Le lièvre Sarkozy obligé de courir après la tortue Hollande

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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy et sa majorité se retrouvent dans la position inconfortable qui était celle du Parti socialiste il y a quelques semaines, avant la victoire sans appel de François Hollande à la primaire pour l'élection présidentielle de 2012.

A six mois du scrutin, l'UMP est en proie à des dissensions entre droite de la droite et centristes, "droite populaire" et "droite humaniste", partisans du Premier ministre François Fillon et proches du secrétaire général Jean-François Copé, face à un PS ressoudé derrière son champion.

Nicolas Sarkozy, en berne dans les sondages d'opinion face à François Hollande, et son parti vont devoir reconquérir un espace médiatique que le PS occupe depuis des semaines grâce à son scrutin interne, après avoir longtemps eu du mal à exister face à un chef de l'Etat hyperactif et omniprésent.

La question du temps - que faire des mois à venir et comment gérer les impatiences ? - qui a desservi le PS tant qu'il n'avait pas de candidat, risque en outre, désormais, de se retourner contre le chef de l'Etat et l'UMP.

"La nouveauté, c'est l'existence d'une dynamique à gauche alors qu'on a l'impression d'une droite au point mort", résume François Miquet-Marty, directeur de l'institut Viavoice.

"Le PS a une longueur d'avance, qui lui permet de s'organiser et de se mettre en ordre de bataille", admet pour sa part un parlementaire UMP. "Nous allons devoir à la fois gérer le temps et mettre au point notre stratégie."

PARTAGE DES TÂCHES

L'Elysée et l'UMP se répartissent les tâches.

A Nicolas Sarkozy, qui n'officialisera probablement sa candidature qu'en janvier ou février, la poursuite de la gestion des affaires de l'Etat, même s'il est de facto déjà en campagne. A l'UMP la riposte contre le PS et son programme.

Selon le ministre des Affaires étrangères et numéro deux du gouvernement, Alain Juppé, dont le rôle de conseiller auprès de Nicolas Sarkozy s'affirme de jour en jour, le chef de l'Etat réfléchit à des "initiatives fortes".

Les marges de manoeuvre du président, qui a ajourné sine die la réforme de l'aide aux personnes dépendantes, dont il avait fait un des chantiers de 2011, sont cependant étroites.

Dans l'immédiat, il mise sur une séquence internationale qui culminera début novembre avec le sommet du G20 de Cannes sous présidence française et le conduira d'ici là à Bruxelles, dimanche, pour un Conseil européen crucial sur la crise de la zone euro, puis, peut-être, à Washington et Pékin.

Mais si sa gestion de la crise financière de 2008, à la tête de l'Union européenne, lui avait permis temporairement de redresser sa popularité, la plupart des analystes ne croient pas que l'élection de 2012 se jouera sur l'international.

Les dirigeants de l'UMP se réjouissent pour leur part bruyamment de la fin de la séquence de la primaire socialiste.

"Enfin, on va pouvoir cogner !" déclarait lundi matin, lors d'un point de presse, le secrétaire général adjoint de l'UMP Marc-Philippe Daubresse, d'ordinaire plus mesuré.

"'Quand c'est flou, il y a un loup', je vais le ressortir !" a-t-il ajouté en reprenant une formule de Martine Aubry, rivale malheureuse de François Hollande.

UNE CONVENTION SUR LE PS

Signe d'embarras, des dirigeants de l'UMP confiaient avant le second tour de la primaire PS, peut-être dans l'espoir de l'influencer, que Martine Aubry serait une adversaire plus dangereuse que François Hollande parce que "plus clivante".

Les mêmes assuraient pourtant il y a quelques mois, quand l'ex-premier secrétaire n'était qu'un candidat parmi d'autres, que François Hollande serait plus coriace, parce que plus moderne et consensuel, qu'une Martine Aubry "archaïque".

Désormais, plus d'ambiguïté : c'est bien l'ancien premier secrétaire du PS et ce caractère consensuel qui sont la cible des attaques du parti présidentiel.

François Hollande est l'incarnation de "l'inaptitude à prendre des décisions courageuses" et impopulaires et "le champion du monde de l'ambiguïté sur tous les sujets", a dit Jean-François Copé lors du même point de presse de l'UMP.

Il a mis au passage en garde ceux qui, notamment au centre, pourraient être tentés de se tourner vers le candidat du PS, en affirmant que "gauche molle" - critique formulée par Martine Aubry - ne voulait pas dire "gauche fréquentable".

"C'est surtout une gauche capable de n'importe quelle compromission", a déclaré le patron du parti présidentiel.

L'UMP, qui consacrera mardi une convention à la critique en règle et systématique du programme du PS, avec la participation d'une douzaine de ministres - mais pas François Fillon - n'en paraît pas moins sur la défensive.

Pour Dominique Paillé, conseiller politique du Parti radical, cette convention "n'est pas constructive" et ne peut que "donner l'impression que le PS reste le centre de gravité".

"Ce n'est pas par la caricature qu'on gagnera des voix au centre. L'outrance dessert la majorité", avertit également l'ancien porte-parole de l'UMP.

Edité par Yves Clarisse

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  • docteur7 le lundi 17 oct 2011 à 18:11

    Et dans la fable, on sait qui a gagné car "rien ne sert ..."