Le magazine Rolling Stone retire un article sur un viol collectif

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NEW YORK, 6 avril (Reuters) - Le magazine américain Rolling Stone a retiré dimanche un article sur un viol collectif commis sur un campus universitaire de Virginie à la suite d'une contre-enquête ayant révélé de graves lacunes et des manquements aux principes de base du journalisme. L'article publié en novembre dernier relatait dans le détail le viol collectif dont une femme, apparaissant sous le pseudonyme de "Jackie", disait avoir été la victime en 2012 dans une "fraternité" étudiante lors de sa première année d'études. Il mettait également en cause la passivité présumée de la direction de l'université face aux affaires d'agression sexuelle. Mais très vite, des doutes étaient apparus sur la véracité de l'article écrit par Sabrina Rubin Erdely, une contributrice régulière de Rolling Stone. D'autres médias américains, dont le Washington Post, établissaient que l'agression ne pouvait s'être déroulée comme l'écrivait Rolling Stone. Face au tollé, la direction du magazine a reconnu en décembre des "contradictions" dans le récit et admis n'avoir jamais cherché à obtenir des commentaires de la part des sept hommes mis en cause dans le viol supposé. Elle a parallèlement demandé à une équipe de l'école de journalisme de l'université de Columbia de mener une contre-enquête et de vérifier le contenu de son article. La conclusion est sans appel. "Le désaveu par Rolling Stone du récit principal de (l'article) 'Un viol sur le campus' est un exemple d'échec journalistique qui aurait pu être évité", peut-on lire dans la longue contre-enquête mise en ligne dimanche sur le site du magazine. "Cet échec englobe aussi bien le reportage, la relecture, l'encadrement et la vérification des faits", poursuivent les auteurs du rapport. Conduite par Steve Coll, le doyen de l'école de journalisme de Columbia, l'équipe a eu accès aux notes de la journaliste et aux différentes versions de travail de l'article et a pu interroger tous les journalistes ayant pris part à son édition. "Erdely et ses éditeurs espéraient que cette enquête tirerait l'alarme sur les agressions sexuelles dans des campus et mettrait au défi l'université de Virginie et d'autres universités à faire mieux. Au lieu de quoi, l'erreur du magazine pourrait avoir répandu l'idée que de nombreuses femmes inventent des allégations de viol", déplorent les contre-enquêteurs, qui évoquent un "nouveau coup porté à la crédibilité du journalisme" et appellent à une réaffirmation des bonnes pratiques journalistiques. Dans une note accompagnant la publication de ce rapport "douloureux", le rédacteur en chef de Rolling Stone, Will Dana, annonce le retrait officiel de l'article et présente les excuses du magazine aux lecteurs et à tous ceux qui ont été atteints par cet article et ses répercussions, dont les membres de la fraternité Phi Kappa Psi, les administrateurs de l'université de Virginie et les étudiants. (Frank McGurty; Benoît Van Overstraeten et Henri-Pierre André pour le service français)

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