Le gouvernement Juncker tombe sur fond de scandale au Luxembourg

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CHUTE DU GOUVERNEMENT LUXEMBOURGEOIS DE JEAN-CLAUDE JUNCKER
CHUTE DU GOUVERNEMENT LUXEMBOURGEOIS DE JEAN-CLAUDE JUNCKER

par Philip Blenkinsop et Robert-Jan Bartunek

LUXEMBOURG (Reuters) - Le gouvernement de coalition dirigé par Jean-Claude Juncker au Luxembourg a présenté sa démission jeudi, emporté par un scandale d'espionnage et de corruption qui éclabousse sa classe politique et ses services de renseignement.

Jean-Claude Juncker, 58 ans et Premier ministre depuis 1995, a remis sa démission au chef de l'Etat, le Grand Duc Henri, lui-même mis en cause dans les médias.

Le gouvernement a été contraint à la démission après le retrait de la coalition, mercredi, du Parti socialiste, dont le chef de file accuse Jean-Claude Juncker d'avoir échoué à contrôler les services de renseignement, soupçonnés de dérives flagrantes.

Le Premier ministre démissionnaire a proposé d'organiser des législatives anticipées le 20 octobre, sept mois avant la date prévue.

A l'origine de la démission figure un rapport commandé par le Parlement sur des accusations de mise sur écoutes de responsables politiques, de corruption et de détournement de fonds publics, notamment pour l'achat de voitures à usage personnel, de la part de membres des services secrets.

Lors d'une scène digne d'un roman d'espionnage rapportée par la presse, Marco Mille, l'ancien chef des Services de renseignements de l'Etat luxembourgeois (SREL), avait enregistré en 2008 une conversation avec Jean-Claude Juncker en utilisant un microphone caché dans sa montre.

Il lui avait annoncé qu'il disposait d'informations fiables montrant que le Grand Duc Henri était en contact permanent avec les services secrets britanniques. Le bureau du Grand Duc a démenti cette accusation.

JUNCKER TOUJOURS POPULAIRE

Le gouvernement luxembourgeois était déjà fragilisé par l'affaire d'une mystérieuse série d'attaques à la bombe survenues dans les années 1980, connue sous le nom d'affaire Bommeleeer. Les attaques avaient visé des pylônes électriques, un système de radar d'aéroport et les locaux d'un journal.

Deux anciens membres des forces de police spéciales ont été jugés pour ces attaques au début de l'année. Le ministre des Finances, Luc Frieden, a par ailleurs été soupçonné d'avoir fait pression sur les enquêteurs pour qu'ils stoppent leurs investigations.

Jean-Claude Juncker pourrait néanmoins revenir sur le devant de la scène à l'issue des élections du 20 octobre.

Plus ancien chef du gouvernement en exercice de l'Union européenne, il représentait depuis près de vingt ans le Luxembourg sur la scène internationale et a présidé les rencontre des ministres de l'Eurogroupe de 2005 à 2013.

Toujours très populaire, il ne dispose pas d'un successeur évident au sein du Parti populaire chrétien social (CVS), en particulier depuis la mise en cause de Luc Frieden, jadis considéré comme un Premier ministre potentiel.

"Jean-Claude Juncker est la locomotive électorale de son parti. Ce n'est pas le CSV, c'est le parti de Junker", analyse Philippe Poirier, spécialiste de politique à l'Université de Luxembourg.

Le Luxembourg, qui a bâti sa prospérité sur son secteur financier, se distingue par sa stabilité politique. A l'exception d'un seul, le CSV a dirigé tous les gouvernements depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le CSV et les socialistes contrôlaient 39 des 60 sièges du Parlement.

Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • grokuik1 le jeudi 11 juil 2013 à 19:16

    IL Y A UN MEDIAPART AU LUXEMBOURG ??? ON LE SAURA BIENTOT !!!