Le génie de Goscinny manque toujours à Astérix

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DE NOUVEAUX AUTEURS ENVOIENT ASTÉRIX CHEZ LES PICTES
DE NOUVEAUX AUTEURS ENVOIENT ASTÉRIX CHEZ LES PICTES

par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - Le trait est techniquement parfait, les Romains souffrent toujours autant et les anachronismes sont au rendez-vous.

Mais le 35e album des aventures d'Astérix et Obélix, la série de bande dessinée la plus vendue au monde, montre une fois de plus que le génie du scénariste d'origine, René Goscinny, décédé en 1977, est irremplaçable.

"Astérix chez les Pictes", publié jeudi dans 23 langues "majeures" avec un tirage de cinq millions d'exemplaires, dont deux millions pour la version francophone, est le premier opus qui ne porte la signature d'aucun de ses créateurs.

Albert Uderzo, le comparse de René Goscinny pour le dessin, avait promis que ses personnages mourraient avec lui. Il avait, depuis la mort de son scénariste, publié une dizaine d'albums poussifs, ce qui n'avait pas ralenti le succès public.

Il a fini par céder à la tendance qui, comme pour Blake & Mortimer, Blueberry, Lucky Luke ou encore Spirou, voit les séries reprises par de nouveaux auteurs pour poursuivre des aventures lucratives -celles d'Astérix et Obélix se sont vendues à 352 millions d'exemplaires depuis leur création.

A minuit, mercredi, les clients s'arrachaient les premiers exemplaires d'"Astérix chez les Pictes" dans une librairie du Boulevard Saint-Germain à Paris.

"J'attends un bon moment, un bel album", a déclaré Nicolas Bady, un fan de la série.

Didier Conrad, au dessin, réalise une performance stupéfiante, tant il est vrai que son trait enlevé n'a rien à envier à celui d'Albert Uderzo, qui a posé ses crayons en 2011, à l'âge de 84 ans, 52 ans après le premier album.

"QU'EST-CE QU'IL A MAC KEUL ?"

Jean-Yves Ferri, le scénariste de "De Gaulle à la plage", multiplie les calembours et les anachronismes dans cette histoire qui se déroule chez les Pictes, les peuples de l'ancienne Écosse, redoutables guerriers dont le nom, donné par les Romains, signifie "les hommes peints".

Comme dans de nombreuses autres aventures, dont Astérix en Hispanie ou chez les Belges, les célèbres héros gaulois vont donner un coup de main à une autre peuplade bien décidée à résister à un empire romain toujours plus envahissant.

Un glaçon venu de la mer s'échoue près de l'irréductible village d'Astérix et Obélix. Il contient le guerrier Mac Olloch, victime de l'infâme Mac Abbeh, dépeint sous les traits verdâtres du comédien Vincent Cassel.

Mac Abbeh, qui est allié aux Romains et fait partie d'un clan ennemi, croit ainsi s'être débarrassé de son rival pour conquérir le coeur de Camomilla, la fille du défunt Mac II.

Mais Astérix et Obélix aideront Mac Olloch à rentrer chez lui, à vaincre Mac Abbeh, à unifier les Pictes et à repousser les Romains derrière ce qui sera quelques siècles plus tard le célèbre mur d'Hadrien de 118 kilomètres de long.

La plupart des ingrédients classiques sont présents. Les Pictes boivent de l'eau de malt qui leur donne du courage, une référence à la "bouillante eau" que boivent les Bretons avant qu'Astérix y verse par accident des feuilles de thé.

Mac Olloch appartient au clan Loch Andloll et s'exprime souvent en phrases tirées de standards du rock, comme le barde rocker Mac Keul ("Quoi ? Qu'est-ce qu'il a Mac Keul ?", référence à la chanson de Johnny Hallyday.

PAS DE NOUVEAU TINTIN AVANT 2052

Le monstre du Loch Ness est bien là aussi, vu comme une "grosse loutre" par Obélix, qui excelle bien entendu dans le sport national, le lancer de troncs d'arbre.

"On l'a pensé avec Didier comme un album un peu hommage aux Astérix éternels, donc c'est un album qui a un petit côté seventies", a déclaré à Reuters Jean-Yves Ferry.

Le scénariste s'étonne de l'écho rencontré par l'album en Ecosse, où les locaux y ont vu une référence au référendum sur l'indépendance qui y sera organisé en septembre 2014, alors que selon lui il n'y a "pas du tout" de lien.

Tout y est presque, donc, et les aficionados retrouveront sans doute avec plaisir leurs héros préférés.

Mais le charme des scénarios de René Goscinny, la finesse de ses calembours, sa fausse naïveté, sa tendresse pour des Romains martyrisés par des Gaulois un tantinet sadiques, l'ampleur des reconstitutions historiques tronquées et le caractère hilarant des anachronismes manquent à l'appel.

Pour l'autre monstre de la bande dessinée, Tintin, les vrais nostalgiques des aventures du célèbre reporter qui se sont brutalement arrêtées à la mort de son créateur, Hergé, en 1983 peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Ils ne seront sans doute plus de ce monde lorsque paraîtra un album qui ne serait pas dessiné de la main du maître.

Ses héritiers ont annoncé récemment un nouvel opus pour 2052, juste après qu'il sera tombé dans le domaine public.

Avec Mourad Azouz, édité par Gilles Trequesser

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  • lorant21 le jeudi 24 oct 2013 à 15:44

    Goscinny, Reiser, etc.. jamais remplacés.