Le lobby nucléaire français ébranlé par sa jeune garde

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UNE NOUVELLE GÉNÉRATION PLUS OUVERTE FAIT ÉVOLUER LE DOGME DU LOBBY NUCLÉAIRE FRANÇAIS
UNE NOUVELLE GÉNÉRATION PLUS OUVERTE FAIT ÉVOLUER LE DOGME DU LOBBY NUCLÉAIRE FRANÇAIS

par Muriel Boselli

PARIS (Reuters) - Le Corps des Mines, où sont formés depuis deux siècles l'élite des ingénieurs français, a longtemps été le bastion de la culture nucléaire qui a fait de la France le pays le plus dépendant de l'atome au monde.

Mais, marquée par le désastre de Tchernobyl et la fin des Trente Glorieuses dans lesquels avaient grandi leurs aînés, une nouvelle génération de cette élite largement pro-nucléaire remet aujourd'hui la tradition en question.

L'ouverture à d'autres formes d'énergie de ces ingénieurs qui peuplent cabinets, directions d'organismes publics ou de grandes entreprises, pourrait notamment bénéficier à la transition énergétique et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre voulues par François Hollande.

"Personne au Corps des Mines ne remet en cause la nécessité du nucléaire dans le mix énergétique, par contre les jeunes générations sont plus sensibles à l'environnement et à laisser la place à d'autres énergies", explique François Bordes.

Diplômé du Corps des Mines en 1998, il a fondé après un passage en cabinet ministériel une société de conseil en efficacité énergétique nommée MYCO2.

Comme d'autres jeunes "corpsards", ce quadragénaire estime que le nucléaire a toujours une place importante en France mais plus le rôle dominant attribué par leurs aînés.

"Il y a une question de génération avec des gens qui ont eu des postes de décision pendant les Trente Glorieuses et les années 80. Puis à partir des années 90 est venue la sensibilité à Kyoto, aux problèmes de l'effet de serre", ajoute-t-il.

Fondé en 1794, le Corps des Mines avait pour vocation de promouvoir les mines de charbon françaises dans le cadre de la révolution industrielle naissante.

Après la Seconde guerre mondiale, sa raison d'être fut amplifiée quand l'un des siens, Pierre Guillaumat a participé aux côtés de Charles de Gaulle à la création du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), chargé de la recherche nucléaire.

UN FLEURON DU TOUT-NUCLÉAIRE

L'organisme public devient dans les années 1950 l'un des fleurons de la politique de planification française, développant l'excellence scientifique nucléaire à usage civil et militaire, avec la production de la bombe atomique.

Souvent qualifié de lobby de l'atome, le Corps des Mines, dont la plupart des élèves sont issus de Polytechnique, sera la cheville ouvrière du programme nucléaire français, le deuxième plus ambitieux au monde après celui des Etats-Unis.

"On dénonce les lobbies des laboratoires pharmaceutiques, le lobby des semenciers, mais il y a des lobbies d'Etat qui ne sont pas inspirés par le profit mais qui ont des motivations beaucoup plus idéologiques", estime Noël Mamère, député écologiste.

Les gouvernements successifs ont parallèlement favorisé massivement l'équipement des logements en chauffage électrique pour absorber la production des 58 réacteurs nucléaires. Malgré sa consommation, la France reste le premier exportateur d'électricité au monde.

Certains membres du Corps des Mines critiquent aujourd'hui les conséquences de ce pari d'une énergie dominante, qui rend la France fragile et dépendante lors des pics de consommation.

ABERRATIONS ÉNERGÉTIQUES

"On a trop pensé que l'énergie nucléaire était bon marché, et qu'on pouvait par conséquent développer massivement le chauffage électrique, des choses comme ça qui sont des aberrations énergétiques", souligne Vincent Le Biez, diplômé du Corps il y a quelques années.

Sur la liste des anciens élèves figurent les noms d'Anne Lauvergeon, ancienne patronne d'Areva, de Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), ou encore de Jacques Repussard, directeur de l'institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

En 1986, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl a entaché l'image de toute l'industrie auprès de l'opinion publique, les autorités françaises ayant soutenu que le nuage radioactif venu d'Ukraine n'avait pas franchi la frontière.

Mais comme les autres pays d'Europe, la France n'échappa pas à la contamination entraînée par l'un des pires accidents nucléaires de l'histoire, avec Three Miles Island en 1979 et Fukushima en 2011.

Le lobby nucléaire français est difficile à appréhender en raison de son imbrication dans les différentes sphères du pouvoir. Ceux qui le critiquent sont souvent des ONG ou des écologistes, qui ont rarement atteint le coeur du pouvoir.

Corinne Lepage, ministre de l'Ecologie du gouvernement d'Alain Juppé entre 1995 et 1997, est l'une des rares exceptions. Ce lobby dispose d'importants leviers au Parlement français, raconte celle qui est aujourd'hui députée européenne.

"DÉPUTÉS APPARENTÉS EDF"

"Il y a au parlement un groupe puissant de députés et de sénateurs qui sont pro-nucléaires, dont certains viennent d'EDF. Ils sont tellement proches du lobby qu'on les appelle les apparentés EDF", évoque Corinne Lepage.

Un an après son arrivée au ministère de l'Ecologie, elle raconte avoir subi des pressions pour enterrer une étude scientifique faisant état de l'augmentation des cas de leucémie autour de la centrale de retraitement d'Areva à La Hague.

Après avoir demandé si une étude contradictoire existait, elle raconte avoir vu "débarquer dans son bureau les communicants d'EDF, d'Areva, de son ministère et de celui de l'industrie".

"Le jour où tous ces communicants ont débarqué ensemble dans mon bureau, c'était évident qu'ils travaillaient ensemble et qu'ils avaient des intérêts liés", raconte-t-elle.

EDF et Areva n'ont pas souhaité commenter cette anecdote.

PURGER TCHERNOBYL

Pour beaucoup d'ingénieurs, la catastrophe de Tchernobyl fût un choc qui a braqué les projecteurs sur les dangers de l'énergie nucléaire. En mars 2011, la catastrophe de Fukushima a renforcé cette opinion.

"Tous les gens qui sont rentrés dans le monde du travail à partir des années 1990 sont beaucoup plus sensibles à un monde fait de risques, où aucune technologie n'est parfaite", dit François Bordes.

Le gouvernement socialiste a annoncé la fermeture de la plus vieille centrale du parc français, Fessenheim, pour fin 2016 et a engagé un débat de six mois sur la transition énergétique.

Une loi de programmation, qui définira comment la France va réduire de 75 à 50% le poids du nucléaire dans la production électrique, développer massivement les énergies renouvelables et réduire sa consommation d'énergie, est prévue pour septembre 2013.

Avec Fukushima, cette pensée moins dogmatique s'est illustrée jusque dans les couloirs de l'Autorité de sûreté nucléaire. La gestion de la catastrophe a radicalement différé de celle de Tchernobyl, le gendarme français ayant été le premier à classer l'accident au niveau le plus élevé sur l'échelle des incidents nucléaires (Ines).

Dès les premiers jours de la crise, l'ASN a activé un plan de communication inédit, destiné à fournir en temps réel, au monde entier, un point de vue objectif sur la crise qui se déroulait au Japon.

"Il y eu dans l'esprit d'un certain nombre de personnes, dont moi, l'idée qu'il fallait purger Tchernobyl c'est-à-dire montrer à quel point nous avions évolué depuis Tchernobyl", admet l'ancien président de l'ASN, André-Claude Lacoste.

Egalement membre du corps des Mines, il vient de quitter l'institution après 20 ans de mandat au service des autorités de sûreté nucléaire successives.

Avec Axelle du Crest, Marion Douet, édité par Yves Clarisse

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  • bouchet1 le lundi 3 déc 2012 à 22:15

    que sont devenus les personnes malades du nucléaire, comme les leucémies autour de la hague??

  • testatio le lundi 3 déc 2012 à 16:15

    Comment peut-on être anti-nucléaire et sortir comme argument l'augmentation des gaz à effet de serre. l'Allemagne arrête ses centrales pour les remplacer par des centrales au fioul et au charbon. De plus, ils produiront moins, donc devront importer de la France leur manque. L'allemagne augmente ses émission de gaz a effet de serres, mais les écologistes applaudissent leur position. Quand le lobbying anti-nucléaire est aveugle...

  • M5441845 le lundi 3 déc 2012 à 15:38

    L'article est d'un niveau très moyen, mais les commentaires sont encore pire...

  • LeRaleur le lundi 3 déc 2012 à 15:21

    Toi t'es plutôt un extra-KON.

  • pljm le lundi 3 déc 2012 à 15:20

    et tu oublies les extras terrestres

  • LeRaleur le lundi 3 déc 2012 à 15:12

    Normal, ce sont des imbéciles élevés dans l'anti-nucléaire aidé par les verts. Tous payés en sous-main par les producteurs de pétrole et la CIA.