Le gouvernement égyptien appelle l'armée à la rescousse

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ÉTAT D'URGENCE DE TRENTE JOURS DÉCRÉTÉ DANS TROIS VILLES ÉGYPTIENNES
ÉTAT D'URGENCE DE TRENTE JOURS DÉCRÉTÉ DANS TROIS VILLES ÉGYPTIENNES

par Edmund Blair et Shaimaa Fayed

LE CAIRE (Reuters) - Les autorités égyptiennes ont émis lundi un décret qui permet à l'armée d'arrêter des civils et lui demande d'aider la police à maintenir l'ordre, face à l'extension de manifestations qui ont fait cinquante morts depuis jeudi à travers le pays.

De source proche du gouvernement, on précise que l'armée se comportera "comme une force de police", ce qui signifie que les personnes arrêtées seraient traduites devant un tribunal civil et non militaire.

On ignore si la mesure s'appliquera à toute l'Egypte ou seulement à Port-Saïd, Suez et Ismaïlia, les trois villes le long du canal de Suez où le président égyptien Mohamed Morsi a décrété dimanche l'état d'urgence pour trente jours.

Le bilan des troubles est passé lundi à cinquante morts avec le décès d'un passant tué par balles au Caire, près de la place Tahrir, où des heurts opposent la police et des manifestants. On ignore d'où provenaient les tirs qui lui ont coûté la vie.

Sept personnes ont été tuées dimanche à Port-Saïd, à l'embouchure du canal de Suez, et des centaines d'autres blessées, lors des obsèques des 33 victimes des émeutes survenues la veille.

Les troubles ont éclaté après la condamnation à mort de 21 accusés, pour la plupart des habitants de Port-Saïd, pour une bousculade survenue il y un an dans le stade de football de la ville au cours de laquelle 74 personnes avaient trouvé la mort.

NOUVELLES MANIFESTATIONS ATTENDUES

Au Caire, des manifestants ont de nouveau lancé lundi des pierres sur la police qui a répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes, près de la place Tahrir, épicentre de la révolution de 2011.

Des opposants au président Mohamed Morsi y campent depuis plusieurs jours. Certains affichent leur intention de renverser le régime et comme Ibrahim Eissa, 26 ans, "mettre fin à un Etat contrôlé par les Frères musulmans".

Ils reprochent aux Frères musulmans, dont le président Morsi est issu, d'avoir trahi la révolution de 2011. Ils ont appelé à de nouvelles manifestations lundi.

Lors d'une intervention télévisée dimanche, le président égyptien a déclaré qu'un couvre-feu serait en vigueur à Port-Saïd, à Ismaïlia et à Suez à partir de lundi entre 21h00 (19h00 GMT) et 06h00 du matin.

Cette annonce, couplée à un appel au dialogue, a provoqué de nouvelles manifestations dans les trois villes, où des centaines de manifestants ont cherché à braver le couvre-feu.

"La protection de la nation relève de la responsabilité de tout un chacun", a déclaré Mohamed Morsi, en présentant ses condoléances aux familles des victimes. "Nous ferons face à toute menace contre sa sécurité avec force et fermeté, dans le cadre de la loi."

APPEL À L'OPPOSITION

Les libéraux et d'autres opposants accusent le président Morsi de ne tenir ni ses engagements économiques ni sa promesse de représenter tous les Egyptiens. Ses partisans estiment, eux, que l'opposition cherche à renverser le premier président librement élu de l'histoire du pays.

Prenant ses distances avec les dernières violences, le principal rassemblement de l'opposition, le Front de salut national (FSN), a salué dimanche les mesures prises par Mohamed Morsi pour restaurer la sécurité, estimant qu'il aurait dû agir plus tôt pour faire cesser les violences.

"Bien sûr, nous pensons que le président passe à côté du vrai problème sur le terrain qui est sa propre politique", a déclaré Khaled Daoud, porte-parole du FSN à Reuters. "Son appel à l'état d'urgence est une bonne décision étant donné ce qui se passe, à savoir les violences et les actes criminels."

Mohamed Morsi a invité onze partis politiques, et notamment les islamistes, les libéraux et les groupes de gauche, ainsi que quatre figures politiques de premier plan, à une réunion lundi à 18h00 (16h00 GMT) pour établir la base d'un dialogue susceptible de résoudre la crise, selon un communiqué de ses services.

Le FSN a fait savoir qu'il se réunirait dans la journée pour discuter de cette invitation, mais certains au sein du mouvement ont déjà fait connaître leur position.

Le chef de la gauche nassérienne et ex-candidat à la présidentielle Hamdine Sabahi a décliné l'invitation "à moins que cesse le bain de sang et que les revendications du peuple soient satisfaites."

Mohamed ElBaradeï, l'ancien directeur général de l'AIEA qui appartient aussi au FSN, juge sur Twitter que le dialogue proposé est "une perte de temps".

Avec Yasmine Saleh et à Ismaïlia Yusri Mohamed, Hélène Duvigneau, Danielle Rouquié et Julien Dury pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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