Le Mali vote en espérant un "nouveau départ"

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LE MALI SE PRÉPARE À VOTER
LE MALI SE PRÉPARE À VOTER

par David Lewis et Tiemoko Diallo

BAMAKO (Reuters) - Le Mali votait dimanche pour élire un nouveau président en espérant tourner la page du coup d'Etat de mars 2012 et de l'occupation du nord du pays par les islamistes radicaux, qui a pris fin avec l'intervention de l'armée française en janvier.

Les vingt-sept candidats en lice ont bouclé leur campagne en promettant reconstruction et réconciliation alors qu'un groupe radical islamiste, le Mujao, a menacé d'attaquer des bureaux de vote.

Des milliers de soldats français et africains ont rétabli l'intégrité territoriale du pays et une mission de maintien de la paix des Nations unies, la Minusma, forte de 12.600 hommes, est en cours de déploiement pour stabiliser le pays.

Une élection réussie constituerait une nouvelle étape de son redressement.

"Je suis très satisfait des conditions générales de ce scrutin. Je pense que c'est la meilleure élection organisée depuis notre indépendance (en 1960)", a dit après avoir voté à Bamako le président par intérim Dioncounda Traoré. "La démocratie, c'est la loi de la majorité. J'appelle tous les candidats à accepter le résultat des urnes", a-t-il ajouté.

"Il nous faut cette élection, c'est essentiel", a estimé Abdrahamane Touré, un employé de la poste. "Une fois qu'on aura retrouvé un Etat légitime, les choses pourraient commencer à aller mieux."

"La priorité du nouveau président devra être de rétablir la paix et la sécurité. Le reste viendra avec le temps", a renchéri Mamoutou Samaké, un ingénieur agronome de 46 ans qui a été le premier à voter dans le bureau du quartier de Banankabougou à Bamako.

La France espère retirer une bonne partie de ses quelque 3.000 hommes sur place d'ici la fin de l'année. Les pays donateurs ont promis plus de 3 milliards d'euros d'aide à la reconstruction après l'élection.

LES OBSERVATEURS "POSITIVEMENT SURPRIS"

Signe que tout n'était pas encore prêt samedi à la veille du scrutin, des habitants de Bamako faisaient la queue pour obtenir de nouvelles cartes d'identité et d'électeur imprimées à l'occasion de l'élection. Les 6,8 millions d'électeurs inscrits sont informés par SMS du lieu où ils iront voter.

Des commentateurs ont jugé qu'une élection organisée à la hâte pourrait déboucher sur des irrégularités et de nouvelles crises. Mais les autorités électorales assurent avoir distribué 85% des nouvelles cartes et promettent la tenue d'un scrutin libre et équitable.

Louis Michel, ancien ministre belge des Affaires étrangères et chef de la mission d'observateurs de l'Union européenne, dit avoir été "positivement surpris" par les préparatifs et a qualifié les conditions de vote d'acceptables.

"Le sentiment qui est le mien c'est que, dans le fond, les autorités transitionnelles ont montré une capacité d'organiser le processus électoral de manière assez opérationnelle et assez efficace, ce qui, en tout cas, ne permettra pas le moindre doute sur la légitimité de celui ou de celle qui émergera, in fine, de cette élection", a-t-il dit sur les ondes de RFI.

"Dire que ce sera une élection à 100% parfaite, non, bien entendu, il y a la question du peu d'engouement des réfugiés pour s'inscrire, il y a la question des déplacés. Mais il faut quand même dire que tout ça est assez marginal."

"Il y a un mois, il y avait beaucoup de doutes (concernant cette élection), mais ça finit par prendre forme. Tout le monde se rend compte que ce gouvernement intérimaire doit s'arrêter car sa fragilité inhérente a été très coûteuse pour le Mali", estime l'ambassadrice des Etats-Unis à Bamako, Mary Beth Leonard.

LE MUJAO MENACE

Les 21.000 bureaux de vote ont ouvert à 08h00 GMT. Il y a parfois eu des retards, le matériel électoral ayant été livré à la dernière minute.

A Tombouctou, ville du Nord contrôlée pendant plusieurs mois par les islamistes, les électeurs se sont pressés en masse vers les bureaux de vote.

Un second tour aura lieu le 11 août si aucun candidat ne parvient à passer la barre des 50% de voix dès le premier tour.

La plupart des candidats en lice sont des vieux routiers de la politique malienne, comme les deux plus en vue, Ibrahim Boubacar Keita, Premier ministre pendant une bonne partie des années 1990, et Soumaila Cissé, ancien ministre des Finances.

"Tout ce que nous cherchons, c'est l'unité", a déclaré Mohamed Kalé, imam de la grande mosquée de Bamako.

"Ce vote nous permet de trouver un nouveau dirigeant, il faut qu'il soit bon. Le nombre de personnes qui participera lui donnera cette légitimité."

Le nouveau président devra négocier la paix avec les séparatistes touaregs, qui ont accepté un cessez-le-feu dans leur bastion de Kidal (nord) pour la bonne tenue du scrutin.

Les islamistes radicaux, chassés du nord du pays par l'opération française Serval, ont menacé samedi de s'en prendre aux électeurs.

"Les bureaux et les lieux de vote de cette soi-disant élection seront pris pour cible par les frappes des moudjahidine", a déclaré le Mujao, dans un communiqué diffusé par l'agence Nouakchott d'information (ANI), en Mauritanie.

Le Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest est avec Al Qaïda au Maghreb islamique et Ansar Dine, l'un des groupes qui a occupé le nord du Mali à la suite du coup d'Etat de mars 2012.

Jean-Stéphane Brosse et Guy Kerivel pour le service français

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