Le gel maison de PIP était un secret de Polichinelle

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LES CADRES DE PIP SUR LE BANC DES PRÉVENUS
LES CADRES DE PIP SUR LE BANC DES PRÉVENUS

MARSEILLE (Reuters) - L'utilisation d'un "gel maison" pour les prothèses de la société PIP, au coeur d'un scandale mondial d'implants mammaires frelatés, était un secret de Polichinelle pour les anciens cadres de l'entreprise française jugés à partir de mercredi.

Aux côtés du fondateur de PIP, Jean-Claude Mas, et du président du directoire Jean-Claude Couty, le directeur de la production Loïc Gossart, le directeur technique Thierry Brinon et la directrice qualité Hannelore Font seront sur le banc des prévenus de ce procès pour "tromperie aggravée et escroquerie", du 17 avril au 14 mai à Marseille.

"On a tendance à parler de M. Mas et de M. Couty, mais il y a les trois autres. Il faut peut-être que leur conscience s'allie à leur courage pour nous expliquer les raisons qui leur ont fait préférer l'argent à la santé des femmes", dit Philippe Courtois, l'avocat de 2.800 porteuses de prothèses PIP.

"Ces trois-là auraient pu arrêter le scandale. Ils vont devoir s'expliquer devant leurs victimes, qui attendent autre chose que des excuses", ajoute-t-il.

Dans les procès-verbaux de l'enquête préliminaire, que Reuters a pu consulter, Jean-Claude Mas, 73 ans, reconnaît volontiers l'utilisation d'un "gel maison" pour le remplissage des prothèses tandis que Claude Couty, 61 ans, se retranche derrière sa fonction pour minimiser ses responsabilités et se dit "étonné du tapage médiatique" autour de cette affaire.

CONSERVER SON TRAVAIL

Conserver leur travail, c'est la motivation que les autres prévenus mettront en avant pour expliquer leur silence sur des activités frauduleuses qu'ils ont tous couvert.

"A un moment s'est posé un cas de conscience, celui de rester ou pas dans l'entreprise. Si je quittais, je n'avais plus de salaire alors que j'avais quitté Paris pour prendre un appartement dans le Sud. J'ai également pensé à ma mère porteuse d'un implant PIP", a dit aux enquêteurs Thierry Brinon, 53 ans.

Loïc Gossart, 39 ans, reconnaît lui aussi que cela "peut sembler aberrant mais c'était comme cela, nous souhaitions conserver notre travail".

"Au départ, nous n'avions aucun souci moral dans l'usage de ce gel PIP, puis lorsque nous avons eu connaissance du taux de rupture et des siliconomes en 2007, nous avons pris conscience du danger de ce gel", explique-t-il.

Comme Jean-Claude Mas, les ex-cadres de PIP veulent croire que le fameux "gel maison" ne présentait pas plus de danger pour les femmes que les gels de silicone utilisés par la concurrence.

"J'avoue que j'ai eu un doute, mais je ne savais pas. J'en ai surtout eu marre d'être dans l'illégalité", dit Hannelore Font, 36 ans, entrée en stage à PIP en 1999 avant d'en devenir la directrice qualité jusqu'à la liquidation en mars 2010.

Aucun des prévenus n'affirme en tout cas avoir ignoré la supercherie.

A une question des enquêteurs demandant qui, au sein de l'entreprise, ne connaissait pas l'emploi illicite du gel PIP, Loïc Gossart résume la situation d'une simple phrase: "Personne, du directeur au manutentionnaire en passant par les agents d'entretien jusqu'aux syndicats".

Jean-François Rosnoblet, édité par Yves Clarisse

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