Le gouvernement s'interroge sur le plan Campus

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La ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, souhaite la création d'une commission pour savoir si le partenariat public-privé est la meilleure formule pour rénover les locaux des grandes universités françaises.

Le partenariat public-privé (PPP) est-il toujours la meilleure solution pour rénover les locaux des grandes universités françaises? Faut-il déléguer aux majors du BTP la conception, la rénovation et la maintenance de ces bâtiments pendant plusieurs décennies moyennant des loyers annuels? Les gouvernements Fillon qui ont initié et suivi le plan Campus, visant à doter les facs de locaux modernes, répondaient oui.

La nouvelle ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, elle, se pose la question. Devant la conférence des présidents d'université, jeudi, elle a estimé que le plan Campus n'avançait pas assez vite. De fait, très peu de bâtiments universitaires sont sortis de terre alors que ce programme avait été lancé fin 2007.

 

 

Pour en avoir le cœur net, Geneviève Fioraso souhaite la création d'une commission à ce sujet qui lui rendrait ses conclusions d'ici à la fin de l'été. «L'objet de cet audit serait de comprendre pourquoi il y a un tel retard et de regarder s'il n'y a pas d'autres modes de financement que le partenariat public-privé pour mener ces opérations plus vite et à moindre coût», explique-t-on au cabinet de la ministre.

«Dépenser beaucoup plus de cash très vite»

Hasard du calendrier ou pas, il y a quelques jours, Bertrand Monthubert, nouveau président de l'université Toulouse-III mais aussi secrétaire national du PS à l'enseignement supérieur, a demandé la suspension de la procédure d'appel d'offres en PPP prévue pour rénover son établissement. «J'ai découvert que des frais de maintenance de 600.000 euros par an resteraient à la charge de l'université, ce qui n'est pas envisageable», souligne-t-il.

Ce questionnement sur le mode de financement n'est pas anecdotique, car jusqu'ici la formule du PPP était privilégiée pour mener à bien le plan Campus. Cela permettait à l'État d'étaler les dépenses sur une décennie au moins. Une formule bien pratique pour la puissance publique toujours à court d'argent frais. Concrètement, elle avait prévu de dégager un budget de 202 millions par an pendant une décennie, soit un peu plus de deux milliards pour cette opération. Si elle voulait abandonner le PPP, elle devrait payer les travaux dès qu'ils sont terminés et dépenser ces deux milliards bien plus vite. Pas sûr qu'elle puisse se le permettre. «Revenir au contrat classique, la maîtrise d'ouvrage publique veut dire dépenser beaucoup plus de cash très vite», martèle un expert de ces dossiers

Compromis envisageable

Compte tenu de ces contraintes, l'État pourrait être tenté de trouver un compromis. Pour les dossiers où le contrat est signé ou proche de l'être, il ne changerait pas de formule et s'en tiendrait au PPP. Ainsi, il ne remettrait pas en cause le contrat de 60 millions qu'Eiffage s'apprête à signer pour rénover et gérer les locaux de Green Er à Grenoble regroupant l'université Joseph-Fourier, l'institut polytechnique de Grenoble et le Crous.

En revanche, il pourrait imposer de nouvelles règles du jeu pour les universités où les appels d'offres viennent d'être lancés (Toulouse, Lyon…). Un choix qui, dans tous les cas de figure, ne pourrait pas être fait à la légère, car il aurait des impacts sur les finances publiques.

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