Le G20 fait de la croissance une priorité

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LE G20 FAIT DE LA CROISSANCE UNE PRIORITÉ
LE G20 FAIT DE LA CROISSANCE UNE PRIORITÉ

par Lidia Kelly et Jan Strupczewski

MOSCOU (Reuters) - Les responsables du G20 ont placé samedi la croissance au premier rang de leurs priorités, devant l'austérité, dans l'espoir de relancer une activité économique mondiale "toujours trop faible".

Ils ont dans le même temps promis de conduire des politiques économiques prudentes et clairement exposées afin que la reprise espérée ne soit pas remise en cause par des variations excessives des marchés.

Réunis depuis vendredi à Moscou, les ministres des Finances et banquiers centraux du G20 ont approuvé un communiqué final qui salue les bénéfices d'une politique monétaire expansionniste aux Etats-Unis et au Japon tout en constatant la récession dans la zone euro et un ralentissement dans les pays émergents.

"Nous restons vigilants face aux risques et aux effets collatéraux négatifs des périodes prolongées d'assouplissement quantitatif", dit toutefois le communiqué, qui promet que les futurs changements de politique monétaire seront "calibrés avec soin et communiqués avec clarté".

Les pays du G20 représentent 90% du produit mondial brut et les deux tiers de la population mondiale.

Pays-hôte, la Russie a résumé les deux jours de réunion en déclarant que les responsables du G20 avaient revu à la baisse leurs objectifs de réduction des dettes publiques, préférant se concentrer sur la croissance et sur les moyens de sortir des politiques de soutien à l'économie avec un minimum de dégâts sur les marchés financiers.

"Les collègues (du G20) n'ont pas décidé de prendre la responsabilité de réduire les déficits et les dettes d'ici 2016", a déclaré à Reuters le ministre russe des Finances, Anton Silouanov. "Certains ont mis en avant le fait qu'il fallait d'abord s'assurer d'une reprise de la croissance économique."

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Selon le projet d'accord final que Reuters a pu consulter, un plan visant à relancer l'emploi et la croissance tout en rééquilibrant la demande mondiale et l'endettement serait achevé à temps pour le sommet du G20, prévu les 5 et 6 septembre à Saint-Pétersbourg.

Signe des préoccupations actuelles concernant croissance et chômage, les ministres du Travail et des Finances ont tenu une réunion commune.

La question des taux de change et la menace de dévaluations compétitives ont en revanche été reléguées à l'arrière-plan, contrairement à la réunion du G20 de février dernier où elles avaient occupé la première place dans une atmosphère crispée.

En échange de son engagement à communiquer clairement ses intentions de politique monétaire, Washington a réussi à obtenir que le texte ne contienne pas d'objectifs budgétaires contraignants, arguant que la consolidation des finances publiques devait être adaptée aux conditions économiques.

"Les Etats-Unis ont choisi de prolonger une politique économique qui encourage la croissance et l'emploi, avec une correction budgétaire une fois que la demande privée sera suffisamment forte pour s'auto-entretenir", a expliqué un haut responsable du Trésor américain.

"La priorité de court terme c'est la croissance, la croissance, la croissance", a martelé devant la presse le ministre français de l'Economie, Pierre Moscovici.

Le communiqué promet également de converger "résolument" vers la création d'une union bancaire européenne capable de relancer les prêts d'Etat à Etat.

GESTE DE LA CHINE

L'attention des pays du G20 s'est particulièrement concentrée sur la possibilité d'un ralentissement du programme de soutien quantitatif à l'économie mené par la Réserve fédérale américaine et de ses retombées. Cette perspective, évoquée pour la première fois par le patron de la Fed Ben Bernanke il y a deux mois, avait provoqué l'affolement des marchés, en particulier dans les économies émergentes.

L'impact d'un arrêt des politiques d'assouplissement des pays développés sur les pays en développement ont dominé les discussions, a résumé le ministre russe des Finances, son homologue indonésien des Finances, Chatib Basri, insistant sur "l'importance de la coordination".

Un document préparé par le Fonds monétaire international prévient en outre que la volatilité qui règne sur les marchés financiers mondiaux "pourrait continuer et s'aggraver".

"La sortie éventuelle des politiques monétaires non conventionnelles et des taux peu élevés, dans les économies développées, pourrait poser problème aux économies émergentes, en particulier si elle a lieu trop vite, ou si elle n'est pas bien expliquée."

Le G20 réitère par ailleurs son attachement à des taux de change flexibles et à des réformes structurelles au niveau national, ce qui vise manifestement Pékin, dont les partenaires attendent un rééquilibrage de l'économie vers la demande intérieure.

En signe de conciliation, la banque centrale chinoise a annoncé vendredi une libéralisation des taux de prêts pratiqués par les établissements chinois, ce qui devrait permettre de réduire les coûts de financement des entreprises et des ménages.

Avec Lidia Kelly, Maya Dyakina, Jan Strupczewski, Gernot Heller, Katya Golubkova et Anna Yukhananov à Washington; Hélène Duvigneau et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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