Le Ghana pleure sa reine mère, la reine des Ashantis

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Des ghanéens attendent devant le Manhyia Palace, résidence d'Asantehemaa, la 13ème reine mère du Royaume des Ashantis, avant ses funérailles, le 24 novembre 2016 à Kumasi ( AFP / CRISTINA ALDEHUELA )
Des ghanéens attendent devant le Manhyia Palace, résidence d'Asantehemaa, la 13ème reine mère du Royaume des Ashantis, avant ses funérailles, le 24 novembre 2016 à Kumasi ( AFP / CRISTINA ALDEHUELA )

Habillée en noir des pieds à la tête, Tina Owusu Panin rejoint la marée humaine qui s'avance vers le palais, pour aller pleurer et célébrer la reine des Ashantis, leur mère à tous, celle qu'elle n'a jamais rencontrée pourtant de son vivant.

Asantehemaa (la reine-mère) Nana Afia Kobi Serwaa Ampem II est décédée le 14 novembre, à l'âge de 111 ans et, après plusieurs jours de deuil, le royaume des Ashantis a commencé jeudi à rendre hommage à la plus grande figure traditionnelle du Ghana.

Les battements de tambours, et le "bruit" avaient été bannis ces derniers jours dans le royaume. Mais Kumasi, grande ville dans le centre du Ghana, semble être revenue à la vie pour célébrer la mort de sa reine. Pendant toute une semaine, ses sujets ainsi que les plus grandes figures du pays viendront rendre hommage à son fils, le roi Otumfuo Osei Tutu II.

"Elle est notre mère, notre pilier", confie Mme Panin, regardant les troupes de danseurs qui se balancent au son des djembés. "C'était la mère du Asantehene (roi). Il est de notre devoir de l'honorer et de célébrer cette longue vie."

Jeudi, au premier jour des célébrations, on est venu de tout le royaume et de tout le Ghana, jusqu'au Palais de Manhyia, où elle a régné pendant 39 ans.

Des hommes participent aux rites traditionnels après la mort de la 13e reine mère du royaume des Ashantis, le 2
Des hommes participent aux rites traditionnels après la mort de la 13e reine mère du royaume des Ashantis, le 24 novembre 2016 à Kumasi au Ghana ( AFP / CRISTINA ALDEHUELA )

Vêtues de noir, avec des tissus traditionnels ou en T-shirt brodés au nom de la reine vendus dans les cours du Palais, des milliers de personnes regardaient la procession des chefs traditionnels, défilant sous d'immenses ombrelles rouge et or.

Mais tout le monde attendait l'arrivée du Roi des Ashantis, fils de la reine défunte, espérant l'apercevoir au milieu de la foule, porté sur une sorte de trône.

A deux semaines de l'élection présidentielle, même le président John Dramani Mahama et le principal candidat de l'opposition Nana Akufo-Addo, présents, se devaient de faire le déplacement.

Au Ghana, comme dans de nombreux pays en Afrique, les chefs traditionnels n'ont pas de pouvoir politique mais leur rôle de conseil et d'autorité morale est défini dans la Constitution et ils gardent une influence extrêmement importante sur la population.

- 'très, très douloureux' -

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Des hommes participent aux rites traditionnels après la mort de la 13e reine mère du royaume des Ashantis, le 24 novembre 2016 à Kumasi au Ghana ( AFP / CRISTINA ALDEHUELA )

Le royaume Ashanti a toutefois une grande particularité: le lignage royal provient de la mère. C'est la reine qui désigne le roi à la mort de celui-ci, et tous doivent rester dans la famille de la mère.

Nana Afia Kobi Serwaa Ampem II, arrivée sur le trône en 1999, a ainsi choisi son fils pour régner à ses côtés sur un territoire qui représente environ 10% du pays et abrite au moins 4.7 millions de personnes (selon un recensement de 2010).

Au-delà de la nomination du roi, la Asantehemaa doit veiller sur sa communauté, et protéger notamment les femmes et les enfants du royaume, leur assurer l'accès à l'éducation et à la santé. Elle préside aussi une cour de justice traditionnelle pour résoudre les conflits mineurs, de propriété ou de disputes entre ses sujets.

"Aussitôt le jugement prononcé par la reine, les gens le respectent", explique Nana Boakye Frimpong, 66 ans, bras droit de la reine défunte.

Son rôle était de promouvoir la paix, dit-il, bien que, en raison de son grand âge, sa présence à la Cour se faisait plus rare ces dernières années.

"C'est très, très douloureux" de l'avoir perdue, confie l'homme qui travaillait à ses côtés depuis près de vingt ans.

Des ghanéens participent aux rites traditionnels après la mort de la 13e reine mère du royaume des Ashan
Des ghanéens participent aux rites traditionnels après la mort de la 13e reine mère du royaume des Ashantis, le 24 novembre 2016 à Kumasi ( AFP / CRISTINA ALDEHUELA )

La figure royale se devait également de partager et de perpétrer l'histoire des Ashantis, l'un des plus grands royaumes en Afrique, dont l'origine remonte au XIIIème siècle et qui s'étendait jusqu'en Côte d'Ivoire, avant la colonisation britannique.

Il revient désormais au roi de désigner à son tour la future reine. Et, selon la tradition, elle devra provenir de la famille maternelle.

Elle sera désignée une fois que la reine-mère sera enterrée, et aucune date pour l'instant n'a été fixée.

"Nous connaissons notre roi, et il fait toujours ce qu'il y a de mieux pour nous", explique Baffour Owusu Amankwatia IV, l'un des chefs traditionnels les plus importants dans le royaume Ashanti. "Il choisira une reine extraordinaire. Nous avons hâte de la connaître."

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