Le Liban sous tension après l'attentat de Beyrouth

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LE LIBAN SUR LES NERFS APRÈS L'ATTENTAT DE BEYROUTH
LE LIBAN SUR LES NERFS APRÈS L'ATTENTAT DE BEYROUTH

par Laila Bassam et Angus MacSwan

BEYROUTH (Reuters) - L'ancien Premier ministre Saad Hariri a invité tous les Libanais à assister dimanche à Beyrouth aux obsèques du général Wissam al Hassan, chef des services de renseignement des forces de sécurité intérieures tué vendredi dans un attentat à la voiture piégée.

Des manifestants sunnites ont continué samedi à manifester dans plusieurs villes du pays pour dénoncer l'assassinat de leur coreligionnaire, dont ils rendent responsables les chiites du Hezbollah, alliés de la Syrie.

Le Premier ministre Nadjib Mikati a présenté sa démission au président Michel Souleïmane qui lui a toutefois demandé de rester quelques temps encore à son poste.

Le chef du gouvernement a établi un lien entre l'assassinat du général Hassan et la découverte en août d'un complot visant à déstabiliser le Liban, affaire dans laquelle un ancien ministre libanais et deux responsables militaires du régime de Damas ont été inculpés.

"Vous êtes tous personnellement invités à vous rendre demain place des Martyrs afin de prier pour Wissam al Hassan", a déclaré samedi sur Future Television Saad Hariri, farouche adversaire du régime syrien et proche du général assassiné.

"Il faut que vienne tout le Liban, ce Liban que Wissam al Hassan a protégé au péril de sa vie contre les complots de Bachar al Assad et d'Ali Mamlouk", a-t-il ajouté, citant les noms du président syrien et d'un de ses généraux, chef de la sécurité nationale syrienne, inculpé en août par la justice libanaise.

Samedi matin, le Premier ministre Nadjib Mikati a annoncé qu'il avait offert sa démission au président Souleïmane mais que ce dernier lui avait demandé de rester à son poste.

L'Alliance du 14-Mars, une coalition d'opposition à laquelle appartient le parti de Saad Hariri, a demandé dès vendredi soir le départ de Nadjab Mikati et de son gouvernement, qui comprend des ministres du Hezbollah pro-syrien.

TENSION À BEYROUTH ET TRIPOLI

"Lors d'une réunion avec le président, je lui ai dit que je ne voulais pas m'accrocher au poste de Premier ministre et que nous devions envisager la formation d'un nouveau gouvernement", a dit Nadjib Mikati lors d'une conférence de presse au palais présidentiel de Baabda.

Il a cependant ajouté qu'il avait accepté, à la demande du chef de l'Etat, de rester pour le moment à son poste "car il y a une crainte de voir le pays sombrer dans le désordre".

Il a souligné que son gouvernement finirait de toute façon, à une date non précisée, par démissionner.

Le Premier ministre a lié l'attentat de vendredi, qui a fait au total huit morts et environ 80 blessés, au complot déjoué cet été.

Le général Hassan avait dirigé l'enquête qui a conduit en août à l'inculpation de l'ancien ministre libanais Michel Samaha et des deux responsables militaires syriens, poursuivis pour complot en vue de déstabiliser le Liban.

"Un Premier ministre n'a pas à devancer les conclusions de l'enquête mais, honnêtement, (...), je ne peux imaginer qu'il n'y ait pas de lien entre le crime d'hier et la découverte du complot contre le Liban en août", a dit Nadjib Mikati.

Il s'est toutefois gardé de mettre en cause directement le président Assad.

Dans les rues de Beyrouth et d'autres villes, des hommes armés et des manifestants sunnites ont continué de bloquer des rues avec des pneus enflammés.

A Tripoli, le grand port du nord du pays où les sunnites anti-Assad et la minorité alaouite se sont affrontés à plusieurs reprises ces derniers mois, quatre personnes ont été blessées samedi par des tirs sur le quartier de Djebel Mohsen, où vivent de nombreux alaouites, adeptes d'une branche du chiisme à laquelle appartient Bachar al Assad.

Vendredi soir, toujours à Tripoli, un dignitaire religieux favorable au Hezbollah a été tué dans un affrontement.

A Beyrouth, des soldats ont été déployés aux principaux carrefours et autour des bâtiments publics mais de nombreuses artères, notamment la route de l'aéroport international, sont bloquées par des manifestants.

TROIS JOURS DE DEUIL

L'armée est également très présente dans le quartier chrétien d'Achrafieh, où s'est produit l'attentat, et sur la place des Martyrs, au coeur de la ville.

Des voitures munies de haut-parleurs ont sillonné les secteurs sunnites de la capitale en lançant des appels à la démission du gouvernement. Des groupes d'hommes armés étaient également visibles.

A Bar Elias, dans la plaine orientale de la Bekaa, l'armée a ouvert le feu sur des manifestants qui bloquaient une route, faisant deux blessés. Des manifestations ont aussi été signalées à Saïda, dans le sud du pays.

Le grand mufti du Liban, plus haut dignitaire sunnite du pays, a annoncé trois jours de deuil en hommage au général Hassan.

Ce dernier avait également enquêté sur l'implication présumée de la Syrie et du Hezbollah dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, père de Saad, en février 2005 à Beyrouth.

Dans son édition de samedi, le Beirut Star estime que les auteurs de l'attentat contre Hassan sont animés par la volonté de faire plonger le Liban dans un nouveau cycle de violences et de "détourner l'attention des événements qui se passent en Syrie".

Malgré les accusations portées contre eux, le gouvernement syrien et le Hezbollah ont condamné l'attentat. Le ministre syrien de l'Information, Omrane al Zoabie, a dénoncé un "acte terroriste".

L'Iran, allié de la Syrie, a également condamné l'attentat et suggéré qu'Israël pouvait en être responsable. Le chef de la diplomatie iranienne, Ali Akbar Salehi, a annoncé son intention de se rendre à Beyrouth.

Avec Oliver Holmes et Dominic Evans; Henri-Pierre André et Guy Kerivel pour le service français

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