Le général Diendéré, un Edgar Hoover burkinabé

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par Joe Bavier ABIDJAN, 17 septembre (Reuters) - Le général Gilbert Diendéré, auteur du coup d'Etat militaire de mercredi au Burkina Faso, est connu pour sa discrétion et pour son aptitude à manoeuvrer en coulisses. Ce personnage au physique imposant -- il mesure près de deux mètres -- s'est forgé une réputation d'habile négociateur et il a joué un rôle déterminant dans la libération d'otages occidentaux détenus par des groupes islamistes au Sahel. Il a été pendant vingt-sept ans le bras droit du président Blaise Compaoré, renversé l'an dernier. Alors âgé d'une vingtaine d'années, il participe en août 1983 au putsch qui amène au pouvoir un groupe de jeunes officiers, parmi lesquels Thomas Sankara et Blaise Compaoré. Quatre ans plus tard, en octobre 1987, Thomas Sankara, président du Conseil national révolutionnaire, est tué lors d'un coup d'Etat conduit par Blaise Compaoré. Gilbert Diendéré devient alors le numéro deux du régime, rôle qu'il assumera jusqu'à la chute de Compaoré. "Il était devenu l'ombre de Compaoré", déclare Rinaldo Depagne, analyste chargé de l'Afrique de l'Ouest au sein de l'International Crisis Group (ICG). "Une sorte de J. Edgar Hoover burkinabé, un maître dans le renseignement, l'information, l'organisation et le contrôle." En tant que chef d'état-major particulier de Compaoré, Gilbert Diendéré, il était sans conteste l'homme de confiance chargé de délicates missions et bénéficiant de nombreux contacts à travers le monde. Protégé du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Blaise Compaoré fut accusé de soutenir dans les années 1990 le président libérien Charles Taylor et les redoutables combattants du Front révolutionnaire uni en Sierra Leone, puis d'avoir accueilli des rebelles ivoiriens. Il a toujours affirmé qu'il ne se mêlait pas des affaires de ses voisins. LUTTE CONTRE LES ISLAMISTES Ces dix dernières années, cependant, les relations et l'entregent de Diendéré contribuèrent à faire passer Blaise Compaoré du statut de paria à celui de conciliateur et d'allié de l'Occident dans la lutte contre les groupes islamistes. "Les militaires français et américains l'appréciaient", souligne Rinaldo Depagne. "On pouvait facilement travailler avec lui, et il était très bien informé, pas seulement sur le Burkina mais aussi sur toute l'Afrique de l'Ouest, et particulièrement sur la région du Sahel." Des soldats français se sont entraînés avec le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), unité d'élite de 1.200 hommes qui était l'un des piliers du régime et dont le général Diendéré exerçait de fait le commandement. Après le renversement de Compaoré fin octobre 2014 et malgré des relations difficiles avec les nouvelles autorités de transition, Diendéré avait participé en février dernier au Tchad aux grandes manoeuvres antiterroristes américaines "Flintlock", organisées chaque année. ID:nL5N0VZ48A Les observateurs cherchent aujourd'hui à comprendre pourquoi cet homme de l'ombre, habitué depuis des décennies à manoeuvrer dans les coulisses, a décidé d'apparaître au grand jour et de prendre la tête à Ouagadougou de la junte, baptisée "Conseil national pour la démocratie". Il semble que l'appel à la dissolution du RSP, lancé cette semaine par une commission gouvernementale, l'a décidé à agir, mais d'autres motifs pourraient également expliquer le putsch. Pour un officier occidental au fait de la vie politique burkinabée, il n'est peut-être pas exclu que Compaoré, de son exil, cherche à manoeuvrer en coulisses. Interrogé sur France 24, le général Diendéré a cependant assuré que l'ancien président n'avait joué aucun rôle dans le coup d'Etat et affirmé que le président de transition et le Premier ministre seraient bientôt libérés. ID:nL5N11N3CP (Guy Kerivel pour le service français)

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