieur à son niveau de 2007, lorsqu'il avait culminé à 388 milliards. Il y a dix ans, la Grande-Bretagne représentait 37% de l'ensemble des M&A conclues dans la région Europe-Moyen-Orient-Afrique; cette proportion est tombée à 17%. L'une des explications à ce décalage se trouve dans la santé retrouvée de l'économie britannique, qui a donné ces derniers mois aux conseils d'administration de plusieurs groupes cotés la confiance nécessaire pour rejeter des offres de rachat jugées trop peu généreuses, ce qui a empêché un certain nombre de projets d'aboutir. Le groupe de construction Balfour Beatty BALF.L a ainsi repoussé une proposition de Carillion CLLN.L de 2,1 milliards de livres et Songbird Estates SBDE.L a fait de même cette semaine pour l'offre de 2,6 milliards du Qatar. ID:nL6N0TP0SJ et ID:nL6N0TP11X "L'élément récurrent, dans ces cas-là, c'est le fait que les vendeurs sont exigeants en terme de prix, ce qui est d'une certaine manière le reflet d'un bon niveau de confiance", explique Mark Todd, co-directeur des M&A chez Barclays. "Les M&A britanniques ont débuté l'année en fanfare mais elles ont quelque peu ralenti dernièrement." "MANQUE DE CHANCE" Au cours des premiers mois de l'année, plusieurs grands groupes américains se sont en effet intéressé à Vodafone VOD.L , laissant espérer une offre à 80 milliards de livres (101 milliards d'euros), tandis que le géant de la pharmacie Pfizer PFE.N a proposé 70 milliards pour prendre le contrôle d'AstraZeneca AZN.L et que Shire SHP.L a failli être repris par Abbvie ABBV.N pour 31 milliards. "Bizarrement, ça aurait pu être l'année la plus spectaculaire jamais vue. Si l'une de ces grosses opérations avait eu lieu, cela aurait tout changé", résume un banquier spécialisé, qui a requis l'anonymat. "Mais il n'y a pas qu'une opération qui n'a pas eu lieu, il y en a quatre, cinq, six." Des banquiers interrogés par Reuters expliquent aussi que pour les M&A britanniques, 2014 a été l'année la plus active de la période récente non seulement en terme d'opérations annoncées mais aussi en terme de discussions en coulisses. "Pour ce qui est d'un certain nombre de dossiers, le Royaume-Uni a été quelque peu malchanceux en 2014. Il n'y a pas qu'une seule explication à la baisse des volumes, elle est due en partie au manque de chance", estime Simon Mackenzie-Smith, président de la division Corporate and Investment Banking (CIB) de Bank of America Merrill Lynch pour le Royaume-Uni et l'Irlande. Quant à l'année 2015, elle s'annonce délicate car l'incertitude politique liée aux élections de mai et à l'éventualité d'un référendum sur l'avenir du pays au sein de l'Union européenne pourrait dissuader un certain nombre d'entreprises de se lancer dans des projets ambitieux. "Certains sujets, comme l'emploi, vont devenir très sensibles et focaliser une grande attention politique pendant cette année électorale", dit Simon Mackenzie-Smith. La perspective d'une remontée des taux d'intérêt en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis pourrait toutefois inciter les acquéreurs potentiels à passer à l'offensive. Les banquiers s'attendent néanmoins à un mouvement de consolidation dans le secteur des télécoms, où BT BT.L semble s'apprêter à racheter O2 à Telefonica TEF.MC ou EE à Orange ORAN.PA et Deutsche Telekom DTEGn.DE ID:nL6N0TV44O Le secteur de la santé devrait lui aussi rester animé, tandis que celui de l'énergie pourrait être poussé à la concentration par la chute des cours du pétrole. (Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)


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