Le Japon va sortir du nucléaire

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Après l'Allemagne et la Suisse, le Japon est le troisième pays à officialiser son intention d'en finir avec le nucléaire.
Après l'Allemagne et la Suisse, le Japon est le troisième pays à officialiser son intention d'en finir avec le nucléaire.

Le pays du soleil levant emboîte ainsi le pas de l'Allemagne et de la Suisse. Quant aux pressions croissantes de l'opinion publique, on a désormais la preuve qu'elles ont porté leurs fruits...



11 mars 2011. Une date à marquer d'une pierre noire dans l'histoire du Japon. Ce jour-là, bien des choses ont changé. Tout a été dit et écrit sur l'effroyable tsunami qui a fait suite à un tremblement de terre d'une violence étourdissante ? neuf sur l'échelle de Richter - et a ravagé une partie des côtes orientales du pays, certes depuis toujours exposé aux catastrophes naturelles, mais qui ne pouvait s'attendre à un tel déchaînement.


Des dizaines de milliers de morts et de disparus, un accident nucléaire d'une gravité sans précédent depuis celui de Tchernobyl (Ukraine) en 1986 sur le site de Fukushima-Daiichi et qui a contraint environ cent mille personnes à un exil d'une durée indéterminée, des dommages matériels monstrueux : c'est peu de dire que le Japon a payé un tribut très lourd à ce « combo » digne d'un mauvais film catastrophe. Il a considérablement resserré le fossé entre fiction et réalité. Il a surtout plongé le pays dans une crise économique, sociale et énergétique à laquelle les décideurs ont bien du mal à répondre. Il a enfin déclenché une prise de conscience chez des millions de Japonais traumatisés et prêts à réaliser des économies d'énergie considérables pour prouver aux pouvoirs publics qu'ils peuvent vivre sans l'atome civil, et ainsi les convaincre de faire une croix dessus. Plus jamais ça...


Le redémarrage des réacteurs numéros trois et quatre de la centrale d'Ohi a de surcroît suscité une immense vague de protestations qui a visiblement interpellé le Premier ministre Yoshihiko Noda, lequel n'était originellement pas acquis à une sortie du nucléaire, mais a fini par revoir sa copie.



L'énergie durable sera l'une des grandes bénéficiaires de cette décision


Car depuis quelques heures, c'est officiel : les « anti-atome » et les associations de protection de l'environnement, dont l'opiniâtreté mérite d'être saluée, ont gagné. Tokyo va en effet « instaurer toutes les mesures possibles pour amener la production nucléaire à zéro pendant les années 2030 », dixit le gouvernement dans un document historique consacré au nouveau plan énergétique à établir et repris par nos confrères de l'AFP.


Afin d'atteindre cet objectif, aucune nouvelle unité ne sera construite, la totalité des réacteurs exploités pendant quatre décennies verront leur activité stoppée sans aucune possibilité de « dérogation » et le redémarrage des tranches suspendues ne sera autorisé qu'après des examens de sécurité pilotés par une autorité ad hoc. Ces dispositions sont d'autant plus spectaculaires quand on se remémore ce que les décideurs envisageaient avant la catastrophe de Fukushima, à savoir porter la part du nucléaire dans le mix énergétique nippon à 53 % à l'horizon 2030. Avant le 11 mars 2011, celle-ci représentait en outre 30 % de la production nationale d'électricité. C'était une autre époque...


« Seuls deux des cinquante réacteurs de l'archipel sont actuellement en activité [?] Les quarante-huit autres sont arrêtés, soit à cause d'un séisme, soit en raison des mesures de sécurité supplémentaires exigées par les autorités après l'accident », rappelle également l'AFP. Une situation qui a entraîné un recours accru aux technologies fossiles et fatalement une augmentation des émissions de gaz à effet de serre.


Pour l'atténuer, le Parti démocrate (PDJ) de M. Noda, qui via cette annonce pourrait grandement gagner en popularité, sachant que les prochaines élections législatives auront lieu dans quelques mois, envisage notamment de donner une nouvelle impulsion à l'énergie durable et d'adopter de nouvelles mesures en matière d'économies d'énergie.


Il aura fallu Fukushimapour que le bon sens s'impose au sommet de l'État. Au moins a-t-il fini par s'imposer, à ceci près que l'exploitation des gaz de schiste demeure envisageable...


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