Le HDP pro-kurde annonce un boycott partiel du Parlement turc

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 (Ajoute discours du Premier ministre, réactions 
internationales, revendication d'un attentat à Diyarbakir) 
    par Tuvan Gumrukcu et Gulsen Solaker 
    ANKARA, 6 novembre (Reuters) - Le Parti démocratique des 
peuples (HDP), formation pro-kurde de l'opposition turque, a 
annoncé dimanche un boycott partiel du  Parlement après 
l'arrestation de ses deux co-présidents et de plusieurs autres 
de ses députés. 
    Dans un discours télévisé, le Premier ministre Binali 
Yildirim a justifié ces interpellations en accusant le HDP de 
financer les séparatistes du PKK (Parti des travailleurs du 
Kurdistan), qu'Ankara considère comme un groupe terroriste.   
    La direction de la troisième force politique du pays a 
précisé que ses élus ne prendraient plus part aux sessions en 
assemblée générale ou en commissions. 
    "A la suite de discussions entre notre groupe parlementaire 
et notre direction, nous avons décidé de stopper nos 
contributions législatives à la lumière de tout ce qui s'est 
passé", a annoncé le porte-parole du parti, Ayhan Bilgen, dans 
une déclaration devant le siège du HDP à Diyarbakir retransmise 
sur internet. 
    Les responsables du HDP vont consulter la base électorale du 
parti, concentrée en partie dans le sud-est à majorité kurde, et 
pourraient envisager un retrait total du Parlement, a ajouté le 
porte-parole du HDP. 
    Dans son discours, Binali Yildirim a réagi à cette décision 
en déclarant que les élus du HDP trahiraient le peuple en cas de 
boycott des sessions parlementaires. 
    "Depuis des années, ils transfèrent l'argent que nous 
envoyons aux communes au terrorisme", a encore dit le chef du 
gouvernement, ajoutant: "Quiconque nuit à cette nation devra en 
payer le prix. Pas seulement ceux qui posent des bombes, mais 
aussi ceux qui soutiennent le terrorisme."  
    Les autorités turques affirment que le HDP est la vitrine 
politique du PKK et reprochent formellement aux élus arrêtés 
d'avoir refusé de témoigner dans des affaires de "propagande 
terroriste".  
     
    "PEU IMPORTE CE QU'ILS DISENT" 
    Les deux co-présidents du HDP, Selahattin Demirtas et Figen 
Yuksekdag, ont été arrêtés dans la nuit de jeudi à vendredi et 
placés en détention provisoire. Dix autres députés du parti ont 
également été arrêtés, certains ont depuis été remis en liberté. 
    Le coup de filet a suscité une vive réaction des 
Occidentaux, Européens en tête, déjà préoccupés par la vaste 
purge dans la fonction publique entamée après le coup d'Etat 
militaire manqué du 15 juillet. 
    Les Etats-Unis ont exprimé leur profonde préoccupation, 
l'Allemagne et le Danemark ont convoqué des diplomates turcs et 
le président du Parlement européen, Martin Schulz, a déclaré que 
ces interpellations "remettaient en cause le fondement d'une 
relation durable entre l'UE et la Turquie".  
    "Plus nous continuerons le combat, plus nous les entendrons 
couiner. Peu importe ce qu'ils disent, nous continuerons jusqu'à 
ce que notre drapeau flotte sur toutes les provinces", a déclaré 
Binali Yildirim dimanche dans son discours.  
    "Que tous leurs soutiens le sachent, à l'intérieur et à 
l'extérieur de la Turquie", a-t-il martelé.      
    Le HDP a obtenu cinq millions de voix lors des élections 
législatives de novembre 2015, devenant le premier parti kurde à 
dépasser les 10% des suffrages et entrer au Parlement. Il a 
envoyé 59 députés au Parlement, où siègent 550 élus. Leur 
immunité parlementaire a été levée l'été dernier.   
    Binali Yildirim a parallèlement accusé le PKK d'avoir commis 
un attentat à la voiture piégée qui a fait 11 morts et plus de 
100 blessés vendredi à Diyarbakir, la grande ville du Sud-Est, 
quelques heures après le coup de filet au sein du HDP.  
    L'attentat a été revendiqué dimanche par un groupe dissident 
du PKK, le TAK (Faucons de la liberté du Kurdistan), sur un site 
proche de cette organisation. Le groupe Etat islamique s'est 
également attribué la responsabilité de cette attaque via son 
organe de propagande Amak. 
    Le gouvernement turc a lancé en 2015 une offensive contre 
toutes les organisations qu'il considère comme "terroristes", du 
PKK à l'EI. Il est engagé depuis août dernier dans une opération 
militaire en Syrie destinée à repousser l'EI de sa frontière et 
à limiter la progression des combattants kurdes syriens.  
    Le ministre turc des Affaires européennes, Omer Celik, a 
invité les ambassadeurs européens à une réunion lundi à Ankara 
pour les informer des derniers développements.  
 
 (Tuvan Gumrukcu et Gulsen Solaker; Henri-Pierre André et 
Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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