Le journaliste tué en Birmanie, ancien garde du corps de Suu Kyi

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RANGOUN, 29 octobre (Reuters) - Le journaliste birman tué en détention en octobre avait milité en faveur de la démocratie et a été l'un des gardes du corps de l'opposante Aung San Suu Kyi, selon sa femme, qui dit craindre de ne jamais connaître les circonstances de sa mort. Than Dar, qui a reçu une lettre de condoléances de la lauréate du prix Nobel de la paix, a déclaré mardi lors d'une interview qu'elle envisageait de lancer une campagne nationale avec l'aide de 59 organisations locales pour réclamer des explications et faire pression sur le gouvernement. Sur une photographie accrochée à un mur de son appartement, le couple pose, tout sourire, avec Aung San Suu Kyi et leur fille. Par Gyi a été arrêté le 30 septembre alors qu'il réalisait un reportage photo lors d'affrontements entre l'armée et un groupe rebelle karen et a été tué le 4 octobre, a déclaré l'Association d'assistance aux prisonniers politiques de Birmanie (AAPP) basée en Birmanie. Selon un communiqué de l'armée, le journaliste a été tué alors qu'il tentait de subtiliser son arme à un soldat en vue de s'évader et qu'il avait été emprisonné en raison de son appartenance à une organisation rebelle ethnique karen. Son épouse a dit soupçonner qu'il ait été tué après avoir été torturé, ce qui expliquerait pourquoi l'enterrement a eu lieu en secret. Elle a demandé à la police d'exhumer son corps pour qu'une autopsie puisse être pratiquée pour déterminer les causes de sa mort. Le gouvernement birman n'a fait aucune déclaration. A Washington, le département d'Etat s'est dit mardi "profondément préoccupé et attristé" par l'annonce de la mort de Par Gyi et a appelé dans un communiqué le gouvernement à mener une "enquête crédible et transparente" sur les circonstances de son décès. Le président américain Barack Obama doit se rendre dans le pays en novembre à l'occasion d'un sommet régional. DES ORGANISATIONS DÉNONCENT LA RÉPRESSION DES JOURNALISTES La Birmanie émerge de 49 ans de dictature militaire et s'est lancée depuis 2011 dans de vastes réformes sous l'impulsion du président Thein Sein, qui a troqué son uniforme de général pour des habits civils. Les organisations de défense des droits de l'homme dénoncent la répression qui s'est abattue sur les journalistes depuis un an et accuse l'armée de continuer à commettre des abus. Aung San Suu Kyi a passé quinze années en détention avant d'être libérée en 2010 puis de se faire élire députée en 2012. Selon son épouse, Par Gyi a été membre de l'organisation étudiante pro-démocratie Tri-Color et a été de 1988 à 1990 l'un des gardes du corps d'Aung San Suu Kyi, avec qui il est resté en contact. Than Dar, une militante qui a passé cinq ans en prison après avoir été condamnée pour diffamation envers le gouvernement, a expliqué qu'elle s'était rendue dans plusieurs casernes militaires à la recherche de son mari, qui était porté disparu depuis 29 septembre, mais qu'elle n'a obtenu aucune information. Elle a appris la mort de son mari le 23 octobre quand un journaliste birman a publié sur Facebook l'information selon laquelle il avait été tué 19 jours plus tôt par l'armée. Le lendemain, l'armée publiait un communiqué confirmant la mort de Par Gyi et affirmant qu'il avait été abattu après avoir tenté de dérober une arme à un soldat pour s'évader. L'armée a affirmé jeudi dernier que Par Gyi était le responsable de la communication d'un obscur groupe rebelle appelé Klohtoobaw Karen Organization et qu'il avait été interpellé dans l'Etat oriental de Mon près de la frontière avec la Thaïlande. Than Dar a démenti ces informations, affirmant que son mari était journaliste. Quand la mort de Par Gyi a été confirmée, Than Dar a demandé à la police de la ville où il a été tué pour réclamer une enquête. "Tout le monde sait que la police ne peut pas enquêter de façon indépendante", a-t-elle dit. "Les militaires contrôlent tout ici, donc nous avons peu d'espoir." (Paul Mooney avec Doina Chiacu à Washington, Mathilde Gardin pour le service français)

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