Le G20 veut une communication claire aux marchés

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LE G20 REDIT SON ATTACHEMENT À LA FLEXIBILITÉ DES TAUX DE CHANGE
LE G20 REDIT SON ATTACHEMENT À LA FLEXIBILITÉ DES TAUX DE CHANGE

par Gernot Heller et Jan Strupczewski

MOSCOU (Reuters) - Réunis à Moscou, les ministres des Finances et les banquiers centraux du G20 réfléchissent à la manière d'adresser un message clair à des marchés où la volatilité reste élevée, alors que les perspectives de reprise se précisent aux Etats-Unis et au Japon.

Les responsables du G20 cherchent notamment à éviter un affolement comparable à celui qu'a provoqué le mois dernier Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, en évoquant un ralentissement avant la fin de l'année du programme de soutien à l'économie mené par la banque centrale américaine.

Les tensions sont depuis quelque peu retombées, Ben Bernanke ayant lui-même rassuré les investisseurs en déclarant que la Fed ne comptait pas verser de sitôt dans l'orthodoxie monétaire.

Anton Silouanov, ministre russe des Finances, a prévenu qu'une meilleure communication serait "cruciale pour éviter une volatilité grave sur les marchés financiers".

Le communiqué final de la réunion appelle à "des efforts coordonnés et à une prévisibilité des mesures d'assouplissement quantitatif".

Le Fonds monétaire international (FMI) a de son côté estimé que la fin des politiques monétaires accommodantes "pourrait poser problème aux économies émergentes, en particulier si elle a lieu trop vite ou si elle n'est pas bien expliquée", dans une note rédigée pour l'occasion.

CONCESSION CHINOISE

Tandis que l'économie américaine montre chaque mois de nouveaux signes de reprise, l'Europe reste la région malade de la planète avec un chômage endémique et elle a toutes les peines du monde à sortir de la récession.

Les difficultés du Vieux Continent ont désormais des répercussions sur la Chine, dont la croissance économique, essentiellement tournée vers la demande extérieure, a une nouvelle fois ralenti lors du dernier trimestre.

Dans le texte final d'un projet de communiqué que Reuters a pu consulter, le G20 réitère son attachement à des taux de change flexibles et à des réformes structurelles au niveau national , ce qui vise manifestement Pékin, dont les partenaires attendent un rééquilibrage de l'économie vers la demande intérieure.

En signe de conciliation, la banque centrale chinoise a annoncé vendredi une libéralisation des taux de prêts pratiqués par les établissements en Chine, ce qui devrait réduire les coûts de financement des entreprises et des ménages.

"Nous nous abstiendrons de toute dévaluation compétitive et nous fixerons pas des objectifs de taux de change dans un tel but", affirme le texte final du communiqué du G20.

"Nous restons attentifs aux risques et aux effets négatifs inopportuns de périodes prolongées d'assouplissement monétaire", est-il également écrit. "Les futurs changements de politique monétaire seront toujours élaborés de façon précise, et clairement expliqués."

Plusieurs sources ont rapporté que les discussions étaient moins tendues que lors du sommet du G20 tenu en février à Moscou, dans un contexte où était souvent évoqué une "guerre des monnaies" entre les pays.

Le projet d'une action concertée du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique du Sud (BRICs), afin d'agir de concert sur le marché des changes, semble toujours loin d'aboutir, faute de coordination entre les principales puissances émergentes.

DÉBAT SUR LA CROISSANCE

Sur le front budgétaire, l'amélioration de la situation américaine est essentiellement imputable à une accélération de la croissance et les Etats-Unis espèrent convaincre que c'est cette voie qui est à emprunter face à une Allemagne qui fait au contraire de la maîtrise des déficits un élément préalable à la reprise.

Les ministres du Travail du G20, qui se sont vus jeudi, ont tenu une séance commune vendredi avec les ministres des Finances pour évoquer la crise de l'emploi en Europe.

"Nous avons déjà souligné que l'Europe doit se concentrer sur ce qu'elle doit entreprendre pour faire redémarrer le moteur de la croissance", a déclaré le secrétaire américain au Trésor Jack Lew à Bloomberg Television. "Le monde a besoin d'une Europe en croissance."

Lazlo Andor, le commissaire européen à l'emploi, a dit partager l'opinion de Jack Lew sur les moyens de la reprise, expliquant à Reuters qu'investir dans l'emploi était crucial pour maintenir la cohésion sociale et sortir de l'austérité.

"Si, au nom de la compétitivité (...), vous vous contentez de comprimer les salaires en permanence, vous allez tuer la demande et tuer la reprise. Nous sommes en faveur d'une reprise davantage dictée par la demande", a-t-il dit.

Les responsables du G20 semblent par ailleurs s'accorder sur le dossier de la lutte contre l'évasion fiscale et ont avalisé un plan élaboré par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Ce plan, destiné à empêcher les multinationales de transférer des bénéfices dans des paradis fiscaux, constate que le système actuel ne fonctionne pas, surtout lorsqu'il s'agit de taxer des sociétés qui font du commerce en ligne.

Avec Lidia Kelly, Maya Dyakina et Tetsushi Kajimoto à Moscou, Anna Yukhananov à Washington, Se Young Lee à Séoul, Tom Bergin à Londres, Alonso Soto à Brasilia et Leigh Thomas à Paris; Nicolas Delame et Julien Dury pour le service français, édité par Véronique Tison

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