Le Jardin des Plantes a déjà vécu "le changement culturel" du zéro pesticide

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People walk in the Jardin des Plantes garden in Paris AFP PHOTO LOIC VENANCE
People walk in the Jardin des Plantes garden in Paris AFP PHOTO LOIC VENANCE

(AFP) - Il a fallu plus de 5 ans pour en finir avec les pesticides au Jardin des Plantes à Paris. Un vrai "changement culturel" selon son directeur Éric Joly : "Il faut se dire qu'on n'est pas un mauvais jardinier parce qu'on laisse des pâquerettes dans la pelouse".

A l'instar du célèbre jardin botanique installé au coeur de la capitale, qui abrite le Muséum d'histoire naturelle et la Ménagerie, tous les espaces verts en France vont devoir se priver de produits phyto-sanitaires d'ici 2020, conformément à une loi votée ce jeudi.

"Il faut passer d'une attitude qui consiste à lutter contre tout, se dire: 'voilà un parasite, où est le produit ?' à une stratégie d'accompagnement, d'observation de ce qui se passe dans le jardin", explique M. Joly, en poste depuis une dizaine d'années.

"On apprend à regarder, et accepter dans une certaine mesure des dégâts causés par des champignons sur un rosier. Et se dire qu'il va perdre des feuilles, être moins beau, mais au moins, je ne l'aurai pas traité".

Avec ses onze jardins - alpin, labyrinthes ou de roses -, le célèbre Jardin des Plantes s'est lancé dans le zéro pesticide au milieu des années 2000.

Sans parler de l'exposition des jardiniers, "ces produits sont très embêtants pour l'environnement. Des études montraient qu'on les retrouvait dans les nappes phréatiques, et pour être stockés, ils nécessitent la création de locaux spécifiques".

"Tout ça pour un bénéfice d'absence de pâquerettes dans une pelouse! Il était évident que ce type de pratique devait être abandonné très vite".

Pour autant, il a "quand même fallu cinq à six ans pour changer les habitudes", reconnaît Eric Joly. Même dans un endroit où les jardiniers étaient déjà sensibilisés à la préservation de la flore et de la faune, raison d'être du lieu.

Désherbage manuel

"Pendant 20 ans, on vous explique que c'est comme ça, qu'il faut gérer son espace vert, et tout d'un coup, on vous dit: 'c'est très, très mal'. Il y a forcément un peu de temps d'adaptation pour les jardiniers", dont l'effectif n'a quasiment pas varié: une quarantaine à temps plein.

Entre 2005 et 2010, il y a donc eu "un dialogue constant" avec les équipes "dès que surgissait un problème", se souvient le directeur. "Des micro-décisions chaque jour. Attaque de champignons, on traite ou pas?", Pas le temps pour le désherbage manuel car on est en plantation et tant pis, si vous avez des remarques...", etc.

Car pour certains usagers aussi, il s'agit aussi d'une petite révolution. "Leur regard est à éduquer", assure Eric Joly, qui se souvient de lettres furieuses fustigeant un "jardin mal tenu".

Ne plus déverser de produits chimiques dans les allées pour éradiquer tout végétal suppose le "retour du désherbage manuel, avec éventuellement quelques herbes à droite et à gauche, et quelques plantes adventices", autre nom pour les mauvaises herbes.

Exit aussi le "désherbage sélectif" qui consiste à éliminer à coup d'herbicides les intrus, type pâquerettes, dans les pelouses "pour obtenir un aspect parfait".

Et pour protéger les plantes des grandes serres tropicales, le Jardin a désormais recours à la Protection biologique intégrée, "des insectes ou des acariens élevés pour lutter contre tel ou tel ravageur", et parfois, au savon noir ou l'alcool contre les cochenilles.

La question "la plus délicate" reste celle du traitement des rosiers dont le Jardin présente une collection de 200 variétés, très sensibles aux champignons.

"C'est extrêmement difficile de les éradiquer par des méthodes réputées douces", précise Eric Joly, qui reconnaît garder une "trousse de secours" phyto-sanitaire.

Mais en 2020, avec la nouvelle loi, il faudra s'en passer. "On abandonnera les variétés trop sensibles", peut-être un tiers de celles existantes, prévoit le directeur du Jardin. "On présentera alors autre chose au public".

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