Le malaise français sur l'Europe reste profond

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LE MALAISE FRANÇAIS SUR L'EUROPE RESTE PROFOND
LE MALAISE FRANÇAIS SUR L'EUROPE RESTE PROFOND

par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - La France sera dimanche le seul grand pays des Vingt-Huit, avec le Royaume-Uni, à envoyer à Strasbourg un fort contingent de députés élus sur un programme de démantèlement de la construction européenne, signe d'un vieux malaise national sur l'Europe.

Le Front national est donné par tous les instituts de sondage premier parti de France dans ce scrutin européen ou, plus rarement, deuxième, derrière l'UMP, reléguant le Parti socialiste au pouvoir à une peu glorieuse troisième place.

La situation de la France ne peut être comparée qu'avec celle d'un autre pays lui aussi marqué par sa grandeur passée, où le Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (Ukip) est donné en tête.

Mais à la différence de la Grande-Bretagne, la France est un membre fondateur de l'Union européenne et de l'euro, dont le parti de Marine Le Pen veut sortir pour réintroduire le franc tout en réinstaurant les postes douaniers aux frontières.

La dirigeante d'extrême droite rêve de voir son mouvement être le "premier parti" le 25 mai pour en faire un tremplin en vue de la présidentielle de 2017.

Elle mise parallèlement sur un score élevé de tous les eurosceptiques européens qui se coaliseraient dans un groupe pour bloquer la "machine folle" de l'Union.

Cette perspective panique la classe politique française, qui accrédite l'idée d'un tremblement de terre. Les propositions de Marine Le Pen sur l'Union européenne sont pourtant loin de recueillir une large adhésion : dans le dernier sondage Eurobaromètre, les Français sont à 59% pour l'euro, contre 50% en moyenne dans la zone.

Et pour 60% d'entre eux, la France serait moins bien lotie si elle quittait l'UE, contre 30% qui pensent le contraire, alors que la moyenne européenne est de 58%.

L'ENJEU DE LA PRÉSIDENCE DE LA COMMISSION

Mieux encore, les Français semblent avoir compris le grand enjeu de ces élections, les premières du genre à opposer des candidats à la présidence de la Commission, principalement le démocrate-chrétien luxembourgeois Jean-Claude Juncker et le social-démocrate allemand Martin Schulz.

Une procédure qu'ils approuvent à 41% (34% contre), comme s'ils refusaient les petits arrangements entre les dirigeants européens dont certains, Angela Merkel en tête mais pas François Hollande, refusent de se voir imposer un choix démocratique.

Selon un haut responsable socialiste français, les trois principaux groupes du Parlement européen - sociaux-démocrates (PSE), conservateurs (PPE) et libéraux (ALDE) - se sont pourtant déjà mis d'accord sur ce qui se passera le 26 mai.

"Il y aura une majorité pour celui qui virera en tête", a-t-il dit en requérant l'anonymat.

Le champion du groupe arrivé premier obtiendrait ainsi le soutien des deux autres candidats pour parvenir à la majorité absolue nécessaire pour le vote d'investiture de la Commission européenne en octobre.

Selon le dernier sondage TNS Opinion pour le Parlement européen, le PSE n'obtiendrait que 194 sièges contre 221 pour le PPE et 62 pour l'ALDE. Fort de cette majorité, Jean-Claude Juncker serait donc un candidat incontournable pour les dirigeants de l'UE qui se réuniront le 27 mai pour tirer les leçons du scrutin.

Cette "grande coalition" européenne marginalisera encore plus un éventuel groupe d'extrême droite eurosceptique.

UNE ÉLECTION POUR SE DÉFOULER

Mais même si le succès annoncé de Marine Le Pen et des autres partis populistes ne devrait pas changer la donne au Parlement européen, il constitue un signal fort de défiance.

Le sondage Eurobaromètre montre que l'abstention record attendue dimanche - au-delà des 60% de 2009 - semble surtout trouver ses raisons sur la scène politique nationale : 88% des Français n'ont pas confiance en leurs partis politiques et 80% expriment leur défiance envers leur gouvernement.

"Une fois tous les cinq ans, on parle d'Europe et c'est pour se défouler", estime Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, un cercle de réflexion fédéraliste, qui demande que l'on "rende à César ce qui appartient à César, c'est-à-dire la responsabilité de la crise à nos gouvernements".

Le souvenir du référendum de 2005 sur la Constitution européenne, perdu par un François Hollande qui militait pour le "oui", reste fort au PS, où la blessure est toujours à vif.

A droite, les discours de campagne portent moins sur la construction européenne que sur la perspective d'infliger un nouveau camouflet à un pouvoir socialiste affaibli.

"Cette élection se jouera sur le rejet de Hollande et des socialistes", explique-t-on dans l'entourage du président de l'UMP, Jean-François Copé.

L'UMP a réussi à se rassembler mais des franc-tireurs souverainistes, comme l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy Henri Guaino ou l'ancien ministre Laurent Wauquiez, viennent rappeler à quel point le parti gaulliste reste divisé sur la question européenne.

Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, le malaise des Français vis-à-vis de la construction européenne est profond et s'explique par la méfiance que ressent vis-à-vis de la mondialisation - et donc de l'UE - un grand pays désormais devenu une puissance moyenne.

"Les Français aiment l'Europe quand c'est une grosse France", aime-t-il à répéter.

(Edité par Jean-Baptiste Vey et Marc Angrand)

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  • M8603854 le mercredi 21 mai 2014 à 14:56

    Et le malaise de l'Europe avec la France, on n'en parle pas?

  • colafer le mercredi 21 mai 2014 à 13:10

    Pour mémoire les français on dit non au traité de Lisbonne......il faudra peut être se poser de sérieuses questions sur ce qu'attendent les français de l'Europe dimanche suivant le vote exprimé......

  • colafer le mercredi 21 mai 2014 à 13:08

    Facile de dire que l'Europe n'est responsable de rien....Aujourd'hui beaucoup de loi et de decret voté au parlement sont du à des directives européennes qu'il faut appliquer, qu'ils soient bons ou pas.

  • M7093115 le mercredi 21 mai 2014 à 12:53

    Le malaise ou plutôt la crise très profonde que traverse ce pays ne vient pas de l' Europe, elle vient de la dramatique inadaptation de nos politique et en général de l ' Etat hypertrophié et inefficace gabegie copinage à tous les étages en découlent L Europe ici ne fait figure que de défouloir malheureux

  • M2801849 le mercredi 21 mai 2014 à 12:45

    Pas d'UE possible tant que les USA auront leur armée sur notre sol ! Non a cette EU vassal des USA ! La Russie peut etre fier, elle n’a jamais été la vassal des USA. L’ UE est une e.s.c.r.o.q.u.e.r.i.e politique. Vive la France libre ! Vive l’Europe libre !