Le G7 avertit sur les changes, vise le Japon

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LES POLITIQUES BUDGÉTAIRES NE DOIVENT PAS AVOIR POUR OBJET UNE DÉVALUATION DES DEVISES, AFFIRME LE G7
LES POLITIQUES BUDGÉTAIRES NE DOIVENT PAS AVOIR POUR OBJET UNE DÉVALUATION DES DEVISES, AFFIRME LE G7

par Mike Peacock et Tetsushi Kajimoto

LONDRES/TOKYO (Reuters) - Le G7 a réaffirmé mardi son engagement en faveur de taux de change déterminés par les marchés et a souligné que les politiques budgétaires et monétaires ne devaient pas avoir pour objet une dévaluation des devises.

Le communiqué du G7, qui se refuse à fixer des "cibles pour les taux de change", fait suite aux craintes de "guerre des monnaies" suscitées notamment par la politique monétaire agressive du Japon qui a entraîné une forte dépréciation du yen sur les marchés des changes depuis trois mois.

Le Japon estime que le communiqué lui donne le feu vert pour poursuivre ses efforts en vue de sortir son économie de la déflation mais un responsable du G7 a précisé que le texte visait bien Tokyo, propos qui ont déclenché un rebond du yen.

"Il est significatif à nos yeux que (le G7) reconnaisse clairement que les mesures que nous prenons pour vaincre la déflation ne visent pas à influencer le marché des changes", a dit le ministre des Finances japonais Taro Aso.

"Le communiqué du G7 a été mal interprété. Le communiqué du G7 exprimait sa préoccupation quant aux mouvements excessifs du yen", a dit de son côté le responsable du G7.

"Le G7 est préoccupé par un pilotage unilatéral du yen. Le Japon sera sous le feu des projecteurs au G20 de Moscou ce week-end", a-t-il ajouté en référence à la réunion des ministres des Finances et banquiers centraux du Groupe des 20 prévue vendredi et samedi à Moscou.

PAS DE "GUERRE DES MONNAIES" POUR DRAGHI

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a déclaré pour sa part depuis Madrid que la BCE avait conscience que les taux de change étaient aussi importants pour la croissance que pour la stabilité des prix, tout en estimant qu'évoquer une guerre des monnaies était "très, très exagéré".

Le dollar, qui se traitait à 94,28 yens avant ces commentaires du responsable du G7 et de Mario Draghi, a plongé à un plus bas de séance de 93 yens 20 minutes après, tandis que l'euro tombait à un plus bas du jour de 124,98 yens, avant de regagner un peu de terrain face à la devise nippone.

"Au lieu de calmer les marchés, le communiqué a sensiblement augmenté la volatilité et maintenant il faudra attendre l'issue du G20 de ce week-end", note Richard Gilhooly, stratège sur le marché des changes chez TD Securities à New York.

Les pays du G7 -Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Japon, Canada et Italie- ont déclaré dans leur communiqué qu'ils travailleraient en étroite concertation pour éviter les mouvements désordonnés sur les marchés qui pourraient porter atteinte à la stabilité économique et financière.

Plusieurs responsables européens et américains se sont inquiétés ces dernières semaines de la volonté prêtée au Japon de vouloir faire revenir le yen à un seuil prédéterminé face au dollar et à l'euro.

Lundi, la sous-secrétaire américaine au Trésor Lael Brainard avait dit que Washington apportait son soutien aux efforts de Tokyo pour relancer la croissance et lutter contre la déflation, tout en notant qu'il fallait éviter les dévaluations compétitives.

Côté européen, le président François Hollande a simplement déclaré, après la publication du communiqué du G7, que "nous devons faire en sorte que les parités ne soient pas utilisées à des fins commerciales".

Quant au Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, il a estimé qu'il n'existait pas de taux de change optimal pour l'euro.

De son côté, la Banque nationale suisse a réaffirmé sa détermination à plafonner le niveau du franc, rejetant les accusations de contribuer à la guerre des monnaies.

RETOUR À LA NORMALE

La France était allée la semaine dernière jusqu'à plaider pour la fixation d'un objectif à moyen terme de taux de change de l'euro afin de prévenir des mouvements "irrationnels". Mais elle s'est trouvée isolée sur cette position lors de la réunion des ministres des Finances de la zone euro lundi à Bruxelles.

La monnaie unique s'est appréciée de près de 8%, face au dollar entre la mi-novembre et le début février. Elle s'était repliée ces derniers jours après que le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a assuré que la BCE surveillerait l'impact de cette appréciation.

Celle-ci s'explique entre autres par le fait que la Banque du Japon et la Réserve fédérale des Etats-Unis continuent d'augmenter la taille de leur bilan pour soutenir le crédit et l'activité économique, alors que la BCE a commencé à réduire le sien, conséquence des remboursements anticipés de prêts à long terme consentis aux banques de la zone euro.

Ce mouvement reflète certes un retour progressif à un fonctionnement normal du système financier européen mais l'appréciation de l'euro risque de nuire aux exportations et à la croissance de la région.

Cette situation commence aussi à inquiéter certains pays émergents. Une partie des liquidités injectées par les banques centrales s'orientent en effet vers ces marchés qui offrent de meilleurs rendements, avec pour effet une hausse des devises concernées donc une perte de compétitivité à l'export, ce qui peut conduire certains à baisser les taux d'intérêt ou à intervenir sur le marché des changes.

Le ministre brésilien des Finances Guido Mantega, dont le pays est l'un des principaux concernés, a déclaré la semaine dernière à Reuters que la situation pourrait encore empirer si l'Europe emboîtait le pas au Japon.

Avec Julien Ponthus à Paris, Véronique Tison, Marc Angrand et Juliette Rouillon pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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  • lelis le mardi 12 fév 2013 à 17:55

    Draghi : son hypocrisie ("il n'y a pas vraiment de guerre des changes") est un cache-sexe pour son impuissance.

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