Le Japon annonce sa sortie progressive du nucléaire

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LE JAPON COMPTE SORTIR DU NUCLÉAIRE DANS LES ANNÉES 2030
LE JAPON COMPTE SORTIR DU NUCLÉAIRE DANS LES ANNÉES 2030

par Risa Maeda et Aaron Sheldrick

TOKYO (Reuters) - Le Japon a annoncé vendredi son intention de sortir complètement du nucléaire dans les années 2030, ce qui constitue un revirement par rapport à la politique définie avant la catastrophe de Fukushima en mars 2011.

Parallèlement à l'abandon progressif du nucléaire, le Japon compte porter à 30% la part des énergies renouvelables dans son approvisionnement énergétique. Il demeurera en revanche dans un avenir proche l'un des principaux importateurs de pétrole, de charbon et de gaz au monde.

Cette nouvelle stratégie comporte un volet sur la réduction de la consommation d'énergie, qui devra baisser d'au moins 10% par rapport à ses niveaux de 2010, notamment par le biais d'une meilleure efficacité énergétique.

Tiraillé entre les pressions des milieux d'affaires en faveur du maintien de l'atome et l'hostilité croissante au nucléaire dans la population, le gouvernement de Yoshihiko Noda a décidé de limiter à 40 ans la durée de vie de ses réacteurs.

Le Japon rejoint ainsi l'Allemagne ou encore la Suisse parmi les pays ayant choisi de tourner le dos à l'énergie nucléaire à la suite de la catastrophe de Fukushima-Daiichi, la plus grave dans le domaine nucléaire depuis celle de Tchernobyl en 1986.

En France, le président François Hollande a annoncé vendredi la fermeture fin 2016 de la centrale de Fessenheim. Le gouvernement français compte ramener d'ici 2025 de 75% à 50% la part du nucléaire dans le mélange des énergies utilisées en France.

PANNES DE COURANT

Fortement endommagés par un puissant séisme et un raz-de-marée dévastateur, des réacteurs de la centrale de Fukushima sont entrés en fusion en 2011 et ont émis des rejets radioactifs entraînant l'évacuation de 160.000 personnes. Dix-huit mois plus tard, le site constitue toujours une menace en raison de la présence de matériau nucléaire vulnérable.

A l'exception de deux d'entre eux, les 50 réacteurs nucléaires de l'archipel nippon sont toujours à l'arrêt le temps de vérifier leur fiabilité.

Dans le cadre de sa nouvelle politique, le gouvernement envisage de redémarrer certains de ces réacteurs, si la nouvelle autorité de régulation les juge suffisamment sûrs, afin d'éviter une pénurie d'électricité durant la mise en oeuvre de cette nouvelle stratégie énergétique.

Ces projets sont vivement contestés par les opposants au nucléaire, dont les rangs ont gonflé depuis la catastrophe de Fukushima au point qu'une majorité de Japonais est désormais favorable à l'abandon de l'atome.

La décision prise cet été de relancer deux unités pour éviter d'éventuelles pannes de courant a été suivie d'importantes manifestations.

HOSTILITÉ DES MILIEUX D'AFFAIRES

Les milieux d'affaires sont en revanche hostiles à cette nouvelle politique.

Selon eux, la renonciation au nucléaire, qui fournissait 30% de l'électricité japonaise avant mars 2011, va peser sur la compétitivité de l'économie japonaise, entraînera une hausse vertigineuse des tarifs de l'électricité et va compliquer les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre, sans parler des menaces sur l'avenir des neuf opérateurs nucléaires de l'archipel.

Le camp antinucléaire balaie ces arguments. A ses yeux, cette évolution va au contraire ouvrir de nouvelles possibilités d'investissements et de profits dans des secteurs tels que les énergies renouvelables, ce qui va stimuler l'innovation et donc l'économie.

"Si l'on prend en compte toutes ses implications, une sortie complète du nucléaire est positive pour l'économie", estime Andrew Dewitt, spécialiste des politiques énergétiques à l'université Rikkyo.

"Cela va inciter l'économie japonaise à se concentrer sur l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Le Japon est en retard dans ces deux domaines, qui sont les deux principales possibilités de croissance."

Avant la catastrophe de Fukushima, le Japon était le troisième consommateur d'énergie nucléaire au monde. Avec sa nouvelle politique, il devrait rester le premier importateur au monde de gaz naturel liquéfié et le troisième importateur de pétrole.

Le gouvernement a estimé la semaine dernière qu'un abandon immédiat du nucléaire coûterait au Japon 3.100 milliards de yens (30,4 milliards d'euros) par an en importations supplémentaires de pétrole.

Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • paumont1 le vendredi 14 sept 2012 à 17:38

    ils ont compris eux... nous pas encore, il faudra donc que ça finisse mal comme d'hab en france....

  • LeRaleur le vendredi 14 sept 2012 à 17:34

    Ce sont vraiment des japo-niais.

  • speedy36 le vendredi 14 sept 2012 à 17:31

    quand on dit que c est une énergie d'avenir, les japonais disent clairement : NON !!!

  • newwin le vendredi 14 sept 2012 à 13:08

    bravo qd meme

  • bigot8 le vendredi 14 sept 2012 à 12:50

    10 ans trop tard ! disons 5 ans ..pas drole