Le «grand soir» de la réforme des retraites attendra

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ANALYSE - Toutes les réformes depuis 2003 prévoyaient des ajustements en cours de période pour corriger les paramètres à la réalité de l'économie. Celle en cours de préparation, que François Hollande souhaite «durable», ne dérogera pas à la règle.

En matière de retraite, François Hollande ne s'embarrasse pas avec les approximations. «Aucun des gouvernements qui avait prétendu que c'était la dernière réforme n'a réussi à le faire», a lâché dimanche le président de la République lors de son intervention télévisée, laissant sous-entendre comme il l'a déjà fait à maintes reprises que son prédécesseur avait promis monts et merveilles aux Français en 2010. Et le chef de l'État de garantir à son tour «une réforme durable» qui permettra au système de trouver les ressources pour son équilibre «au-delà de 2020» et un pilotage automatique, peu ou prou annuel, afin d'éviter les psychodrames à répétition tous les deux ou trois ans au moment de chaque modification législative.

Reste qu'aucun gouvernement précédent - de droite, en fait, puisque ce sont les seuls qui se soient à ce jour attelés à la tache - n'avait promis que sa réforme serait la dernière. À part peut-être celle d'Édouard Balladur en 1993 bien qu'elle ne concernait que les salariés du privé... La réforme Fillon de 2003 prévoyait même une «clause de revoyure» en 2008 pour adapter les paramètres à l'évolution de l'économie et une confirmation dès 2006 pour valider, ou pas, le transfert d'un point de cotisation chômage sur l'assurance vieillesse. Idem en 2010 où un rendez-vous était programmé en 2013 pour faire le point sur l'évolution des déficits et surtout lancer une réflexion sur la mise en ½uvre, à terme, d'une réforme systémique (système par points, compte notionnel...).

D'ailleurs Nicolas Sarkozy n'a jamais affirmé à l'époque que sa réforme, visant à ramener les régimes à l'équilibre en 2018 et uniquement en 2018, serait la dernière. L'ex-président avait prévenu qu'il faudrait remettre l'ouvrage sur le chantier à partir de 2020 pour trouver de nouvelles ressources. La seule fois en fait où il s'est hasardé à être plus optimiste que de raison remonte au débat présidentiel de l'entre-deux tours en 2007 où, face à Ségolène Royal, il avait affirmé que la réforme Fillon de 2003 avait réglé tous les problèmes de déficit...

Un décalage systématique

D'où le concept, en vigueur depuis maintenant près de dix ans, de la «réforme continue» des retraites. Il n'y aurait pas une réforme une bonne fois pour toutes, ni de «grand soir» des retraites, mais des micro-réformes successives, des ajustements paramétriques perpétuels. Un schéma rendu indispensable par le décalage systématique observé depuis trente ans entre les hypothèses (croissance, chômage, productivité, comportements des actifs...) retenues pour boucler les projets de loi, et notamment calculer les prévisions de rentrées financières, et la réalité de l'économie.

Par deux fois, un transfert de cotisations Unedic/Cnav a été annulé faute de baisse du chômage (les prévisions anticipent toujours un retour au plein emploi dans les cinq ans à venir) et les cotisations ont dû, en compensation, être revues à la hausse. Le dispositif des carrières longues instauré en 2003 (permettant aux salariés ayant commencé à travailler très jeunes de partir en retraite avant l'âge légal) a été littéralement sous-estimé et a coûté au final beaucoup plus cher que prévu. La mesure pénibilité instaurée en 2010 (permettant à des salariés avec des taux d'incapacité de 10 à 20% de partir en retraite à 60 ans) a été, elle, très fortement survendue: sur les 30.000 départs pour pénibilité escomptés par an, seules 5200 personnes en ont bénéficié depuis 2011! Quant aux taux de croissance, ils ont été toujours été inférieurs (en moyenne de moitié) à ceux retenus dans les projets de réforme. Preuve, s'il en fallait, que les retraites sont loin d'être une science exacte et que promettre «la der des der» en la matière relève plus de l'élément de langage pour faire passer la pilule que d'une réalité avérée.

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  • M4358281 le mardi 16 juil 2013 à 15:51

    Je te laisse passer les Municipales ..après tu vas voir

  • gnapi le mardi 16 juil 2013 à 14:47

    Il est bien connu que les régimes spéciaux sont surtout destinés à compenser la pénibilité ... Tudjeu ! la tron che de la justice sociale vue par Normal 1er !

  • M1945416 le lundi 15 juil 2013 à 16:40

    RVM21, je trouve qu'une personne qui à eu un travail dur, qui est hs après 40 ans de boulot, et ben il mérite sa retraite, surtout s'il a cotisé ses 40 ans; le pb c'est que un sacré pourcentage de la population a des régimes spéciaux, que le privé doit financer, il faudrai commencer par là, mais c'est nos politiques qui en profitant aussi alors ils vont surtout pas y toucher ... le déclin ça fait 30 ans qu'on le subit...

  • RVM21 le lundi 15 juil 2013 à 15:41

    si le mitteux n'avait pas abaissé l'âge de la retraite on aurait perdu beaucoup moins de temps et de salive mais çà entre autres 35 h ce fut le déclin de notre pays géré par les soci-alos; on en finit pas de payer pour leurs conn-eries

  • gnapi le lundi 15 juil 2013 à 15:27

    Tant qu'on ne fera pas une vraie réforme qui s'attaque aux deux principales questions que sont l'augmentation de la durée de vie et la différence croissante entre régimes cela sera inefficace. J'sais bien qu'il faut occuper nos députés à 6500 net/mois hors avantages, mais tout de même !

  • gnapi le lundi 15 juil 2013 à 15:24

    La "réforme continue". Encore une invention sémantique française, qui frole l'oxymore. Pour ne pas dire réformette ou modification qu'on sait déjà qu'elle sera insuffisante. En gros non réponse à une vraie question.

  • mlemonn4 le lundi 15 juil 2013 à 13:37

    Bien sûr, ils attendent tous que les caisses soient définitivement vides après les avoir si mal gérées et dilapidées pendant plus de 30 ans avec les préretraites; ils mettront les Français au pied du mur pour engager les vraies réformes lorsque les taux de la dette française exploseront ; c’est pour bientôt, ils vous expliquerons alors qu’il n'y a pas d’autre choix ; pendant ce temps, eux avec leurs petits copains/coquins, ils continuent de s’en mettre plein les poches sur le dos des Français!