«Le gouvernement néglige l'accession à la propriété»

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Professeur à l'université Paris Ouest, Michel Mouillart regrette que la politique du logement du gouvernement mette surtout l'accent sur la construction de HLM.

Michel Mouillart, professeur à l'université Paris Ouest, scrute le marché de la construction depuis trente ans. Il regrette que la politique du logement du gouvernement mette surtout l'accent sur la construction de HLM.

Le Figaro. - L'objectif de François Hollande de construire 500.000 logements par an vous semble-t-il réaliste?

Michel Mouillart. - Ce n'est pas inatteignable même si, cette année, on tournera autour de 350.000 nouveaux logements. En 2007, par exemple, on n'était pas loin du compte avec 465.800 logements neufs. Pour atteindre cet objectif, il faudrait jouer sur toutes les composantes de la construction: faire plus de HLM, mais aussi favoriser l'investissement locatif privé et l'accession à la propriété qui représente traditionnellement le gros du marché. Or, si le gouvernement met le paquet sur le logement social, il néglige l'accession à la propriété et l'investissement locatif. Il donne l'impression d'espérer que, sur ces deux segments, le redémarrage se fasse tout seul. Pour faire 500.000 logements, il faudrait 300.000 accessions à la propriété, alors qu'on est tombé à 210.000.

Cécile Duflot a quand même annoncé un nouveau dispositif pour l'investissement locatif qui prendra la suite de la loi Scellier début 2013...

Le gouvernement a évoqué un dispositif visant à développer le logement intermédiaire avec des plafonds de loyer plus bas que ceux pratiqués avec la loi Scellier, un peu sur le modèle du dispositif Besson qui existait en 2000. Mais pour l'investisseur, ce sera moins rentable, surtout dans un contexte de durcissement de la fiscalité sur le patrimoine. Du coup, il y aura beaucoup moins de logements neufs construits qu'avec le dispositif Scellier.

Pourquoi estimez-vous que l'accession à la propriété est le parent pauvre de la politique logement du gouvernement?

Pour doper l'accession à la propriété, les pouvoirs publics ont un levier principal: débloquer des subventions pour améliorer la capacité d'emprunt et de remboursement des ménages acheteurs. Le gouvernement précédent l'avait fait en instaurant le PTZ + (prêt à taux zéro), qui permettait de solvabiliser particulièrement les ménages modestes en leur offrant la possibilité de rembourser après leur prêt principal les sommes empruntées avec ce système. Pour des raisons d'économies, en novembre 2011, il a réduit le PTZ + surtout pour les plus ménages les plus modestes. Et je n'ai pas l'impression que Cécile Duflot ait envie de redévelopper ce système. Le résultat? 40.000 à 50.000 acheteurs potentiels ne pourront pas acquérir un bien immobilier en 2012 à cause de ce reformatage à la baisse du PTZ +.

Partagez-vous l'opinion selon laquelle les aides aux accédants à la propriété et aux particuliers investisseurs participent à la flambée des prix?

J'entends ce discours chaque fois que le gouvernement donne un coup de pouce aux accédants à la propriété et aux particuliers-investisseurs. Mais il n'y a jamais eu d'étude prouvant cela.

Pensez-vous qu'avec sa politique le gouvernement pourra atteindra son but d'enrayer la hausse des prix de l'immobilier?

En tout cas, cette inversion de tendance n'interviendra pas cette année ou en 2013. Comme la construction est en panne, la pénurie de logement, estimée à 900.000 aujourd'hui, sera demain à un million d'unités. Du coup, la pression sur les prix va continuer au moins jusqu'à mi-2014.

Quelle autre piste le gouvernement pourrait-il suivre pour favoriser l'accès à la propriété?

Il pourrait peser sur l'Europe pour alléger les contraintes liées à Bâle 3 qui pèsent sur les établissements de crédit. Du coup, cela permettrait aux banques d'accorder plus de crédits immobiliers.

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  • dresden le jeudi 6 sept 2012 à 11:07

    Gros avantage de l'immobilier social dans les beaux quartiers : on peut contrôler les attributions pour les clients électoraux, sans parler de la corruption financière.

  • q2lamrd le jeudi 6 sept 2012 à 09:18

    que du vent ce Mouillart ! Payé pour dire ce qu'il raconte sans doute !

  • redsdead le jeudi 6 sept 2012 à 08:38

    Il a peur de rien le Mouillard ... toujours à débiter le meme flot de con*eries.Tout pour alimenter cette bulle immobilière.

  • heimdal le mercredi 5 sept 2012 à 23:08

    Tiens ,Bourso tape sur la gauche PS !Ils ne se seraient jamais permis de publier un tel article sous Sarko .

  • M9285685 le mercredi 5 sept 2012 à 19:28

    ...ne puissent pas l'obliger à partir de là (en lui offrant un F2 en compensation, ou que sais-je encore). Encore une fois, une ressource mal exploitée, mal gérée, mal entretenue. Il faut absolument que les HLM reviennent à la source de leur création, qui était une belle idée. Il faut savoir laisser la place aux plus nécessiteux.

  • M9285685 le mercredi 5 sept 2012 à 19:25

    Le gros problème des HLM, c'est qu'ils ont été complètement dénaturés de leur fonction première : offrir un logement décent à prix raisonnable TEMPORAIREMENT. Des gens entrent à 25 ans en HLM et n'en sortiront que dans une caisse en sapin parce qu'on ne tient pas compte de l'évolution de la vie et des salaires des logés. Ma grand-mère, veuve et seule, occupe actuellement un F5 en quartier. Elle a beau être ma grand-mère, avoir plein de souvenirs dans cet appart, je trouve anormal que les HLM...

  • bfure le mercredi 5 sept 2012 à 19:18

    Plus les taux baissent, plus les prix montent et plus l'accession à la propriété est difficile. Elle devient désormais impossible à la jeunesse et aux primo accédant. Les professeurs à l'université Paris Ouest feraient bien de prendre des cours de bon sens.

  • SaasFee le mercredi 5 sept 2012 à 19:11

    Primo accédant potentiel vivant à Paris, je me tâte pour investir mon argent à l'etranger, plutôt que d'acheter de la fiante au prix de l'or dans l'immo. Donc que le gouvernement facilite ou pas l'accession à la propriete, cela ne changera rien pour moi. Je considere les prix actuels comme deraisonnables et vois beaucoup plus de risques que d'oportunites à investir aujourd'hui avec effet de levier dans la pierre.