Le gouvernement roumain résiste aux appels à la démission

le , mis à jour à 21:46
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 (Actualisé avec nombre de manifestants revu à la hausse, 5e 
para) 
    par Luiza Ilie et Radu-Sorin Marinas 
    BUCAREST, 6 février (Reuters) - Le gouvernement 
social-démocrate roumain, au pouvoir depuis à peine un mois, a 
rejeté lundi les appels à la démission lancés par des dizaines 
de milliers de manifestants, qui ont déjà obtenu ce week-end 
l'abrogation d'un décret contesté sur la corruption.  
    Face au plus vaste mouvement de contestation depuis la chute 
du communisme en 1989, le gouvernement de Sorin Grindeanu a 
retiré dimanche ce décret dépénalisant certains faits de 
corruption concernant des sommes inférieures à 200.000 lei 
(44.200 euros).  
    Mais il doit désormais retrouver la confiance des Roumains, 
dont plusieurs dizaines de milliers scandaient dimanche soir: 
"Nous ne vous croyons pas, nous n'abandonnerons pas." 
    Certains manifestants, parmi les 250.000 recensés dimanche à 
Bucarest, ont promis de revenir chaque jour dans la rue jusqu'à 
ce que l'abrogation du décret soit confirmée par le Parlement, 
où le Parti social-démocrate (PSD) est largement majoritaire 
avec son allié ALDE. 
    Lundi soir, 25.000 personnes se sont rassemblées devant le 
siège du gouvernement, soit bien moins que les jours précédents, 
pour réclamer la démission de Sorin Grindeanu et la tenue de 
législatives anticipées. 
    Dans le même temps, une autre manifestation, forte de 4.000 
personnes, a eu lieu pour la deuxième journée consécutive sous 
les fenêtres de la présidence, pour accuser le chef de l'Etat 
Klaus Iohannis, de centre droit, d'être l'instigateur des 
marches antigouvernementales de la semaine dernière. 
    Après avoir présidé une réunion de l'état-major de son 
parti, le chef du PSD, Liviu Dragnea, principale cible de la 
colère des manifestants, a adopté lundi un ton de défi face à la 
contestation.  
     
    CONFUSION SUR LE CODE PÉNAL 
    "Le gouvernement n'a aucune raison de démissionner, il a été 
légitimement élu", a-t-il dit à la presse. "Personne ne gagnera 
quoi que ce soit si ces tensions perdurent." 
    Le PSD n'en est pas moins ébranlé par ces vastes 
manifestations organisées chaque jour depuis le 31 janvier dans 
tout le pays.  
    "Toute nouvelle décision qu'il prend doit être vérifiée. 
Tout semble suspect", comment l'analyste politique Cristian 
Patrasconiu.  
    Le décret sur la corruption, émis par le gouvernement dans 
la soirée du 31 janvier sans débat préalable au Parlement, 
devait dépénaliser un certain nombre de faits de corruption, 
réduire les peines de prison et restreindre la définition du 
conflit d'intérêts.  
    Le gouvernement a expliqué qu'il rendait ainsi le droit 
pénal conforme à des arrêts de la Cour constitutionnelle et à 
une directive de l'Union européenne enjoignant aux pays membres 
de consolider certains aspects de la présomption d'innocence. 
    Mais l'opposition, les procureurs spécialisés dans la lutte 
contre la corruption, les magistrats et des centaines de 
milliers de manifestants ont vu dans ce décret un texte taillé 
sur mesure pour amnistier des dizaines de responsables reconnus 
coupables ou condamnés pour abus de pouvoir, dont Liviu Dragnea. 
    La Commission européenne et les Etats-Unis ont condamné un 
retour en arrière dans la lutte contre la corruption et un 
revers pour les procureurs roumains, dont le travail est 
applaudi. 
    Lundi matin, le ministre de la Justice Florin Iordache a 
annoncé qu'il allait dévoiler les détails d'un nouveau projet de 
loi visant à mettre à jour le code pénal.  
    "Nous élaborerons et publierons un projet de loi qui sera 
soumis au Parlement après consultation du public", a-t-il dit.  
    Mais son propre ministère a semblé le contredire par la 
suite, en diffusant un communiqué dans lequel il a annoncé 
qu'aucun projet n'était en préparation. 
 
 (Pierre Sérisier, Jean-Stéphane Brosse et Eric Faye pour le 
service français) 
 
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