Le G20 veut des assurances de la part de la Fed et de Pékin

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LE G20 DEVRA RASSURER SUR LA CROISSANCE MONDIALE
LE G20 DEVRA RASSURER SUR LA CROISSANCE MONDIALE

par Lidia Kelly et Douglas Busvine

MOSCOU (Reuters) - Le sommet du G20 de Moscou ne devrait pas laisser les marchés financiers indifférents au moment où la Réserve fédérale américaine songe à modérer son programme de soutien à l'économie, avant de le clore complètement, et où la Chine tente de stabiliser son économie.

Pour l'heure, la Fed achète tous les mois pour 85 milliards de dollars d'obligations afin de soutenir une reprise économique qui peine à s'affirmer et son président Ben Bernanke a eu toutes les peines du monde à convaincre les marchés que la planche à billets ne serait mise au repos que lorsqu'il serait persuadé que la reprise est bien ancrée outre-Atlantique.

Quant à la croissance de la Chine, elle n'a ralenti que modérément au deuxième trimestre mais les grands argentiers (ministres des Finances et banquiers centraux) du Groupe des Vingt voudront s'assurer que les deux événements n'auront aucun effet déstabilisant durable.

Depuis que la Fed a annoncé le mois dernier son intention de mettre un terme à son programme dit d'assouplissement quantitatif (QE), les pays émergents ont subi des sorties de capitaux spectaculaires.

L'Indonésie et le Brésil ont dû augmenter les taux. L'Inde a resserré la liquidité pour parer à un recul de la roupie à des niveaux sans précédent, tandis que la banque centrale de Turquie est intervenue à plusieurs reprises pour défendre la livre.

La directrice générale du Fonds monétaire international Christine Lagarde a dit mardi qu'il fallait programmer avec soin, et en communiquant clairement, le démantèlement des mesures non conventionnelles prises par de grandes banques centrales.

La Corée du Sud a fait écho à cette préoccupation en observant que la Fed devait considérer "non seulement ses conditions intérieures mais aussi les effets au niveau mondial" avant d'agir.

Le président de la Fed Ben Bernanke ne sera pas à Moscou vendredi et samedi prochains mais aura prononcé son habituel discours semestriel au Congrès américain mercredi et jeudi.

Le Japon a également l'intention d'évoquer avec la Banque populaire de Chine les répercussions de ses actes. Cette dernière tente de freiner un crédit chauffé à blanc, surtout dans le système bancaire dit occulte.

"La situation en Chine n'est pas forcément claire et il serait souhaitable de clarifier diverses données et questions", a dit à Reuters le vice-ministre des Finances japonais Mitsuhiro Furusawa.

WASHINGTON EST FÂCHÉ CONTRE BRUXELLES

Le propre programme japonais de relance de l'économie par la banque centrale sera lui aussi examiné avec soin, dans la mesure où Tokyo s'est engagé à l'accompagner de réformes structurelles qui se font attendre.

"La plupart des partenaires perdent patience de plus en plus avec le Japon", a dit une source du G20. "Ils veulent voir des réformes structurelles complètes".

Un document de l'Union européenne appelle ainsi le Japon à mettre en place un "plan de consolidation budgétaire à moyen terme" et à se concentrer sur les réformes structurelles pour assurer une croissance durable.

Le G20 discutera aussi de l'évasion fiscale pratiquée par les entreprises, un sujet devenu très sensible.

L'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a été chargée par le G20 de soumettre des mesures destinées à empêcher les multinationales de transférer des bénéfices dans des paradis fiscaux.

Suivant un rapport préliminaire dont Reuters a eu connaissance, l'OCDE a déjà identifié divers mécanismes à l'oeuvre et espère un accord d'ici un à deux ans sur une modification adéquate des traités fiscaux internationaux.

Un responsable du G20 a dit que le groupe avaliserait le rapport de l'OCDE, tandis que ministres des Finances et ministres du Travail publieraient un communiqué sur l'équilibre à réaliser entre discipline budgétaire et politiques de création d'emplois.

L'équilibre entre austérité et croissance reste un sujet délicat, tout comme la revendication allemande de fixer des objectifs de réduction de la dette concrets pour faire suite aux objectifs définis trois ans auparavant au sommet de Toronto.

"Les Etats-Unis sont de plus en plus fâchés vis-à-vis des Européens, à qui ils reprochent de ne pas assez promouvoir la croissance", a dit ce responsable.

Au contraire l'UE, suivant le document vu par Reuters, estime que l'absence d'accord aux Etats-Unis sur un plan sérieux de consolidation budgétaire à moyen terme constitue un risque pour l'économie mondiale.

Les espoirs de voir le G20 fixer des objectifs contraignants de réduction de la dette diminuent chaque jour un peu plus, de l'avis de responsables du G20.

Avec Tetsushi Kajimoto à Tokyo, Gernot Heller à Berlin, Anna Yukhananov à Washington, Jan Strupczewski à Bruxelles, Se Young Lee à Séoul, Tom Bergin à Londres, Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Jean-Michel Bélot

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