"Le Maître et Marguerite" : le théâtre total de Simon McBurney débarque à Paris

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(AFP) - "The Master and Margarita" mis en scène par le britannique Simon McBurney, qui avait enchanté le dernier festival d'Avignon, revient du 2 au 9 février en France à la MC93 Bobigny, après avoir fait salle comble à deux reprises au Barbican à Londres.

Spectacle total mené tambour battant par une troupe bourrée d'énergie, "Le Maître et Marguerite" laisse les spectateurs médusés, au terme de plus de trois heures de représentation.

Il fallait toute l'inventivité de McBurney pour faire vivre en quelques heures le roman foisonnant de 600 pages, chef d'oeuvre de l'écrivain russe Mikhaïl Boulgakov "réputé impossible à mettre en scène", selon le directeur de la MC93 Bobigny Patrick Sommier.

Boulgakov (1891-1940), qui a travaillé 12 ans sur son oeuvre maîtresse, jamais publiée de son vivant, a croisé avec un malin plaisir les histoires et les époques dans ce conte fantastique, où les personnages survolent Moscou dans l'ivresse de la liberté à la rencontre du diable.

Moscou, 1920: le diable "Woland" débarque dans le parc de l'Etang du Patriarche, et sème avec ses acolytes une joyeuse pagaille dans le milieu lâche et étriqué des écrivains à la solde de Staline.

Jérusalem, "le 14 du mois de Nisan": Ponce Pilate doit décider du sort de Jésus, en route pour le Golgotha.

On aurait tort de croire que les deux histoires n'ont rien à voir: bien au contraire. Sous la plume fantastique de Boulgakov, tout est lié, se croise, s'entremêle.

Le "Maître" du roman est un écrivain réduit au silence et au désespoir par le régime -comme Boulgakov. Sa grande oeuvre, qui relate l'histoire de Ponce Pilate, est refusée impitoyablement dans une Russie férocement athéiste.

Sa Marguerite, follement amoureuse de lui, vend avec allégresse son âme au diable pour retrouver son amant.

L'acteur Paul Rhys, visage blême et grande carcasse brisée par le désespoir, incarne le Maître torturé de la pièce. Il explique avoir "puisé dans la souffrance de sa propre vie" pour habiter le rôle. "J'étais extrêmement malheureux, enfant", dit-il.

Ce fidèle de la troupe "Complicite" (prononcer "Complicité"), créée il y a 30 ans par McBurney, déploie une énergie "épuisante" tous les soirs, puisqu'il incarne à la fois le Maître et le diable Woland.

Tours de magie

Susan Lynch est Marguerite, renversante lorsqu'elle vole toute nue sur Moscou, grâce à un de ces tours de magie -pluie d'étoiles et projection vidéo époustouflantes- dont McBurney a le secret.

"C'est très difficile de travailler avec un autre metteur en scène, une fois que vous avez joué pour McBurney, cela paraît fade", lance-t-elle. "Il va au fond des choses, c'est comme une plongée dans l'inconscient".

McBurney s'est pénétré du roman au point de se rendre sur place pour "sentir" Moscou. "Je me souviens que Sasha, mon guide, me racontait à propos d'un passage où le Maître est debout dans la neige avec un manteau auquel il manque les boutons, que n'importe qui à l'époque savait que des boutons manquant à un manteau signifiaient l'emprisonnement, voire la torture", raconte-t-il sur ce voyage initiatique.

La pièce convie elle aussi à un véritable voyage. Sans grands décors ni costumes somptueux, mais avec une énergie folle et un recours jamais gratuit aux effets visuels, elle transporte le spectateur dans un autre espace-temps, dont il sort sonné, et prêt à se jeter sur le livre.

"Les manuscrits ne brûlent jamais", écrivait Boulgakov, qui savait de quoi il parlait puisqu'il avait brûlé une première version de son livre, paru en Union soviétique en 1966, vingt-six ans après sa mort, dans une version censurée.

"The Master and Margarita" joue au Barbican Theatre à Londres, jusqu'au 19 janvier, puis à la MC93 Bobigny du 2 au 9 février.

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