Le manque de liquidité obligataire risque de s'accentuer-experts

le , mis à jour à 18:45
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par Jamie McGeever et Marius Zaharia LONDRES, 23 juin (Reuters) - Le manque de liquidité sur le marché obligataire, qui entretient la volatilité, n'est pas près d'être comblé et devrait même empirer dans les années à venir, ont expliqué mardi des experts réunis lors d'une conférence à Londres. Le durcissement de la réglementation, qui oblige les banques à réduire leurs capacités d'emprunt et à redéfinir leur modèle économique, a contribué à cet assèchement de la liquidité, source d'amplification des variations de cours dans une bonne partie du marché obligataire, y compris son segment considéré comme le plus sûr, celui des emprunts des Etats les mieux notés. "La situation de la liquidité est extrêmement tendue", a observé Marc Hellingrath, d'Union Investment, lors de l'Euromoney Global Borrowers & Investment Forum. "Les obstacles réglementaires s'accumulent et nous pensons donc que ce sera de pire en pire pour la liquidité". La crise financière de 2007-2009 a provoqué un durcissement des diverses réglementations, obligeant les banques à renforcer leurs fonds propres et à encadrer leurs opérations pour compte propre, réduisant d'autant leur capacité à jouer le rôle de "teneur de marché", et, en corollaire, leurs encours obligataires. Signe des inquiétudes que suscite cette évolution, le panel de cinq intervenants dans lequel figurait Marc Hellingrath a attiré une audience de près de 200 personnes, plus du double des autres interventions de la journée. Alors que sur un marché très liquide, les transactions sur un actif donné peuvent porter sur de gros volumes sans sensiblement modifier son cours, il en va tout autrement lorsque la liquidité diminue, voire disparaît. Le manque de liquidité a contribué cette année à faire monter le rendement du Bund allemand de référence à 10 ans d'un point entier en l'espace de deux mois, alors qu'il était proche de zéro à la mi-avril. Une envolée que la banque allemande Commerzbank a présenté comme un "krach éclair". Le problème risque d'être encore plus aigu sur le marché de la dette d'entreprise ("corporate"), dont la liquidité est souvent inférieure à celle des emprunts d'Etat. Marc Hellingrath a ainsi observé que 80% du volume d'échanges sur le marché corporate américain ne concernait que 20% seulement des emprunts émis. En Europe, la situation est encore pire, a-t-il ajouté. "L'âge d'or est révolu. Les régulateurs n'ont aucune intention de vider les lieux et la structure actuelle du marché est faite pour durer", a commenté Tsai Li Renn, responsable du trading obligataire de la Bourse de Singapour. (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand)

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