Le marché anticipe une vague d'avertissements en Europe

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Le marché anticipe une vague d'avertissements en Europe
Le marché anticipe une vague d'avertissements en Europe

par Alexandre Boksenbaum-Granier

PARIS (Reuters) - Les entreprises européennes, en particulier les valeurs cycliques, devraient annoncer dans les semaines à venir de fortes révisions à la baisse de leurs prévisions de résultats pour 2012, affectées par le ralentissement économique mondiale et la crise en zone euro, estiment l'ensemble des analystes et gérants interrogés par Reuters.

Certains groupes ont déjà ouvert le bal, comme Danone, affectées par le ralentissement de la consommation en Espagne ou encore comme le groupe suédois Volvo.

Carrefour a annoncé pour sa part son retrait de Grèce, un marché jugé trop risqué.

"Ce sont plutôt les valeurs cycliques qui vont souffrir, auxquelles s'ajoutent les télécoms, qui est un secteur devenu très concurrentiel avec une compression des marges", observe Matthieu L'Hoir, stratégiste actions chez Axa IM.

En revanche, le secteur de la pharmacie devrait davantage résister, profitant de la nature défensive de son activité et d'un effet de change favorable, notent les analystes.

Sur le plan géographique, les entreprises allemandes pourraient pâtir davantage que les autres groupes européens du ralentissement économiques des pays émergents, l'Allemagne étant, avec ses exportations vers la Chine, le pays européen le plus exposé à la croissance de ces pays, explique Jérôme Troin-Lajous, vendeur actions chez Louis Capital Markets.

Selon ce dernier, les exportateurs allemands, notamment les PME, pourraient souffrir ainsi que les groupes automobiles dont l'activité a été fortement soutenue par leurs exportations vers les marchés émergents.

DES PRÉVISIONS SURESTIMÉES

Les groupes européens ne sont cependant pas les seuls à souffrir, puisque le géant américain Procter & Gamble a de nouveau abaissé ses prévisions de résultats au lendemain d'une mise en garde de FedEx Corp sur la croissance mondiale. et

"A l'impact de la crise économique en Europe s'ajoute un effet change pour les sociétés américaines avec la baisse de l'euro face au dollar depuis deux mois", explique Yann Schorderet, stratégiste quantitatif chez Mirabaud, l'euro étant passé sur le seul mois de mai de 1,3240 à 1,2356 dollar.

La hausse du dollar par rapport aux autres devises (+5,4% contre un panier de devises en mai) pénalise les exportations des entreprises américaines à l'étranger, le coût des produits exportés se renchérissant mécaniquement en l'absence de couverture des effets de change.

Les prévisions de résultats pour 2012 restent surestimées au regard de la faiblesse de la croissance, soulignent les gérants, le consensus Thomson Reuters I/B/E/S anticipant une progression de 3,2% des profits pour l'indice paneuropéen Stoxx 600 alors que le PIB de la zone euro devrait reculer de 0,2%.

Sur la base d'un recul de 0,4% de l'économie de la zone euro en 2012, les stratégistes de Natixis s'attendent à une baisse de 2 à 3% des résultats des entreprises européennes.

Franz Wenzel, directeur de la recherche de stratégie d'investissement chez Axa IM, qui anticipe une baisse de 5 à 10% des bénéfices en zone euro cette année, estime qu'au regard des valorisations actuelles, le marché intègre déjà une baisse de 0 à 5% des profits.

"Les cours de Bourse qui risquent de souffrir sont ceux des entreprises dont le flottant est important - souvent des sociétés globales, moins attractives - si celles-là déçoivent, le flux vendeur sera important", avertit Geoffroy Goenen, responsable gestion actions européennes chez Dexia AM.

En revanche, les analystes jugent peu probable une vague de retraits des zones en difficulté, comme Carrefour en Grèce.

"Pour une société, il faut distinguer les localisations des centres de production, des centres de consommation et du siège social. Ce sont trois choses qui ne sont pas nécessairement liées", rappelle Frédéric Jamet, directeur de la gestion chez State Street Global Advisors France.

Le retrait total d'un pays peut s'avérer très coûteux pour une société, indiquent les analystes, à la perte financière directe et immédiate s'ajoutant un coût en termes d'image pouvant être long à effacer.

Edité par Jean-Michel Bélot

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