Le Japon va sortir renforcé de Fukushima, estime Shinzo Abe

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LA JAPON COMMÉMORE LE SÉISME ET LE TSUNAMI DU 11 MARS 2011
LA JAPON COMMÉMORE LE SÉISME ET LE TSUNAMI DU 11 MARS 2011

par Linda Sieg et Kiyoshi Takenaka

TOKYO (Reuters) - Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a promis lundi d'accélérer la reconstruction dans la région de Fukushima, théâtre il y a deux ans de la pire catastrophe nucléaire de l'histoire depuis celle de Tchernobyl, en 1986.

Le 11 mars 2011 à 14h46, un séisme de magnitude 9 sur l'échelle de Richter a frappé le nord-est du Japon, déclenchant un tsunami avec des vagues de 30 mètres de haut.

La catastrophe a fait près de 19.000 morts et détruit une partie de la centrale n°1 de Fukushima Daiichi, exploitée par Tokyo Electric Power.

Des murs d'eau de 13 mètres ont provoqué une panne des groupes électrogènes et du système de refroidissement de secours, déclenché une fusion partielle des coeurs de trois des réacteurs puis d'importants rejets radioactifs.

Une zone d'exclusion a été mise en place dans un rayon de 20 km autour de la centrale. Près de 160.000 habitants ont été contraints d'évacuer leur domicile, à jamais pour beaucoup d'entre eux. Au total, 315.000 personnes ont été déplacées dans la région.

MYTHE NUCLÉAIRE

A l'époque, le nucléaire représentait 30% de l'alimentation électrique du Japon. Mais le désastre a anéanti le mythe méticuleusement entretenu du nucléaire comme énergie sûre et bon marché et mobilisé nombre de Japonais dans des manifestations antinucléaires durant "l'été du mécontentement", l'an dernier.

Toutefois, le retour au pouvoir en décembre du Parti libéral démocrate (PLD), connu pour ses positions en faveur du nucléaire, change la donne. La question de la relance des réacteurs mis à l'arrêt est ouvertement posée.

Un panel d'experts mandatés par le Parlement pour enquêter sur la catastrophe de Fukushima l'a qualifiée de désastre créé par l'homme, résultat d'une "collusion" entre le gouvernement, les régulateurs et l'exploitant.

"Nos ancêtres ont surmonté bien des difficultés et en sont ressortis à chaque fois plus forts", a déclaré lundi le Premier ministre conservateur, lors d'une cérémonie de commémoration organisée à Tokyo en présence de l'empereur Akihito.

"Nous promettons de nouveau de tirer les leçons (de la catastrophe) et d'aller de l'avant, en marchant main dans la main", a ajouté Shinzo Abe.

Le gouvernement a fait insérer dans l'édition datée de lundi des quotidiens anglophones une publicité vantant les mérites d'un "Nouveau Japon" résilient.

Pourtant, les efforts de reconstruction dans le nord-est du Japon, qui souffre déjà d'un important déclin démographique et d'une stagnation de l'activité industrielle, restent incomplets. Près de 300.000 personnes vivent toujours dans des logements provisoires.

Et si la situation dans la centrale a été stabilisée, le démantèlement des réacteurs accidentés prendra des décennies et coûtera des milliards de dollars.

Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le Japonais Yukiya Amano, a déclaré lundi que les efforts pour renforcer la sécurité nucléaire au niveau mondial s'étaient améliorés depuis deux ans, appelant à rendre le nucléaire "aussi sûr qu'il est humainement possible".

"Les pires éléments de l'accident sont derrière nous et nous sommes maintenant en phase post-accidentelle", a-t-il dit.

"BATAILLE CONTRE LE TEMPS"

Pourtant, sur le terrain, le déblayage et le nettoyage des zones plus éloignées de la centrale sont pratiqués apparemment un peu au hasard, et avancent lentement. Les résidents en outre s'inquiètent des conséquences des radiations sur la santé.

Une étude de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) signalait le mois dernier que les habitants des zones situées près de la centrale mais aussi dans des lieux plus éloignés touchés par les retombées radioactives avaient plus de risques de développer certains cancers.

Soucieux de répondre aux attentes de la population, Shinzo Abe a promis lundi qu'il accélèrerait les efforts de reconstruction dans les zones sinistrées.

"La reconstruction est une bataille contre le temps", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. "Le gouvernement Abe encouragera une reconstruction que les gens peuvent réellement sentir en appliquant les politiques une par une".

Le Premier ministre a déjà relevé à 25.000 milliards de yens (200 milliards d'euros) sur cinq ans le budget de reconstruction, contre les 19.000 milliards de yens alloués par le gouvernement précédent.

Engagé dans une vaste politique de relance de la croissance, Shinzo Abe plaide par ailleurs pour un redémarrage des réacteurs remplissant de nouvelles normes de sûreté, dernier signe que le "village nucléaire" reprend les commandes.

L'expression "village nucléaire" renvoie au puissant réseau d'hommes politiques, bureaucrates et sociétés de services collectifs qui ont promu pendant des décennies l'énergie nucléaire au Japon.

Sur les 50 réacteurs mis à l'arrêt pour des contrôles de sécurité visant à déterminer s'ils peuvent résister à un séisme et un tsunami de l'ampleur de ceux qui ont frappé Fukushima, deux ont d'ores et déjà été redémarrés.

Plus de 1.600 personnes vivant près de la centrale ont porté plainte lundi contre le gouvernement et l'exploitant Tepco pour réclamer des dommages qui pourraient atteindre au moins 5,36 milliards de yens (43 millions d'euros), dit l'agence de presse Jiji.

"Les familles et les collectivités sont en train d'éclater, certaines sont ruinées, et les divorces et les dépressions sont en hausse. Les entreprises qui ont provoqué cette crise nucléaire doivent être reconnues comme entièrement responsables", estime Kumi Naidoo, directeur exécutif de Greenpeace, dans un communiqué.

Avec Yoko Kubota et Kaori Kaneko, Jean-Stéphane Brosse et Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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