Le Liban résiste à la contagion syrienne

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par Tom Perry et Laila Bassam BEYROUTH, 16 janvier (Reuters) - Le double attentat suicide qui a fait neuf morts il y a six jours dans un quartier alaouite de Tripoli, dans le nord du Liban, marquait une nouvelle tentative de plonger le pays dans une guerre civile comparable au conflit qui ravage la Syrie voisine depuis près de quatre ans. L'Etat libanais semble toutefois être sorti renforcé de cette épreuve. En réponse à l'attentat revendiqué par les djihadistes sunnites, le gouvernement a lancé une opération pour rétablir son autorité sur la prison de Roumieh, la plus grande du pays, tombée pratiquement sous le contrôle des détenus islamistes. D'autres attentats sont pourtant à craindre. Une voiture piégée avec une charge explosive de 120 kilos a été découverte à temps jeudi près de la frontière syrienne. Les dirigeants islamistes sunnites qui échappent aux recherches peuvent continuer à recruter des militants, notamment dans les camps de réfugiés palestiniens et parmi les centaines de milliers de Syriens qui ont fui la guerre et ont été accueillis au Liban. Pour les hommes politiques libanais, le pays est capable de résister aux tentatives visant à l'entraîner dans une lutte fratricide. Les deux acteurs les mieux à même de calmer les esprits, le Courant du futur du sunnite Saad Hariri et le Hezbollah chiite, ont entamé ce mois-ci des discussions politiques afin d'éviter que le Liban ne retombe dans la guerre civile, comme ce fut le cas entre 1975 et 1990. POURPARLERS ENTRE CHIITES ET SUNNITES Ces pourparlers entre chiites et sunnites, les premiers depuis le début de la crise en Syrie, n'auraient pu se tenir sans la bénédiction de l'Arabie saoudite et de l'Iran. Ces deux pays, dont la vieille rivalité entretient les tensions dans la région, semblent en effet d'accord pour préserver la stabilité du Liban. Le dialogue en cours explique en grande partie que l'attentat de Tripoli n'ait pas eu un effet de contagion, a expliqué à Reuters Samir al Jisr, l'un des représentants du Courant du futur aux discussions. Les chiites du Hezbollah, qui soutiennent le président syrien Bachar al Assad, un alaouite, face aux insurgés majoritairement sunnites, ont également appelé au calme. L'opération menée deux jours après l'attentat par les forces de sécurité à la prison de Roumieh n'aurait pu avoir lieu sans le feu vert des diverses factions politiques libanaises. Le ministre de l'Intérieur Nohad Machnouk, membre du Courant du futur, a affirmé que des détenus islamistes de Roumieh, grâce à internet et au téléphone portable, avaient été en contact avec les responsables de l'attentat de Tripoli. Pour Nabih Berri, président chiite du Parlement libanais, la reprise de contrôle de la prison, grâce au dialogue entre le Courant du futur et le Hezbollah, "prouve que l'Etat libanais existe" car une décision politique a été nécessaire. "AU MILIEU DE L'INCENDIE" Le numéro un du Hezbollah, le cheikh Hassan Nasrallah, a salué les efforts de l'ancien Premier ministre Hariri en faveur du dialogue. Soutenu par l'Arabie saoudite, Saad Hariri reste une personnalité très influente dans son pays, même s'il n'y est retourné qu'une fois depuis que le Hezbollah et ses alliés ont renversé son gouvernement en 2011. Il espère que les discussions actuelles conduiront enfin à un accord sur le nom du prochain président libanais, un poste réservé à un chrétien et qui n'est pas occupé depuis que le mandat de Michel Sleimane a expiré en mai 2014. Les deux chefs politiques chrétiens du pays, Samir Geagea et Michel Aoun, rivaux depuis de longues années, devraient tenir leurs propres discussions sur la future présidence mais le choix du chef de l'Etat sera le résultat de vastes consultations entre toutes les parties. Pour l'instant, le dialogue entre sunnites et chiites porte principalement sur les moyens de faire baisser les tensions face aux menaces des djihadistes, alors que des combattants de l'Etat islamique et du Front al Nosra, la branche syrienne d'Al Qaïda, sont stationnés à la frontière syro-libanaise. Ces djihadistes détiennent une vingtaine de soldats libanais capturés en août dernier lors d'une attaque contre la ville frontalière d'Arsal. "Malgré ce qui s'est passé à la prison de Roumieh et qui a en partie rétabli l'autorité de l'Etat, la situation demeure fragile dans le pays", avertit Rajeh Khoury, un commentateur politique. "Le danger est toujours présent parce que le Liban se retrouve au milieu de l'incendie et de la guerre qui font rage autour de lui." (Guy Kerivel pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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