Le gouvernement Merkel III s'attelle à sa tâche

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TROISIÈME MANDAT POUR ANGELA MERKEL
TROISIÈME MANDAT POUR ANGELA MERKEL

par Madeline Chambers et Noah Barkin

BERLIN (Reuters) - Angela Merkel a été réélue chancelière mardi par les députés du Bundestag mais devra composer avec les sociaux-démocrates, partenaires de sa "grande coalition" comme entre 2005 et 2009.

Trois mois après les élections législatives qui l'ont contrainte à négocier un accord avec le SPD, la chancelière fédérale entame à 59 ans un troisième mandat à la tête du gouvernement, performance rare dans l'Allemagne de l'après-guerre que seuls Konrad Adenauer et Helmut Kohl, son mentor à l'Union chrétienne-démocrate (CDU), ont accomplie avant elle.

Angela Merkel a immédiatement donné le ton de son nouveau mandat en laissant entendre à la radio ARD que les pays en difficulté de la zone euro, comme la Grèce, le Portugal et l'Espagne, ne devaient pas attendre d'assouplissement de Berlin.

"Ceux qui me connaissent savent que je veux que la compétitivité s'améliore", a-t-elle dit. "Je veux des finances solides et, avant tout, une situation de stabilité pour l'euro, ou, pour le dire autrement, que ceux qui investissent dans cette devise soient assurés d'être payés de retour."

"Sans croissance, cela ne fonctionnera pas", a ajouté la chancelière. "Mais la croissance ne se résume pas à une hausse des dépenses publiques."

Sigmar Gabriel, président du SPD et nouveau vice-chancelier, et Peer Steinbrück, tête de liste malheureux du Parti social-démocrate aux élections du 22 septembre, ont été parmi les premiers à féliciter Angela Merkel après sa réélection.

Le bloc chrétien-démocrate CDU-CSU et le SPD disposent au total de 504 voix, ce qui est bien supérieur aux 316 voix requises pour obtenir l'investiture du Bundestag.

Toutefois, 42 voix ont fait défaut mardi matin, le gouvernement obtenant l'investiture de 462 députés, 150 votant contre et neuf s'abstenant.

Les écologistes et le parti de la gauche radicale Die Linke, les deux seuls autres partis représentés au Bundestag, ne disposant que de 127 élus, cela signifie qu'au moins 23 députés de la coalition ont refusé leur confiance au nouveau gouvernement.

CONCESSIONS À LA GAUCHE

Le gouvernement Merkel III, qui compte six ministres issus de la CDU, autant du SPD et trois de la CSU, la branche bavaroise de l'Union chrétienne-démocrate, est marqué par la promotion surprise de la chrétienne-démocrate Ursula von der Leyen à la Défense et le maintien de Wolfgang Schäuble à la tête du ministère des Finances.

Le bloc CDU-CSU a remporté 41,5% des voix en septembre, soit le meilleur score de la droite allemande en vingt ans, mais ayant raté de très peu la majorité absolue, il lui a fallu négocier avec le SPD.

A l'inverse, le Parti social-démocrate, qui avec 25,7% des suffrages a enregistré son deuxième plus mauvais score de l'après-guerre, a obtenu d'importantes concessions.

L'accord prévoit notamment la création d'un salaire minimum national de 8,50 euros de l'heure et le relèvement du montant des petites pensions de retraite.

La direction du SPD, qui a fait valider l'accord par la base, espère que ces avancées lui permettront d'éviter une nouvelle débâcle électorale à l'image de celle qui avait suivi la précédente expérience de "große Koalition", en 2009.

Lors de la cérémonie d'investiture, le président Joachim Gauck a demandé au gouvernement d'agir avec le sens des responsabilités et dit que l'Allemagne devait continuer à construire une "union des Européens" au service de la paix et de la liberté.

ÉNERGIE ET RETRAITES AU PROGRAMME

Les questions européennes seront précisément au sommet de l'agenda d'Angela Merkel dans les jours à venir. La chancelière fédérale est attendue mercredi à Paris pour des discussions avec François Hollande avant le sommet européen à la fin de la semaine à Bruxelles où les dirigeants des Vingt-Huit doivent boucler les discussions sur l'ambitieux projet d'union bancaire.

Dès le début de l'année prochaine, en revanche, la priorité du gouvernement portera sur les questions intérieures, avec la réforme de la loi sur les énergies renouvelables, dont la mise en oeuvre échoit à Sigmar Gabriel, ministre de l'Économie et de l'Énergie.

Les trois partis, qui ont convenu de porter la part des énergies renouvelables dans la production totale d'électricité à 40-45% d'ici à 2025 puis à 55-60% d'ici à 2035, se sont mis d'accord pour réduire le surcoût imposé aux consommateurs pour financer la transition vers des énergies vertes.

Le gouvernement entend mettre cet accord en oeuvre d'ici Pâques.

Il sera ensuite temps d'engager les réformes du système de retraites, avec l'objectif de traduire l'accord d'ici l'été.

La création du salaire minimum occupera alors le calendrier de l'action gouvernementale, l'idée étant de l'adopter à partir de 2015 sauf exceptions pour les accords salariaux de branche valides jusqu'à fin 2016. Le "smic" allemand deviendra obligatoire dans toute l'Allemagne à partir de 2017.

Henri-Pierre André et Julien Dury pour le service français, édité par Tangi Salaün

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  • jean.coq le mardi 17 déc 2013 à 22:55

    On ne dit pas "ont convenu" mais "sont convenus"

  • jean.coq le mardi 17 déc 2013 à 22:54

    Je viens de dire une vérité qui déplait.

  • jean.coq le mardi 17 déc 2013 à 22:48

    "Mais la croissance ne se résume pas à une hausse des dépenses publiques." ça c'est pour Hollande et cie.