Le gaz du Kivu, un enjeu pour le Rwanda et la RDC

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(Commodesk) La République Démocratique du Congo souhaite se lancer, deux ans après son voisin rwandais, dans sa première exploitation de méthane dans le lac Kivu.

Les 11 et 12 juin, après une réunion des experts du ministère des Hydrocarbures congolais, le gouvernement a annoncé un démarrage de la production d'électricité à partir du gaz du lac Kivu dès 2013. L'établissement d'un cahier des charges et de l'étude des mesures environnementales nécessaires sont en cours. Avec un investissement de 120 millions d'euros, la société Kivu Lake Energy Corporation (KLEC) envisage de construire des usines d'extraction de gaz et des centrales de transformation au Nord-Kivu d'une capacité de 25 mégawatts (MW), pour un démarrage de la production dès le premier semestre 2013.

Le lac Kivu, situé à la frontière ouest du Rwanda et à l'est de la République Démocratique du Congo (RDC) s'étend sur 2.700 km2. Les couches d'eau de ses sédiments renferment 50 milliards de mètres cubes de gaz de type méthane entre 80 et 300 mètres de profondeur, principalement au nord du lac. Si la découverte de ses ressources date de 1937, l'exploitation au niveau industriel n'est toujours pas établie. A l'origine de ce retard, l'instabilité politique et les conflits armés dans la région du Kivu, le manque d'investisseurs et les difficultés techniques rencontrées.

Derrière les intérêts économiques, des risques pour les habitants

L'exploitation de méthane dans le lac Kivu, représente un double enjeu pour le Rwanda et la RDC. D'abord d'ordre économique, le potentiel exploitable est de 39 milliards de mètres cubes selon les statistiques du gouvernement rwandais. Or ces deux pays sont dépendants énergétiquement des importations pétrolières et des ressources en bois qui se réduisent drastiquement.

L'autre enjeu est une question de sécurité, les poches de gaz de méthane et de dioxyde de carbone de ce lac immense peuvent remonter à la surface suite à un glissement de terrain ou une éruption. Ce fut le cas au Cameroun avec le lac Nyos, en 1986 lorsqu'une remontée de gaz fit 1.700 morts, à cette différence près que le lac Kivu est 300 fois plus grand et contient 350 fois plus de gaz. Si l'exploitation du gaz est risquée, elle pourrait tout de même permettre de diminuer, selon les scientifiques, les risques d'éruption mortelle. Certains analystes estiment cependant que les dangers ne seront pas majeurs avant plusieurs millions d'années.

Exploration et tentatives d'exploitation, le Rwanda en avance sur la RDC

Dans les années 90, le Rwanda et la RDC créaient la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) pour gérer communément les premières expérimentations. Mais après des années de test et de promesses politiques sans aboutissements, chaque pays a décidé de gérer sa partie du lac.

Le Rwanda a lancé sa première exploitation en 2010, la centrale de Kibuye Power, pour un coût de 15,5 millions d'euros. Ce prototype a été mis en œuvre par la collaboration de Data Environnement, entreprise française, avec la Rwanda Energy Company, sa production de 2,4 MW en 2011 au lieu des 3,6 MW prévus initialement, fut interrompue par manque de financements.
En 2012, un autre projet, KP One, de 3 MW géré par le gouvernement rwandais, grâce à des financements de la Banque Mondiale, est en cours de construction. Et un troisième, KivuWatt, élaboré par Contour Global, leader américain des centrales électriques, vise les 100 MW de production pour un investissement de 112 millions d'euros.

Tandis que le Rwanda multiplie les tentatives d'exploitation, la RDC, n'a pas souhaité investir aussi rapidement que son voisin pour des questions géopolitiques et techniques. En revanche, en juillet 2009, les deux pays signaient un avenant pour un projet commun d'exploitation de 200 MW, mais il tarde à voir le jour. Chaque année, lors de la réunion de la Chambre de Commerce Belgo-Congolaise, la question est reposée, le dernier procès verbal de cette réunion rappelait que « les deux parties ont relevé que le projet, depuis son lancement, n'a pas connu de progrès remarquable pouvant conduire à sa mise en œuvre effective ».

Pour pouvoir exploiter le gaz d'ici l'année prochaine, la RDC devra disposer de mécanismes juridiques adéquats car il n'existe toujours pas de droits congolais des hydrocarbures sur les lacs internationaux, statut du lac Kivu. Une délimitation précise des frontières de ce lac est indispensable pour mettre en oeuvre ces exploitations.

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